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Les 10 questions que vous vous posez sur le coronavirus

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Un tube de gel hydro-alcoolique et un masque de protection FFP2.
Un tube de gel hydro-alcoolique et un masque de protection FFP2.
© AFP - Olivier Morin

Les masques en tissu sont-ils efficaces ? Comment interpréter les chiffres ? Peut-on atteindre une immunité collective ? A l'aide de ses émissions, France Culture vous tient à jour et répond à vos questions.

Comment réagir face à l'épidémie ? S'isoler, surveiller sa température deux fois par jour, se laver régulièrement les mains, utiliser du gel hydroalcoolique, tousser dans son coude, éviter les embrassades… telles sont les consignes du gouvernement. Mais beaucoup d'informations se répandent, parfois contradictoires. On tire ici le vrai du faux.

Qu'est-ce que le coronavirus ? 

Le coronavirus est un "gros" virus, désigné par le terme SARS-CoV-2, pour “coronavirus du syndrome respiratoire aigu sévère 2”. Il est susceptible de déclencher la maladie du coronavirus 2019 (rappelons que les premiers malades ont été hospitalisés à Wuhan en décembre 2019) ou “COVID-19”, de l'acronyme anglais signifiant "coronavirus disease 2019." Ces virus se caractérisent aussi par un génome particulièrement complexe, comme l’expliquait Alain Fish, spécialiste en infectiologie : 

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La famille des coronavirus est connue depuis longtemps : ce sont des virus assez gros, une centaine de nanomètres, c’est cinq fois plus gros que le virus de la polio [ou poliomélite, ndlr], pour donner un ordre de grandeur. Les plus gros virus sont dix fois plus petits qu’une petite bactérie. Ces virus sont caractérisés par un énorme génome : c’est un brin d’ARN (acide ribonucléique) totalement capable d’être lu directement dans la cellule. [...] C’est donc la dimension et la complexité de leur génome qui caractérise les coronavirus. Ils ont une enveloppe assez polymorphe, irrégulière, qui protège ce génome. A l’extérieur, on voit des structures qui font saillie, ce qui donne un aspect de couronne d’où leur nom, coronavirus, et ils sont assez faciles à reconnaître au microscope électronique avec cette couronne.

A la différence d’une bactérie, un virus ne peut vivre et se répliquer que dans une cellule, il ne peut pas exister de manière autonome. Si certains virus sont inoffensifs, d’autres, comme le virus à l’origine du SRAS chinois en 2003, s’y développent de manière particulièrement délétère pour cette cellule. Le “SARS-CoV-2”, à qui l’on doit nos angoisses actuelles, lui ressemble à 80 %. Bien plus contagieux, il a cependant une létalité (de 2 à 3%) très inférieure à celle du virus du SRAS de 2003 qui atteignait les 10%.

En savoir plus : Coronavirus : comment contenir une épidémie ?

Comment se transmet-il ?

Dans une émission de La Méthode scientifique, Anne-Claude Crémieux, professeure en maladies infectieuses à l'hôpital Saint-Louis, à Paris, rappelait la méthode de transmission du coronavirus : 

On sait que la transmission se fait par gouttelettes infectantes, et donc par des contacts dits proches, c'est-à-dire de un à deux mètres, mais aussi éventuellement par les objets contaminés, puisque nous savons que le virus peut persister plusieurs heures et même plus sur les objets qui ont été touchés par quelqu'un qui aurait ce virus sur les mains. D'où les précautions que l'on prend qui sont respiratoires, avec les masques, mais impliquent aussi les gels hydroalcooliques pour les mains.

Sur le plan de la transmission, le virus vient se fixer sur les récepteurs cellulaires ACE2, qui sont des récepteurs respiratoires. Il les utilise ensuite comme mécanisme d'entrée cellulaire pour entreprendre une multiplication parasitaire. Pour le virus de la grippe, on estime qu'en moyenne, dix minutes passées en présence d'une personne infectée qui tousse et éternue suffisent pour transmettre le virus. Mais la transmission est possible sur des intermèdes plus courts, ou en touchant des objets contaminés, même si le risque est faible.

