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Les cahiers de vacances, un succès vieux de 90 ans

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Fin des années 30, Roger Magnard met en scène deux de ses enfants, « Lolo » et « Babette » dans ses cahiers de vacances.
Fin des années 30, Roger Magnard met en scène deux de ses enfants, « Lolo » et « Babette » dans ses cahiers de vacances.
© Radio France - Archives Famille Magnard

Vendu chaque été, le cahier de vacances a près de 90 ans. Une invention que les éditeurs doivent à un représentant de commerce de la Creuse, Roger Magnard. Son petit-fils, Sébastien Roche raconte cette aventure commencée dans les années 30.

Pas toujours terminé, parfois boudé, mais rassurant pour les parents, le cahier de vacances se porte bien : plus de 4 millions d’exemplaires sont vendus chaque année en France. Et cela fait près de 90 ans qu’ils sont aux mains des enfants. C’est un représentant de commerce en papeterie de la Creuse qui en a eu l’idée dans les années 30. Roger Magnard cherchait à maintenir ses ventes qui diminuaient à l'approche de l’été. Sébastien Roche, petit-fils du commerçant, s’est passionné pour son histoire. Entretien.

Comment votre grand-père Roger Magnard a-t-il eu l’idée des cahiers de vacances ?

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Au début des années 30, la crise de 29 se faire sentir en France. Vers 1932, cela se tend. Roger Magnard est alors représentant de commerce en papeterie dans le sud-est de la France. Les commandes baissent... En juin et juillet, il ne vend rien. Mais mon grand-père refuse de perdre son train de vie. Il a une famille, deux enfants…

Au lieu de courber l'échine, il se demande ce qu’il pourrait faire pour vendre à cette période creuse de l’année. C’est là qu’il se dit : "Et si je faisais travailler, jouer des enfants pendant les vacances, je pourrais peut-être vendre des cahiers !" C’est comme cela qu’est venue l'idée des cahiers de vacances. Au début, son but était de vendre du papier et des cahiers. Mais en tant que père, il commence à s’intéresser à la pédagogie et à l’éducation. Il avait un vrai intérêt pour la jeunesse.

Sébastien Roche, petit-fils de Roger Magnard, raconte comment sont nés ces cahiers de vacances.

1 min

Librairie Saint-Martin place Marché, à Guéret, avec Roger Magnard. 1934.
Librairie Saint-Martin place Marché, à Guéret, avec Roger Magnard. 1934.
- Archives famille Magnard

À quoi ressemblaient ces cahiers de vacances ?

Au départ, c'était très artisanal. Avec sa femme, Suzanne Magnard, ils ont commencé à faire les premiers cahiers. Mais rapidement, il s'est associé parce qu'il manquait de fonds pour démarrer l'affaire et parce qu'il a commencé à voir un peu plus grand. Une fois associé au directeur des Éditions de l'École, il a pu faire intervenir des auteurs et des professeurs. Sa femme continuait à s’occuper des illustrations et de la mise en page. Dans les cahiers, il y avait des petits exercices de vocabulaire, d'arithmétique. Et puis toujours des dessins colorés pour que cela soit ludique.

Fin des années 30, il met en scène deux de ses enfants, 'Lolo' et 'Babette'. Ces deux personnages deviennent un fil conducteur dans les cahiers. Ça, c'était assez moderne pour l'époque : un garçon et une fille à égalité. Chacun pouvait se reconnaître en eux, s'identifier. Et de cette manière, c'était peut-être plus motivant pour les enfants.

Pour augmenter les ventes de cahier de vacances, Roger Magnard faisait gagner des récompenses.
Pour augmenter les ventes de cahier de vacances, Roger Magnard faisait gagner des récompenses.
© Radio France - Archives Famille Magnard

Cela a marché ?

Très vite, oui. Il était le seul dans les années 30. Pour booster les ventes, il a mis en place un concours. Les cahiers les mieux remplis étaient récompensés. Au début, on gagnait de petites choses comme des crayons. Et puis rapidement c’est monté en gamme. Début 70, il y avait même une voiture à gagner. Les cadeaux étaient envoyés aux instituteurs, l'élève était récompensé devant toute la classe.

En plus des cahiers de vacances, il développe des manuels scolaires. Après-guerre, son affaire est vraiment devenue une PME. Il a ouvert à toutes les matières et a eu des collections qui sont restées assez célèbres puisque la marque Magnard existe encore.

Reportage sur le développement actuel des cahiers de vacances, par Héloïse Weisz.

1 min

Roger Magnard était un véritable entrepreneur...

Résolument tourné vers l'avenir... Il avait plein d'idées de marketing. Mais c'était instinctif, il n'a pas fait l'école. C'était un autodidacte. Mon grand-père est né en 1905 dans la petite commune de Vizille, une ville du Dauphiné, dans un milieu modeste. Ses parents étaient coiffeurs. À leur divorce, il est parti à Lyon avec sa mère où il a commencé à travailler à 17 ans avec son oncle, représentant de commerce en papeterie, qui l’emmenait sur ses tournées. Au bout d’un an, son oncle est mort, il a pris sa place. En six mois, il a fait plus de chiffre que lui. C’était un homme avec beaucoup de bagout, il était assez convaincant. Moi, il me faisait peur enfant !

Cahier de vacances illustré par Thérèse Roche Magnard (fille de Roger Magnard) au début des années 80.
Cahier de vacances illustré par Thérèse Roche Magnard (fille de Roger Magnard) au début des années 80.
- Archives famille Magnard