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Les chevaux de guerre médievaux n'étaient pas plus hauts que des poneys

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Scène de la tapisserie de Bayeux représentant l'évêque Odon de Bayeux tenant un bâton, lors de la bataille d'Hastings, en 1066.
Scène de la tapisserie de Bayeux représentant l'évêque Odon de Bayeux tenant un bâton, lors de la bataille d'Hastings, en 1066.
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Une charge de cavalerie... mais à dos de poneys. L'idée paraît absurde, mais à en croire une étude anglaise, les chevaux médiévaux anglais n'étaient guère plus hauts que nos poneys actuels.

Naseaux fumants, larges poitrails bardés de caparaçons de métal, sabots soulevant des mottes de terre… Dans les films historiques les chevaux de guerre puissants, massifs, imposent leurs statures impressionnantes. Mais que donnerait le fameux discours de William Wallace dans Braveheart, s’il avait été juché sur un poney ? Ou encore la fameuse charge des Rohirrims dans le Seigneur des Anneaux ? L’idée prête à rire, mais à en croire de récentes études archéologiques, le cinéma nous a donné une idée des chevaux de guerre bien peu conforme à la réalité. 

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Dans l’étude "À la recherche du “cheval extraordinaire” : une évaluation zooarchéologique des chevaux d'Angleterre (300-1650 après JC)”, publiée en décembre dernier dans l’International Journal of Osteoarchaeology, des archéologues et historiens de l’université d’Exeter, en Angleterre, ont analysé près de 2 000 ossements de chevaux trouvés sur 171 sites de fouilles en Angleterre. Datés du IVe siècle au XVIIe siècle, ces ossements ont été comparés à ceux de 490 équidés modernes.

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Le verdict des chercheurs est sans appel : les chevaux de guerre médiévaux, à tout le moins en Angleterre, mesuraient souvent à peine plus de 1,40 mètre de hauteur au garrot… contre 1,70 mètre pour leurs descendants modernes. Or, selon les normes de la Fédération internationale d’équitation, aujourd’hui un cheval de moins d’1,48 m est considéré comme un poney. 

Chevaux de guerre ou chevaux de traits ? 

Pour différencier les chevaux de guerre des chevaux de trait ou de selle, les chercheurs se sont appuyés sur la taille des os des équidés, notamment “la pathologie de la colonne vertébrale pour les indications d'équitation ou de port de poids et la morphologie des dents comme preuve d'usure du mors”. Mais “ni la taille, ni la robustesse des os des membres n’ont suffit à elles seules pour identifier en toute confiance des chevaux de guerre dans les archives archéologiques", tempère la chercheuse Helene Benkert, une des auteurs de l’étude. La tâche a été rendue d’autant plus compliquée par le fait que les chevaux, une fois morts, sont systématiquement dépecés et équarris, laissant peu de squelettes complets à observer. “Les archives historiques ne donnent pas les critères spécifiques qui définissent un cheval de guerre ; il est probable que tout au long de la période médiévale, à différentes époques, différents types de chevaux aient été préférés pour répondre aux changements de stratégies sur les champs de bataille et aux préférences culturelles”.

Malgré ces difficultés à identifier les différents types de chevaux, ces derniers restent dans l’ensemble de petite taille : le plus grand cheval identifié, découvert au château de Trowbridge dans l’ouest de l’Angleterre, mesurait un peu plus de 1,50 mètre au garrot, soit la taille d’un petit cheval actuel. Il faut attendre la fin de la période médiévale, vers 1200 à 1350 après J.-C., pour voir apparaître des chevaux d’une taille supérieure à 1m60. Et ce n’est qu’à partir du XVIe siècle que les équidés commencent à atteindre des tailles au garrot avoisinant les 1m70, plus conformes à celles que l'on connaît aujourd'hui.

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Le tempérament privilégié

Même à l’apogée des haras royaux d’Angleterre, entre les XIIIe et XIVe siècles, les grands chevaux étaient rares, malgré un élevage intensif, dans lequel étaient investis énormément de moyens. “Les hauts-destriers médiévaux étaient peut-être relativement grands pour l'époque, explique le professeur Alan Outram, mais ils étaient clairement encore beaucoup plus petits que ce à quoi on peut s'attendre pour des fonctions équivalentes aujourd'hui. Les pratiques de sélection et d'élevage dans les haras royaux se sont sans doute concentrées autant sur le tempérament et sur les caractéristiques physiques appropriées à la guerre que sur la taille brute."

En clair, les éleveurs ne tenaient pas tant à avoir des chevaux de grandes tailles, que des montures faciles à manier, d’un tempérament calme lors des combats, et qui couvraient une variété de capacités : si l’on se représente souvent les chevaux comme des montures qui étaient envoyées au front, ces derniers pouvaient également être utilisés par des archers ou encore pour transporter de l’équipement. Des chevaux plus petits et plus légers auraient donc rendu certaines manœuvres plus facilement praticables. 

“La conformation idéale serait un arrière-train relativement court, avec des pattes arrières puissantes et des os et des ligaments solides qui permettent [aux chevaux] de se rassembler et de s'arrêter rapidement après avoir couru à toute vitesse”, estiment les chercheurs. La robustesse et l'endurance étaient privilégiées pour les tournois comme pour les longues campagnes de guerre, pendant lesquelles les chevaux devaient couvrir de longues distances.

D'après les auteurs de l'étude, d'autres recherches devront être menées pour compléter leurs conclusions. Pour ce faire, ils envisagent déjà de s'attarder sur les armures des chevaux de guerre, qui devraient donner une bonne idée des dimensions des destriers de l'époque, et d'examiner leur ADN pour mieux comprendre l'éventuelle influence qu'a pu avoir l'introduction de chevaux européens sur les cheptels anglais.

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