Dans le journal de 12h30, Tara Schlegel faisait un bref récapitulatif des méthodes de transmission : 

Les gouttelettes infectées ne se propagent pas au-delà d'un mètre disent les experts, c'est une distance moyenne. En tout cas le virus ne flotte pas dans l'air, c'est prouvé, voilà pourquoi les autorités sanitaires estiment qu'un masque chirurgical porté à la fois par le malade et la personne qui se trouve face à lui peut suffire. A l'extérieur du corps humain, le virus reste infectieux quelques heures seulement. Sur une surface dite inerte, comme une paillasse en inox, il persiste en 4 et 6 h, ça dépend de la température; Plus il fait frais et humide plus le virus survit. Dans les 4 à 6h, lorsque l'on touche une surface infectée et qu'ensuite on porte la main à sa bouche on peut tomber malade. Voilà pourquoi il est important de se laver les mains 30 seconde minimum au savon ou d'utiliser un gel hydro-alcoolique.

Où peut se situer le virus dans notre corps ? Comment se transmet-il ? Flotte-t-il dans l'air ? Comment se protéger ? Combien de temps reste-t-il infectieux ? Quelle durée d'incubation ? Précisions de Tara Schlegel, à 12h30, le 12 mars 2020.

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À lire : Surfaces, aérosols : le coronavirus survit-il partout ?

Quels sont les symptômes ?

Sur le site du gouvernement, les symptômes du coronavirus sont listés : 

  • la fièvre ou la sensation de fièvre (frissons, chaud-froid) ;
  • la toux ;
  • des maux de tête, courbatures, une fatigue inhabituelle ;
  • une perte brutale de l’odorat (sans obstruction nasale), une disparition totale du goût, ou une diarrhée ;
  • dans les formes plus graves : difficultés respiratoires pouvant mener jusqu’à une hospitalisation en réanimation voire au décès.

Selon une étude, il existe un délai de cinq jours entre l'infection et le début de l'apparition des symptômes. "Au début, cette épidémie a été détectée parce qu'on a retrouvé des pneumonies sévères, précisait la médecin infectiologue Anne-Claude Crémieux dans La Méthode scientifique. On connaît mieux maintenant le spectre de cette maladie qui peut commencer par des symptômes assez banals, qui sont une douleur pharingée [un mal de gorge souvent accompagné de douleurs lors de la déglutition, ndlr], puis de la toux. Et qui peuvent ensuite, à la fin de la première semaine en général, donner une infection pulmonaire avec de la fièvre."

Selon la médecin, "les symptômes des voix aériennes respiratoires supérieures, c'est-à-dire la gorge et le nez", permettent d'établir un diagnostic grâce à des prélèvements nasaux pharyngés. Mais les symptômes peuvent également évoluer : 

On l'a dit, la forme habituelle est une pneumonie. [...] Est-ce que ça peut toucher d'autres organes ? On sait qu'il peut y avoir des formes digestives avec des diarrhées et qu'effectivement, les selles peuvent être aussi contaminantes, même si c'est beaucoup moins fréquent qu'avec le SRAS. Quant à la présence du virus dans le sang, elle est assez rare, d'après les éléments que nous avons.

Nombre de contaminations / nombre de décès : comment comprendre les chiffres ? 

Anti-masques, covi-sceptiques et partisans de l'hydroxychloroquine s’accordent bien souvent à dire qu’il est difficile d’interpréter les chiffres du gouvernement, quand ils ne dénoncent pas simplement des chiffres faux. De fait, il est difficile de s’y retrouver dans les nombreuses données : chiffres de contaminations, d'hospitalisations, de réanimations, de décès, se côtoient et se mélangent. 

Il convient également de rappeler que les chiffres ne sont pas du tout comparables avec ceux de mars 2020, au début de l’épidémie, rappelle Nicolas Martin, producteur de La Méthode scientifique

En mars (2020), les gens qui étaient testés étaient quasiment essentiellement des gens qui entraient à l'hôpital, donc des gens plus âgés, avec des forts taux de comorbidités, et donc des gens plus fragiles. Aujourd'hui, le taux d'échantillonnage des tests est beaucoup plus large puisque l’on teste toute la population. Donc les deux chiffres ne sont pas comparables. Aujourd'hui, on est à peu près à 10 000 tests positifs - chiffres datés du 10 septembre 2020 - alors qu'au plus haut de mars (2020), on était aux alentours de 7 500. Donc voilà, ne pas comparer mars et aujourd'hui, c'est la première chose : pas les mêmes populations testées, pas les mêmes circonstances épidémiologiques.

Il convient également d’insister sur la notion de “temps de doublement” : combien de temps faut-il pour que le nombre de cas soit multiplié par deux ? En mars, il était de trois jours, mais en septembre nos comportements ont considérablement changé : il est maintenant de près de 15 jours : 

Cela ne veut pas dire qu'on n'est pas dans une logique de progression exponentielle. C'est le cas, mais c'est une logique de progression exponentielle beaucoup plus longue. C'est-à-dire que l'épidémie n'avance pas avec la même force, avec la même vitesse qu'au mois de mars. 

