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Les Docks, Cité de la Mode et du Design ouvre enfin ses portes au public

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Après de nombreuses années d’aléas, la Cité de la Mode et du Design accueillait ses premiers visiteurs vendredi 13 avril avec deux expositions proposées par le musée Galliéra. Les Docks abritaient déjà l’Institut Français de la Mode mais ouvrent maintenant de nouveaux espaces au grand public.

Gérard Laizé, directeur général du VIA
Gérard Laizé, directeur général du VIA

Vendredi 13 avril dernier, dès 10h, les premiers visiteurs curieux pouvaient donc pousser la porte de ce grand paquebot de béton, décoré d’une enveloppe verte et arrimé quai d’Austerlitz, dans le 13e arrondissement de Paris. Le quartier bénéficie d’une vraie restructuration entre la Bibliothèque Nationale de France et le quai d’Austerlitz. Pour Les Docks, Cité de la Mode et du Design, ce n’est pas une réelle inauguration du bâtiment mais l’ouverture de certains espaces, comme de nouveaux seront progressivement accessibles d’ici l’été. Retour sur une difficile gestation.

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En 2002, Christian Pierret , alors Ministre délégué à l’Industrie, confie à Pascal Morand , directeur général de l’Institut Français de la Mode et Gérard Laizé , directeur général du VIA, Valorisation de l'Innovation dans l'Ameublement, la mission de préfiguration d’un projet de centre, dédié aux enjeux de la création et de la mode à Paris. Le VIA a pour vocation de valoriser et de promouvoir la création française dans le secteur du design appliqué au cadre de vie. Les deux directeurs sont alors convaincus de la nécessité d’un tel projet comme le souligne Gérard Laizé .

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Des travaux retardés

A la suite d’un concours, la ville de Paris confie donc, en 2004, le projet à la Caisse des Dépôts et sa filiale Icade. L’ancien entrepôt du port autonome abritait les magasins généraux de transit qui servaient à transférer les marchandises des péniches aux trains. Le projet prévoit une réhabilitation des lieux par les architectes Jakob et MacFarlane et une ouverture en 2008. Les 14 400 m² disponibles devaient accueillir l’Institut Français de la Mode, un espace d’exposition, des commerces et trois restaurants. Prévus en décembre 2006, les travaux débutent finalement en mai 2007 et doivent se poursuivre jusqu’en décembre pour une inauguration en mars 2008. Le coût global du chantier s'élève à 40 millions d'euros. Mais il faut également ajouter les 24 millions d'euros reversés au Port autonome pour une occupation du lieu pendant cinquante ans et aux anciens occupants des entrepôts. La Caisse des Dépôts finance l'ensemble du projet.

Les travaux prennent du retard et le bâtiment n’est livré qu’en juin 2008 avec sa structure verte qui divise. Le président Nicolas Sarkozy l’a qualifiée de « truc vert » mais les enchantés l’appelle le « Beaubourg vert ». Composée d’acier et de verre sérigraphié, cette enveloppe, appelée « plug-over » (de l’anglais « to plug », brancher) vient se greffer sur la structure en béton. A la nuit tombée, son éclairage fluorescent en fait un bâtiment très futuriste. L’ouverture est prévue pour l’automne et le projet se nomme encore « Docks en Seine ».

Didier Grumbach, président de la Fédération
Didier Grumbach, président de la Fédération

Une mise en œuvre laborieuse

L’un des premiers objectifs de la Cité de la Mode et du Design est d'accueillir l’Institut Français de la Mode dans ses murs. Le centre de formation doublera de surface en occupant 2 300 m². L’une des missions de la Fédération Française de la Couture, du Prêt à Porter des Couturiers et des Créateurs de Mode, est de conforter Paris dans son rôle de Capitale Internationale de la Création. La Fédération travaille également en lien étroit avec l’Institut Français de la Mode et à ce titre, s’est beaucoup impliquée dans le projet de formation au sein de la Cité de la Mode comme l’explique son président, Didier Grumbach .

