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Les Dupuy : "Ouvrir un lieu à la danse moderne, c'était politique"

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Françoise et Dominique Dupuy répètent une figure chorégraphique dite de l'Arbre au Théâtre de l'Etoile le 27 avril 1960 à Paris
Françoise et Dominique Dupuy répètent une figure chorégraphique dite de l'Arbre au Théâtre de l'Etoile le 27 avril 1960 à Paris
© Getty - Keystone-France / Contributeur

1962 . De la danse en plein air en haut d’une montagne : retour sur l’histoire du festival des Baux-de-Provence, créé par Françoise et Dominique Dupuy. De 1962 et 1968, ce festival a accueilli autant les grands chorégraphes que les artistes émergents, parmi lesquels... Merce Cunningham.

Pour la dernière étape de ce parcours radiophonique autour des avant-gardes chorégraphiques, retour dans les années 60 avec Françoise et Dominique Dupuy, couple de chorégraphes qui a contribué à l'émergence et au développement de la danse moderne, puis contemporaine.

Chercher, déconcerter, expérimenter : une philosophie de création toujours d'actualité pour Dominique Dupuy qui débute actuellement un projet au long court entre septembre 2016 et décembre 2017. A travers une série d'ateliers, conférences, performances, le public est convié à une exploration singulière : une invitation au(x) Silence(s). La première journée aura lieu au Théâtre National de Chaillot le 24 septembre 2016 : "Silence, on danse" !

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Un festival, un geste politique

Depuis 1954, Françoise et Dominique Dupuy dirigent leur compagnie, les Ballets Modernes de Paris. S'ils sont activement à la recherche d'un un lieu pour installer la troupe et montrer leurs créations, leur idée est aussi, à l'image de la décentralisation théâtrale, de rendre la danse accessible à un plus large public.

Ils font alors le pari d'une scène éphémère en plein air pour la danse et créent le festival des Baux-de-Provence en 1962 dans le Sud de la France. Dans le documentaire La danse avant la danse : vie et mort du festival des Baux-de-Provence, diffusé dans la Fabrique de l'Histoire en 2009, ils racontent :

"Ouvrir un lieu à la danse moderne" (Dominique Dupuy)

5 min

Durée : 5'12

"Ouvrir un lieu à la danse moderne, c'était politique, parce que ça n'existait pas. Puisqu'il n'y a pas de lieu tel qu'Avignon pour la danse, puisqu'Avignon à l'époque ne programmait pas encore de danse, eh bien nous allons essayer de créer avec les moyens du bord, qui serait le premier festival de danse." (Dominique Dupuy)

Au geste politique s'ajoute un geste artistique : ouvrir la danse à de nouveaux lieux et à de nouvelles formes. Danser en plein air, en haut d'une montagne, c'est aussi l'occasion de tisser une nouvelle relation avec le public. Françoise Dupuy ainsi que la danseuse Susana Egri se souviennent du lieu et des conditions de répétitions :

Danser en plein air au festival des Baux-de-Provence : Françoise Dupuy et Susana Egri rancontent

2 min

Durée : 2'39

La venue de Merce Cunningham

Dans ce village provençal, entre Arles et Avignon, les Dupuy invitent autant des artistes reconnus que des chorégraphes montants de la scène mondiale : la danseuse indienne Rita Devi, la London Contemporary Dance Company héritière de la tradition de Martha Graham ou encore les ballets de Serge Golovine.

L’histoire de ce festival a par ailleurs été marqué par la venue, en 1964, du trio américain Merce Cunningham, John Cage, Robert Rauschenberg. C'est l'une des premières fois que le public français découvre le travail de Merce Cunningham. Récit d'une venue mouvementée, entre choc et fascination :

La venue de Merce Cunningham au festival des Baux-de-Provence

8 min

Durée : 8'20

Le photographe Lucien Clergue salue l'audace de ce choix de programmation, voyant alors les Dupuy comme des avant-gardistes de la première heure. La réception des pièces est cependant très mitigée, à Paris comme en Provence. Tandis que le public déserte les salles, le président du festival des Baux-de-Provence s'exclame "plus jamais ça !". D'autres, au contraire, y voient une révélation :

C'était une révélation de voir Merce Cunningham, (...) cette façon qu'il avait de jouer de son corps et dire "J'ai pas besoin de tutu pour vous faire rêver. Je suis pieds nus." (...) On avait le sentiment, je crois, tous, de la liberté. (Lucien Attoun)

Merce Cunningham
Merce Cunningham
© Sipa - LIDO/SIPA

Après 1968, le festival s'essouffle et disparaît, mais l'impulsion est donnée pour le développement de la danse contemporaine en France.

Les extraits ci-dessus proviennent du documentaire La danse avant la danse : vie et mort du festival des Baux-de-Provence, diffusé dans la Fabrique de l'Histoire le 16.06.2009. Un documentaire de Perrine Kervran et Marie-Christine Clauzet.

Pour aller plus loin :