On entend souvent dire qu'il y a plus de tests positifs parce qu'il y a plus de tests tout court, poursuit Nicolas Martin. Ce qui pourrait être logique : plus on teste, plus on trouve de cas. C'est partiellement vrai, mais c'est partiellement faux. Si on regarde par exemple, par rapport au mois de juillet (2020), le nombre de patients dépistés a été multiplié par deux, tandis que le nombre de cas positifs, lui, a été multiplié par 12. Donc, on est bien dans une augmentation du nombre de cas et donc dans une progression de la maladie." 

À réécouter : Radiographie du coronavirus : comment lire les chiffres de l'épidémie ?

Beaucoup de gens se demandent également, puisque le nombre de cas augmente, où sont les malades, et surtout où sont les décès. Nicolas Martin rappelle dans sa chronique que si on connaît le taux de contamination en temps réel, en revanche les taux d'hospitalisation puis de décès, ont un taux de décalage dans le temps, respectivement de 15 jours et d’un mois : “ce qu'on voit aujourd'hui, c’est que les gens qui meurent aujourd'hui, ce sont les gens qui ont été contaminés début août. Donc il y a plus d'un mois de retard…

Enfin il convient de rappeler que nos comportements ont changé : les personnes les plus fragiles, mieux identifiées, sont d’autant plus prudentes comparativement au début de l’épidémie, donc moins contaminés. En parallèle, les soins en réanimation ont beaucoup progressé : 

On sait que, par exemple, l'utilisation de corticostéroïdes réduit la mortalité de 20 à 30%. On voit aussi que comme on teste de plus en plus de monde, l'âge des contaminations a baissé : plus on baisse l’âge des contaminations, plus le taux de létalité de la maladie réduit. Ça le fait tomber aujourd'hui avec un échantillon suffisamment large pour être à peu près fin, à 0,7 (=le taux de létalité du covid).

Ces chiffres, contre-intuitifs, permettent de mieux comprendre pour quelles raisons les taux de contamination et les taux de décès semblent si éloignés de ceux du début de la pandémie. Mais ils témoignent de la nécessité de rester prudent. Ce n’est pas tant la létalité du Sars-Cov-2 qui a changé, mais sa mortalité.

Est-on contagieux une fois guéri ? 

Le Haut comité à la santé publique a publié un arrêté le 16 mars dernier qui estime que si les symptômes disparaissent 8 jours après leur apparition, le patient n’est plus considéré comme contagieux. Il est cependant recommandé de porter un masque pendant les 7 jours suivant cette guérison, afin d’éviter tout risque de contagion :  

Les critères cliniques de levée de ce confinement sont une disparition de la fièvre et d’une éventuelle dyspnée à partir du 8e jour après le début des symptômes. Il est également recommandé de porter un masque pendant sept jours après cette guérison en cas de contact avec une personne à risque. Le Haut Conseil de la Santé Publique 

La durée de l'isolement recommandé par le gouvernement est désormais de 7 jours en France.

À lire : Immunité, symptômes, recherche... les réponses à vos questions sur le coronavirus

Peut-on attraper deux fois le Covid-19 ?  

Dans l’immédiat, le sentiment de la communauté scientifique est qu’on ne peut pas attraper le Covid-19 deux fois, à moins d’être immunodéprimé. Des contre-exemples sont cependant venus récemment contredire cette hypothèse : dans une étude publiée dans la revue scientifique The Lancet, le médecin américain Mark Pandori a tracé l'historique d'un patient du Nevada infecté à deux reprises par le Sars-Cov-2, avec une deuxième infection bien plus virulente que la première. 

"Les génomes identifiés dans les échantillons du virus du patient prélevés en avril et en juin révèlent des différences génétiques conséquentes, ce qui laisse penser que le patient a été infecté deux fois par deux infections de Covid-19 distinctes", précise la revue. Les auteurs de l’étude émettent trois hypothèses qui pourraient expliquer cette réinfection aggravée : il s'agirait ou bien d'une souche plus virulente du virus, ou bien d'une exposition à une plus grande quantité de virus la seconde fois, ou bien de la présence d'anticorps, développés lors de la première infection, qui auraient empiré la seconde (un cas déjà observé avec la dengue par exemple).

En tout et pour tout, selon le le spécialiste des maladies infectieuses à Harvard, Rajesh T. Gandhi, treize cas de rechute ont été recensés depuis le début de l'épidémie. Il convient cependant de remettre ce chiffre en perspective avec les millions de personnes qui ont été contaminées dans le monde. 