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Si l’Institut français de la mode a investi une partie des lieux à la rentrée 2008, c’est le seul occupant du bâtiment. Le projet reste mal défini et peine à convaincre. La commercialisation se passe mal, les loyers proposés aux enseignes sont trop chers. Les locaux proposés au VIA représentent des coûts deux fois supérieurs à ce que l'Institut paye à quelques minutes de là, sous la coulée verte. Une sandwicherie Lina's, une librairie Adélaïde, Silvera, Cinna et un Apple Store... plusieurs enseignes se disent intéressées mais ne signent finalement pas leur bail et le lieu reste vide.

En 2009, une deuxième équipe repart de zéro avec la volonté d'attirer des créateurs, de mettre en place des événements, des expositions, des ateliers... mais c'est de nouveau un échec. Le Lieu du Design, soutenu par la Région, se désolidarise et ouvre finalement de l'autre côté de la Seine, rue du faubourg Saint-Antoine.

Même si le VIA n’est plus un partenaire actif au sein du projet, son directeur général Gérard Laizé y croit encore. Il reste persuadé que sa réussite ne dépend que de choix politiques.

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Philippe Vincent, président de Clipperton Developpement
Philippe Vincent, président de Clipperton Developpement

Une troisième équipe sur le projet

Fin 2010, après deux échecs, la Caisse des Dépôts et Consignations lance une troisième tentative avec Perrine Houdoux-Stoclet, chargée de l’événementiel, le cabinet Clipperton Développement pour l’immobilier commercial et Cyril Aoutzerate pour le secteur de la restauration. Ce dernier est le cofondateur du Mama Shelter, hôtel-restaurant très branché et toujours plein, du 20e arrondissement. A la tête de Clipperton Développement, Philippe Vincent explique le projet de reprise pour la Cité de la Mode et du Design : un renouvellement permanent pour inciter le public à revenir.

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Le nouveau projet prévoit l’installation d’un concept store ouvert aux métiers de la création au rez-de-chaussée et l’implantation de trois restaurants et d’un night club. L'idée d'une espace dédié aux jeunes créateurs ne sera finalement pas conservée, car non pérenne économiquement. Le lieu se destine également à des événements et manifestations autour du design avec une privatisation possible du « rez-de-berge », à hauteur de Seine. Cette partie inondable autorise uniquement l’installation de structures temporaires, elle a donc conservé l'aspect brut de la structure bétonnée du bâtiment. La terrasse avec vue sur la Seine, doit aussi permettre d’accueillir le public pour des fêtes en plein air.

L’inauguration est programmée à l’automne 2011 mais sera une nouvelle fois retardée. Sollicitée à plusieurs reprises, la Marie de Paris n’a pas souhaité répondre à nos questions mais a exprimé son mécontentement en décembre dernier. « Nous avons confié le projet à des gens qui ne savent pas le faire. Et nous sommes furieux. J’espère que le lancement réussira en 2012 comme prévu » affirmait Lyne Cohen-Solal, adjointe au maire de Paris chargée du commerce, de l’artisanat, des professions indépendantes et des métiers d’art et en charge de ce dossier.

Le lancement de la Cité de la Mode et du Design devient nécessaire. Philippe Vincent explique les raisons d’une ouverture partielle, le 13 mai dernier au grand public.

Finalement, le projet s’intitule « Les Docks, Cité de la Mode et du Design » et l’ouverture au public commence donc ce 13 avril avec deux expositions du musée Galliera, fermé pour travaux jusqu’en 2013. La première se développe autour du travail du couturier Cristolbal Balenciaga et la seconde, sur la maison de la créatrice japonaise Rei Kawakubo, Comme des Garçons. A côté, la jeune et prometteuse créatrice Yiqing Yin occupe un atelier boutique pour six mois.

Cinq enseignes seulement sont déjà en place mais plusieurs lancements de boutiques, de clubs et de restaurants devraient suivre progressivement jusqu’à l’été. L’idée étant de faire des Docks, Cité de la Mode et du Design un lieu expérimental et toujours animé. Mais l’alchimie avec le public va-t-elle fonctionner ? L’été 2012 annoncera une première tendance.

A écouter sur France Culture, une semaine sur les coulisses de la mode avec l’émission Sur les Docks.> La Fabrique de l’Histoire consacrait également une semaine à l’histoire de nos atours.