Les bouddhas de Bamiyan, victimes des Talibans

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Les bouddhas de Bâmiyân, victimes des Talibans

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Mars 2001, les Talibans se filment en train de détruire les Bouddhas de Bâmiyân. Deux statues monumentales bouddhistes témoins du passé pré-islamique millénaire de l'Afghanistan. Un acte de terrorisme culturel qui choquera le monde entier.

C’était l’un des monuments les plus connus d’Afghanistan. Deux bouddhas géants, symboles du patrimoine pré-islamique du pays. Ils ont été dynamités à l'explosif par les Talibans en 2001. Une histoire longue de 1 400 ans réduite en poussière, en quelques secondes.  

Bien avant l’arrivée de l’Islam, l’Afghanistan a été pendant des siècles un des centres névralgiques du bouddhisme. C’est dans la vallée de Bâmiyân, à l’Ouest de Kaboul que des moines font ériger un monument unique en son genre : deux statues de Bouddha construites entre les VIe et VIIe siècles.

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Les statues taillées dans les falaises de grès et recouvertes de peinture sont parmi les plus grandes du monde. Visibles à des kilomètres, la plus haute dépasse 50 mètres de haut. Autour des bouddhas, un réseau de centaines de grottes aménagées accueille les pèlerins.

Philippe Marquis, directeur de la Délégation archéologique française en Afghanistan : "C'est en fait une espèce de nœud, un carrefour commercial en plein cœur de l’Hindou Kouch dans l’Afghanistan central. On est dans une vallée extrêmement fertile, extrêmement verte, alors que les montagnes autour sont d’une aridité surprenante. C’est une vallée très haute, on est à 2000, 2 500 m d’altitude."

Un folklore, des légendes

Après la conquête arabe, le bouddhisme décline dans la région, les statues subissent des dégradations iconoclastes sur leur visage. Pourtant, les bouddhas coexistent avec les habitants de la vallée convertis à l’Islam. Ils entretiennent même un certain folklore autour de ces statues. Selon une légende, les deux statues seraient deux amants en fuite qui se seraient pétrifiés pour rester figés ensemble dans l’éternité.

Philippe Marquis : "C’est la légende construite après. On pense que ce sont des représentations de Bouddha dans sa grande splendeur. D’où l’intérêt de nos collègues chinois, japonais ou coréens. Pour eux, c’est l’un des sites références de leur histoire culturelle bouddhique."

Lorsque les Talibans arrivent au pouvoir dans les années 1990, ils annoncent vouloir détruire ces statues, pour qu’elles ne soient pas vénérées, même s’il n’y a plus de bouddhistes dans la région depuis des siècles.

Philippe Marquis : “Les talibans ont dit dans un premier temps “il faut les protéger” et après ont été dépassés par une partie du mouvement et la destruction a été organisée. Effectivement pour détruire ces statues, il fallait un peu d’organisation, ce n’est pas quelque chose qui peut être fait du jour au lendemain.”

Une destruction mise en scène

Certains voient aussi une raison politique : les talibans sunnites veulent punir la minorité hazara chiite qui vivait là et pour qui les bouddhas étaient devenus au fil des siècles un voisin familier.

Malgré une vague d’indignation mondiale, des tentatives de négociations, les talibans organisent, la destruction des monuments à coups de tirs d’artillerie puis d’explosifs. Ils filment la démolition à des fins de propagande et la mettent en scène pour choquer le monde.

Après la chute du régime taliban quelques mois plus tard, les équipes d’archéologues mènent des campagnes de fouilles plus abouties et tentent de consolider le site, menacé d’effondrement.  

Mais un grand mystère demeure dans la vallée. Selon le récit d’un voyageur chinois du VIIe siècle, un quatrième bouddha couché serait dissimulé.
Philippe Marquis : "On continue à chercher parce qu’on s’est aperçu que le texte de ce moine bouddhiste, Hiouan Tsang, était extrêmement fidèle, il n’y avait pas de déformation..."

Malgré ces destructions, le patrimoine bouddhiste millénaire afghan reste bien visible avec de nombreuses chapelles, monastères et stoupas disséminés dans le pays.

Avec le retour des talibans, ce ne sont pas tant les destructions volontaires qui sont à craindre mais plutôt la fragilité extrême de certains monuments, aggravée par les guerres, l’érosion du temps, les risques sismiques et climatiques, les défaillances de l'administration.

Philippe Marquis : “Je pense au complexe du XVIe siècle de Mussella à Herat, à la capitale d'hiver des sultans ghaznévides et ghorides, construites entre le Xe et XIIe siècles qui est aussi menacée. C’est sur ces sites qu’on se pose beaucoup de questions : qui va s’en occuper maintenant et comment vont-ils s’en occuper ?”

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