Les personnes asymptomatiques sont-elles contagieuses ?  

Les personnes asymptomatiques au Covid-19 sont-elles autant contagieuses que les personnes malades ? Depuis le début de l'épidémie, voilà l’une des grandes questions des virologues : celle de la charge virale des personnes asymptomatiques.La charge virale, c’est la quantité de virus qui se cache dans le corps. 

Selon une étude parue dans la revue Thorax,  les personnes asymptomatiques au Covid-19 sont peut-être plus contagieuses qu'on ne le pense. Ces chercheurs Sud-Coréens ont examiné 183 patients, tous positifs au Covid-19, dont 144 avec des symptômes bénins, et les 39 autres sans aucun symptôme. Les analyses des prélèvements sur le nez et la gorge ont montré qu’il n’y avait aucune différence dans les charges virales des deux groupes. Cela est étonnant, parce que pour la grippe par exemple, plus il y a de virus, plus les symptômes sont sévères. Ces résultats suggèrent que les deux groupes peuvent propager le virus. 

En France , 37% des cas qui se sont avérés positifs au Covid-19 ne présentaient pas de symptômes, selon le dernier bulletin de Santé publique France du 8 octobre. Par ailleurs, la moitié des transmissions surviendrait durant la phase pré-symptomatique du patient, donc avant l'apparition des symptômes.

À réécouter : Radiographie du coronavirus : les jeunes sont-ils plus touchés ?

Le coronavirus peut-il muter vers une forme plus dangereuse ? 

Dans une vidéo de l'IHU, le professeur Didier Raoult assure que "ce n'est pas la même maladie qui circule" et qu'il existe "différents mutants qui sont corrélés avec l'existence de formes moins graves". 

Cette affirmation est au pire faux et au mieux approximative. Tous les virus mutent lors de leur réplication, sans que cela augmente pour autant le danger qu'ils représentent. L'enseignante-chercheuse Isabelle Imbert à l'Université d'Aix-Marseille, qui travaille sur les coronavirus depuis 2004, nuance ainsi les résultats de cette étude :

De ce Covid, tout le monde s'accorde à dire qu'il a une très très forte conservation, de l'ordre de 99,98 %, avec de façon générale 5 à 10 nucléotides de différence. [...] Les coronavirus forment une famille de virus assez exceptionnelle parce qu'ils contiennent un génome qui est ARM mais ils ont une taille qui est complètement inhabituelle. La taille du génome est d'environ 30 000 nucléotides. Il faut savoir que chez tous les virus ARN, la taille moyenne est entre 10 000 et 12 000 nucléotides. Les coronavirus sont arrivés au fil de l'évolution à conserver une telle longueur parce qu'ils ont acquis dans leur génome ce qu'on appelle un mécanisme de "relecture" qui permet de corriger les erreurs lors de la réplication. Ça c'est un gros avantage dans la lutte contre les coronavirus parce qu'ils sont très fidèles dans leur réplication : ça signifie que si on arrive à trouver une molécule antivirale, les risques de mutants qui échapperaient au traitement sont plus faibles, par exemple, qu'avec le VIH. 

En savoir plus : Coronavirus : existe-t-il deux souches, dont une plus mortelle ? / VIH : une découverte "révolutionnaire" ?

"Mutation ne veut pas dire évolution", précise de son côté Nicolas Martin :

La mutation, c’est quand le virus se réplique à l'intérieur des cellules, quand à un moment donné, au lieu de mettre une lettre, il se trompe et en met une autre. Et qu'est ce qui se passe quand il y a une lettre qui est remplacée au moment de la transcription ? La plupart du temps, l'écrasante majorité du temps, il ne se passe rien. Pourquoi ? Parce que tout l’ARN, comme l'ADN, n'est pas codant. Par exemple, dans notre génome, on estime jusqu'à 98% de notre ADN qui n'est pas codant, qui est de l'ADN non codant, c'est-à-dire qui ne sert pas à exprimer des protéines. C'est la même chose pour les virus.

"L’autre écrasante majorité, c'est que quand une lettre change, ça fait comme une sorte d’ erreur, comme dans un code informatique, poursuit le producteur de La Méthode Scientifique. Du coup, cela fait une erreur fatale et le virus n'est pas viable, il meurt. Il est extrêmement rare qu'une mutation change le fonctionnement du virus. Et encore plus pour le Sars-CoV-2, puisqu'il y a ce système de correction qui est inclus à l'intérieur de l’ARN viral. "

Les médecins surveillent néanmoins de très près les possibles évolutions et mutations du SARS-CoV-2.

