Les enfants sont-ils des réservoirs viraux du Covid-19 ?

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Les enfants sont-ils des réservoirs viraux du Covid-19 ?

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Les enfants sont-ils un maillon central de l'épidémie ? C'est la question au cœur des Idées Claires, notre programme hebdomadaire produit par France Culture et franceinfo destiné à lutter contre les désordres de l'information, des fake news aux idées reçues.

Les écoles devraient rouvrir, petit à petit, à partir du 11 mai. Une nouvelle qui a fait beaucoup de bruit et suscite des inquiétudes tant chez les parents que chez les enseignants.  

Au début du confinement le gouvernement pointait du doigt le risque épidémique que représentaient les enfants, porteurs sains la plupart du temps. Mais aujourd'hui il fait machine arrière et affirme que très peu d'entre eux auraient attrapé le coronavirus, ils ne seraient donc que peu contagieux. 

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D'où vient ce revirement de situation ? Les enfants sont-ils un maillon central de l'épidémie ? Peut-on les considérer comme des réservoirs viraux du Covid-19 ? La réouverture des écoles risque-t-elle de faire partir une seconde vague de contamination ? Autant de questions que nous avons posées à Robert Cohen, pédiatre et infectiologue à l’hôpital intercommunal de Créteil, en charge d'une étude sur les enfants et le Covid-19. 

Les enfants sont-ils des réservoirs viraux du Covid-19 ?

Robert Cohen : "C’est ce qu’on pensait au départ. Pour beaucoup de virus respiratoires, comme celui de la grippe ou de la bronchiolite, les enfants sont souvent porteurs du virus, plus que les adultes et pour des périodes plus prolongées. C’était vraiment l’hypothèse prédominante. Lorsqu'on a commencé à faire des prélèvements fin février, début mars, on a analysé à la fois des enfants et des adultes, consultant aux urgences ou hospitalisés. Et on s’est aperçu que la plupart du temps les test étaient 3 à 5 fois moins positifs chez l’enfant que chez l’adulte. Ça a été un premier signe d’alerte. Depuis, il y a d’autres éléments qui sont venus nous rassurer, sur le fait que presque tous, 80-90% avaient un adulte de leur entourage déjà malade avant eux, avec relativement peu de cas dans l’autre sens. Maintenant est-ce qu’on peut exclure le rôle des enfants dans la maladie, en tout cas dans la dynamique de l’épidémie ? Sûrement pas. Mais en tout cas, ils n’ont pas le rôle qu’on a voulu leur attribuer au départ."   

Pourquoi développent-ils des formes moins graves ?

Robert Cohen : "On ne sait pas encore aujourd’hui pourquoi les enfants portent moins ce virus, pourquoi ils tombent moins souvent malades et pourquoi ils font moins de formes graves de la maladie. Ça ne veut pas dire zéro forme grave, en effet, il y en a quelques-unes mais cela reste vraiment exceptionnel. Mais néanmoins extrêmement douloureux lorsque cela arrive. Et on ne sait pas pourquoi. Ce sont des faits et devant des faits, on émet des hypothèses. Une des hypothèses qui paraît assez peu probable, c’est que le récepteur du virus pourrait être différent ou moins représenté. Une autre hypothèse c’est que les autres infections à coronavirus sont fréquentes chez les enfants et pourraient en partie les protéger. Enfin, que leur réponse immunitaire peut être différente de celles de l’adulte et aboutir moins fréquemment à des formes graves."

À l’inverse les nouveau-nés, eux, réagissent moins bien...

Robert Cohen : "Ce ne sont pas tout à fait des formes plus graves, c’est que les moins de 3 mois, toute fièvre chez un enfant de moins de 3 mois conduit à des examens et souvent à les hospitaliser. Donc on leur a fait un bilan sanguin, un examen d’urine et on leur a fait aussi des PCR (tests) contre le coronavirus. Et un certain nombre d’entre eux étaient positifs et ont eu de la fièvre. Mais il faut savoir que l’immense majorité de ces enfants a guéri généralement en très peu de jours, quelques-uns ont eu des évolutions un peu plus lourdes. Mais les petits si on les a hospitalisés c’est parce qu’ils étaient petits."

Comment la reprise de l’école va-t-elle se passer ?    

Robert Cohen : "Moi ce qui me préoccupe un petit peu plus c’est la façon dont on va accompagner les enfants et venir les chercher. Parce que jusqu’à présent, les parents qui viennent les chercher à la sortie de l'école étaient très proches les uns des autres en train de discuter. J’ai presque plus de problèmes à ce niveau-là, qu’au niveau de la classe elle-même. Dans une classe, comme je vous le dis les enfants sont assez rarement porteurs, ils semblent assez peu contaminer les uns les autres, c’est davantage le contact entre adultes qui m'inquiète, plutôt que le contact entre enfants et adultes."

Vous menez actuellement une étude pour observer le Covid-19 chez des enfants... 

Robert Cohen : "L’étude que nous débutons, consiste à prélever 600 enfants dans la région parisienne, 300 sans aucun symptôme, qui viennent pour des consultations systématiques essentiellement liées à la vaccination et 300 qui ont des symptômes qui pourraient correspondre au coronavirus. Maintenant quel est le taux d’enfants porteurs ? Je ne le sais pas encore. Mais même si ce taux de porteurs est faible, car les enfants sont confinés depuis un mois, quand ils vont rentrer à l’école, la majorité d’entre eux ne sera pas porteuse du virus et donc aucun n’aura d’anticorps. On va se retrouver dans une situation où des enfants qui a priori ne seront pas contagieux car ils n’ont pas de coronavirus, ne seront pas immunisés non plus. Et si cela se produit, on comprend bien qu’en septembre on se retrouvera exactement dans la même situation puisqu’il n’y aura pas de colonies de vacances, pas de vacances, pas de jardins donc rien ne changera d’ici la rentrée." 

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