Les écrans sont-ils vraiment dangereux pour les enfants ?

Les écrans, un danger pour les enfants ?
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Les écrans sont-ils vraiment dangereux pour les enfants ?

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Les Idées Claires | L'usage des écrans a-t-il vraiment des conséquences néfastes sur le développement des enfants ? C'est la question au cœur des Idées Claires, notre programme hebdomadaire produit par France Culture et franceinfo destiné à lutter contre les désordres de l'information, des fake news aux idées reçues.

"Le constat est sans appel, les enfants de 3 ou 4 ans en grande difficulté que nous signalent les écoles sont quasiment tous exposés massivement aux écrans de 6h à 12h par jour". Cette vidéo postée en mars 2017 par Anne-Lise Ducanda est devenue virale en quelques jours. Son ton alarmiste et les mises en garde sur l'utilisation des écrans ont convaincu de nombreux médias qui ont repris ses thèses. 

L'auteure de la vidéo, une médecin généraliste, alerte sur la surexposition des enfants aux écrans et n'hésite pas à faire le lien avec le développement de l'autisme. Ce discours qui fait des écrans le bouc-émissaire idéal, est très séduisant. Mais il ne repose pas sur une vérité scientifique. 

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C'est d'ailleurs ce qu'ont reproché de nombreux médecins et spécialistes à Anne-Lise Ducanda. Patrick Pelloux, le célèbre urgentiste, l'a même accusé de "charlatanisme".

Si de nombreux rapports sortis ces dernières années alertent sur les dangers des écrans, ils traitent souvent d'enfants surexposés, c'est-à-dire d'enfants en contact avec des écrans de 3 à 6 heures par jour. 

Et si le danger ne venait pas des écrans mais plutôt de leur usage excessif ?

Un autre rapport, commandé par l’Académie des sciences en 2013affirme même que les tablettes tactiles peuvent être utiles avant 2 ans, en présence d’un adulte. Selon le rapport, les tablettes peuvent être "un objet d'exploration et d'apprentissage parmi les autres objets du monde réel."

En clair, diaboliser les écrans ne sert à rien : les écrans ne seraient pas mauvais pour les enfants, à condition que leur utilisation soit modérée, contrôlée et qu'ils permettent de développer des interactions.

Nous avons confronté ce discours diabolisant les écrans à une spécialiste Magali Lavielle-Guida, orthophoniste et psychologue.

Les écrans sont-ils nocifs pour les enfants ?

Magali Lavielle-Guida : "Dire que les écrans sont un poison pour les enfants, c’est vraiment excessif. On ne peut pas signifier les choses de cette façon-là. Il faut être un peu plus nuancé. Évidemment un usage excessif, ça n’est absolument pas constructif pour l’enfant mais un usage pondéré et accompagné par les parents, là ça peut être vraiment intéressant."

Les écrans ont-ils un impact sur leur développement ?

Magali Lavielle-Guida : "Il y a un impact des écrans sur les enfants, ils peuvent apprendre des choses avec les écrans, ils peuvent jouer, ça, c’est l’impact positif. L’impact négatif c’est quand il y a trop d’écrans, quand on se ferme aux interactions, quand on ne fait plus que ça, quand on ne réfléchit plus et qu’on est passif à recevoir l’information, ça c’est négatif. Les reportages qu’on peut voir montrent toujours des cas compliqués, uniques. Aujourd’hui on n’a pas d’étude qui montre que tout ça a une valeur scientifique sur un plus grand nombre."

Faut-il interdire les écrans en dessous de 3 ans ?

Magali Lavielle-Guida : "La règle “pas d’écran en dessous de 3 ans”, scientifiquement, elle n’est pas fondée. On a des résultats d’utilisation qui montrent que finalement les enfants tout-petits de 2 ou 3 ans utilisent assez peu les écrans, les parents font attention et régulent assez bien. Il n’y aurait que 8 % de moins de 2 ans qui utiliseraient les écrans vraiment trop. En dessous de 2 ou 3 ans, c’est vraiment tout petit et les activités sensori-motrices, d’interaction, de jeu extérieur doivent vraiment être privilégiées.