Les masques sont-ils efficaces ?  

La communication du gouvernement a beaucoup changé sur la question des masques, ce qui a rendu la question de leur utilité difficile à lire. Néanmoins, dans sa chronique consacrée au coronavirus, Nicolas Martin, le producteur de la Méthode scientifique, rappelait l’utilité des  masques :

Ce qui est certain, et commun à tous les masques, c'est qu'ils contribuent à protéger les autres lorsque vous êtes contaminant. C'est leur première fonction. Retenir vos postillons, vos éternuements, vos gouttelettes et les empêcher de se répandre à l'extérieur. C'est pour cela que l'on oblige les malades à porter un masque chirurgical, ainsi que le personnel soignant éventuellement contaminé, pour éviter la contamination de l'entourage.

De  fait, les masques chirurgicaux, contrairement aux masques FFP2, ne  filtrent que dans un sens : ils permettent de limiter les gouttelettes,  susceptibles de répandre le virus, de se diffuser. 

À lire aussi : Les masques sont-ils efficaces contre le Covid-19 ?

"Les virus ne sont jamais tout seuls comme ça en suspension dans l'air. Ils sont toujours portés par des gouttelettes de sécrétions, rappelle de son côté Véronique Merle, médecin de santé publique, cheffe de service du département de prévention des infections liées au soin au CHU de Rouen et professeure à l'université Rouen Normandie. Donc, en fait, ce qu'il faut bloquer, ce n'est pas le virus, mais les grosses gouttelettes. Et ça, les masques en tissu arrivent sans aucune difficulté à le faire. Il faut juste que le tissu soit normalement solide. Ce qu'on prend comme référence, c'est le tissu qui sert pour les draps ou pour les chemises."

De nombreuses personnes se sont inquiétées des polluants que nous pourrions ingérer en respirant dans ces masques. La médecin se veut là aussi rassurante : “Le matériau qui constitue les masques chirurgicaux, c'est du polypropylène. C'est un matériau qui est bien connu depuis longtemps, qui sert pour les emballages alimentaires, par exemple pour le beurre. Donc, c'est vraiment un matériau qui fait la preuve de son son innocuité."

Respecter les distances de sécurité et les gestes barrière reste le  principal moyen de ne pas contracter la maladie. 

Peut-on atteindre l’immunité collective ?

Toujours dans Radiographies du Coronavirus, Nicolas Martin expliquait que les tests effectués en Corée du Sud pour déterminer le nombre de gens contaminés ou non par le virus donnait un chiffre extrêmement bas : 1 personne sur 1440 était testée positive, soit 0,07 % de la population a été testée positive.

Or, selon les chercheurs, pour atteindre une immunité de groupe, il faut que deux tiers de la population soit immunisé, soit 66 % des gens, relate Nicolas Martin :  

On une idée parce que des tests ont été réalisés à l'issue de la première vague, au début de l'été. Aujourd'hui, selon les chiffres dont on dispose en France, à l'issue de la première vague, au niveau national, 4,4 % de personnes ont développé une immunité. On est extrêmement loin des 66%, avec des variations relativement importantes. C'est une moyenne nationale, mais dans les centres urbains et dans les zones les plus touchées, on est aux alentours de 10%. Donc ça, c'était après la première vague.

Aujourd'hui, selon les projections, on serait au niveau national autour de 5 % d’immunité et un peu plus de 10 % et éventuellement jusqu'à 15 % dans les grands centres urbains qui ont été les plus touchés certainement, notamment, en Île-de-France. Ça reste très loin des deux tiers. 

Par ailleurs, les possibles cas de réinfection (voir plus haut) tendent à prouver, selon l'immunologiste Akiko Iwasaki, que "nous ne pouvons pas nous reposer sur l’immunité acquise par l’infection naturelle pour atteindre l’immunité de groupe, non seulement cette stratégie est fatale pour beaucoup mais elle est aussi inefficace. L’immunité collective requiert des vaccins sûrs et efficaces".

Pour atteindre l’immunité de groupe, il faudra donc en passer par la vaccination, en privilégiant les personnes les plus fragiles, c'est-à-dire les personnes âgées et les personnes en co-morbidité. 

Aujourd'hui, six vaccins sont en phase 3, c'est-à-dire en test à grande échelle. Mais il faut garder à l'idée, et peut-être avec un peu d'espoir, qu’il serait envisageable d'avoir peut-être un vaccin au premier trimestre 2021 si tout (va dans le bon sens) et si les essais cliniques vont dans le bon sens.

À réécouter : Radiographie du coronavirus : l'immunité collective est-elle possible ?