Les enseignements de la victoire d'Emmanuel Macron

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Les enseignements de la victoire d'Emmanuel Macron

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Emmanuel Macron, quelques instants avant son allocution.
Emmanuel Macron, quelques instants avant son allocution.
© AFP - Lionel BONAVENTURE

Largement élu, avec 65,8% des voix selon un sondage Ipsos / Sopra-Steria pour Radio France, Emmanuel Macron devient le 8e président de la Ve République. Son élection hors norme pose de nombreuses questions pour la suite.

A plusieurs titres, cette élection présidentielle aura été inédite. L'arrivée au pouvoir d'Emmanuel Macron questionne, à divers niveaux, notre système politique et institutionnel.

Abstention et vote blanc : un scrutin inédit

Depuis 1969, jamais le taux d'abstention n'a été aussi fort, avec plus de 25%. Autre première depuis 1969 : le nombre votants au second tour est plus faible qu'au premier. Sur l'abstention, l'institut de sondage Ipsos l'explique par plusieurs raisons. Pour 31% des sondés qui ont annoncé ne pas avoir voté, c'est le "rejet total" des deux candidats qui a emporté leur décision. Pour 28%, c'est le refus de choisir entre deux candidats qui ne correspondent pas à leurs idées. Pour 16%, les sondages donnant Emmanuel Macron largement vainqueur, ont pu donner l'impression que le scrutin était joué.

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L'autre fait notable : le vote blanc. Selon les estimations d'Ipsos, on compte plus de quatre millions de votes blancs et nuls (4,2 millions). C'est 8,8% des inscrits.

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Le rôle du FN

Malgré la large victoire d'Emmanuel Macron, Marine Le Pen estime qu'elle reste la première opposante au nouveau président élu.

Par ce résultat historique et massif, les Français ont désigné l'alliance patriote et républicaine comme la première force d'opposition au projet du nouveau président.

C'est l'enjeu à venir d'ici les législatives : qui incarnera l'opposition au nouveau président pour éventuellement imposer une cohabitation à Emmanuel Macron ? Marine Le Pen estime être cette personne, et elle a profité de son allocution dimanche soir pour disqualifier les autres partis de gauche et de droite : "les formations politiques qui ont pris la responsabilité de faire élire monsieur Macron se sont discréditées elle-même et ont perdu toute légitimité à représenter une force d'alternance ou même d'opposition crédible".

Avec plus de 11 millions de voix au second tour, Marine Le Pen a permis à l'extrême droite d'établir un record. Au fil des élections, elle améliore le score de sa formation : 6,4 millions de voix à la présidentielle 2012, puis 6,8 millions pour le Front National à l'occasion des régionales. 7,6 millions de voix lors du premier tour de la présidentielle 2017. En 15 jours, Marine Le Pen aura même réussi à attirer près de quatre millions de voix.

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Lors des législatives, le Front national espère remporter une quarantaine de circonscriptions, contre deux aujourd'hui. Traditionnellement, ce scrutin réussit peu au FN. Sauf que cette fois, les candidats frontistes pourront compter sur une implication locale fondée sur les nombreux élus locaux du FN arrivés à l'occasion des élections municipales, départementales, régionales.

Quelle majorité aux législatives ?

Invité de France Culture, Patrick Weil, spécialiste de la citoyenneté, auteur de "Le Sens de la République", estime qu'une "transformation démocratique" est en marche et qu'il s'agit d'une "crise institutionnelle" : "Cela n'a pas été mesuré par les commentaires qui sont obsédés par la figure présidentielle, mais peut-être qu'on est vraiment dans une transformation plus démocratique de notre système politique. Incarnée d'abord par l'élection d'un jeune président un peu hors parti".

Pour lui, cette transformation va se poursuivre lors des élections législatives avec un éclatement des voix et peut-être l'absence de majorité absolue. Ce qui ne serait pas une mauvaise chose : "s'il y a 40 FN, 35 Insoumis, 100 Macron, et bien cela fera une assemblée où il faudra débattre, créer des majorités. Je me demande si la France n'a pas envie de retrouver plus de collectif, et sortir du pouvoir d'un homme (le président). Il faut une assemblée diverse, et que ça force les partis à coopérer, à s'allier en fonction des sujets. Peut-être qu'il n'y aura pas de majorité. Peut-être qu'il faudra, comme dans d'autres démocraties parlementaires, trouver des terrains d'entente, des majorités d'idées".