Après, plus l'enfant grandit et plus il est à même de pouvoir gérer et réguler, plus on peut lui laisser une heure ou deux d’utilisation quotidienne. Mais ce qui est très important c’est de réguler et de ne pas faire que ça."

Pourtant les effets néfastes de la télé sont connus...

Magali Lavielle-Guida : "Sur la télévision on sait ce qu’il se passe et on sait que ce n’est pas si toxique. Rester trop longtemps devant la télé, ça peut générer des troubles, alimentaires, de poids, de sommeil si on abuse de cette utilisation, mais on n’a pas d’autres éléments par rapport aux écrans qui nous préoccupent actuellement, c’est-à-dire les écrans plus mobiles, les smartphones et les écrans tactiles."

Y a-t-il un lien entre utilisation des écrans et retard du langage ?

Magali Lavielle-Guida : "Il y a eu une analyse de la littérature scientifique qui a été faite par le Lurco, un laboratoire qui réunit des maîtres de conférence et des orthophonistes et ce qu’on sait, c’est qu’en tout cas il n’y a pas d’effet négatif sur le langage par rapport aux études qu’on connaît donc ça ne nuit pas nécessairement au développement du langage."

On parle beaucoup aussi des dangers de la lumière bleue pour les yeux...

Magali Lavielle-Guida : "D’une façon générale, la lumière bleue n’endommage pas les yeux des enfants. En fait, tout dépend du seuil par rapport à l’atteinte qui peut y avoir de la rétine sur une lumière bleue et il y a des seuils qui sont tout à fait corrects donc non il n’y a pas d’endommagement de la rétine."

Y a-t-il un lien entre utilisation massive des écrans et autisme ?

Magali Lavielle-Guida : "Établir un lien entre l’exposition trop tôt ou massive aux écrans et les troubles du spectre de l’autisme n’est pas du tout fondé scientifiquement, c’est même plutôt une contre-vérité. Les troubles du spectre de l’autisme on les connaît depuis au moins 1943, leur première description, il n’y avait pas d’écran à ce moment-là.

Que l’utilisation massive des écrans provoque des troubles de la communication ou du comportement quand vraiment, il y a un excès d’utilisation et que l’enfant s’isole, ça n’est pas démontré mais ça peut être entendu.

Par contre les troubles du spectre de l’autisme ce sont des troubles neuro-développementaux qui ont beaucoup de causes, qui sont multi-factoriels, mais il n’y a aucun élément qui va dans le sens des écrans."

Le discours médiatique diabolise-t-il trop les écrans ?

Magali Lavielle-Guida : "Le premier rôle à jouer, c’est justement d’apporter de la nuance et de bien vérifier scientifiquement dans quel cas il y a lieu de s’inquiéter ou dans quel cas il faut se dire “attention, là ce qu’il faut c’est un usage modéré”.

Un usage excessif est forcément néfaste au développement, ce qui ne veut pas dire toxique.

Les écrans peuvent avoir des vertus positives si vraiment l’usage est très très modéré, c’est-à-dire maximum 20 minutes par jour et surtout accompagné. La vertu positive des écrans, si les applications sont de qualité ou les dessins animés ou les petites comptines sont de qualité, c’est surtout de permettre de développer des interactions constructives dans la réalité avec les parents ou les pairs."

"Les Idées claires", un programme hebdomadaire vidéo et audio.

Parce que la vérité est plus lente que le mensonge, parce que la désinformation est plus séduisante que les faits vérifiés, Les Idées Claires démêle le vrai du faux. Chaque semaine, dans une vidéo et en podcast, un.e expert.e et Nicolas Martin (producteur de La Méthode scientifique sur France Culture) remettent de l’ordre autour d’une idée reçue. Retrouvez l'intégralité des épisodes dans le dossier "Les Idées Claires".

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