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Les exportations d’armes russes se tournent vers une nouvelle clientèle

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Parallèlement au salon international de l’armement en Russie, les Olympiades militaires qui s'achèvent permettent de faire la démonstration du savoir-faire russe.
Parallèlement au salon international de l’armement en Russie, les Olympiades militaires qui s'achèvent permettent de faire la démonstration du savoir-faire russe.
© AFP - Sefa Karacan / Anadolu Agency

Les Olympiades militaires qui se terminent ce week-end en Russie étaient doublées d’un salon international de l’armement. L’occasion pour Moscou de promouvoir ses productions. Le Kremlin entend bien conforter son statut de deuxième exportateur d’armes au monde, malgré les sanctions occidentales.

Les Russes assurent qu'il s'agissait de la plus grande exposition au monde de matériel militaire, avec au total près de 700 pièces. Des fusils d’assaut dernier cri au véhicule amphibie, à la fois bateau et blindé, avec roues rétractables qui a su aiguiser la curiosité de la centaine de délégations présentes à l’inauguration de l’événement, sous le regard avisé de Sergueï Choïgou, le ministre russe de la Défense, l’un des hommes de confiance de Vladimir Poutine.

Dans le discours vidéo inaugural d'Army 2020, le président russe est sorti du vocabulaire sportif et amical de la quinzaine, en appelant clairement à faire de ce rendez-vous l’occasion de remplir les carnets de commandes de l’industrie nationale de l’armement. Car si la Russie occupe bien la deuxième place sur le marché, elle voit ses parts stagner sur les cinq dernières années. 

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Avec 21 % des exportations d’armes dans le monde, la Russie se situe encore loin des États Unis, qui totalisent 36 % du secteur, selon le Stockholm International Peace Research Institute (Sipri). Un constat que les Russes s’efforcent d’inverser, selon Igor Delanoe, directeur-adjoint de l’Observatoire de la chambre de commerce et d’industrie franco-russe à Moscou, spécialiste notamment des questions militaires, en diversifiant leur clientèle :

Auparavant, les clients historiques comme la Chine, l’Inde ou encore le Vietnam et l’Algérie, représentaient les deux tiers des exportations pour l’armement russe. Aujourd’hui, on assiste à un rééquilibrage avec l’arrivée de nouveaux acheteurs comme la Turquie, l’Irak, voire l’Egypte.

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La percée russe sur le marché africain

Soumise aux sanctions occidentales depuis plus de cinq ans, la Russie se concentre, à partir de quelques niches, sur ses atouts. A savoir des armements, comme ses avions de chasse, ses systèmes de missiles, ses fusils d’assaut ou ses hélicoptères de combat, pour beaucoup moins coûteux que ceux de ses concurrents, et qui restent néanmoins de bonne qualité.

Quant à l’impact des sanctions, s’il a pu être constaté sur de nouveaux clients potentiels, il a aussi été peu mesuré sur d’autres. Le meilleur exemple reste évidemment l’achat en 2019 par la Turquie des systèmes de missiles de défense russes S 400, malgré d’intenses pressions des États-Unis pour tenter de placer les missiles Patriot.

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Parallèlement, la Russie a développé une stratégie d’implantation sur le marché africain qui en fait aujourd’hui le premier fournisseur d’armes sur le continent, avec 49 % du total des exportations sur place. Igor Delanoe explique :

Il faut bien voir que certains pays africains n’ont pas les moyens financiers de se fournir en matériel militaire occidental, peut-être plus performant, mais aussi plus onéreux que ce que proposent aujourd’hui les armuriers russes.

"Par ailleurs, la Russie est connue pour ne pas exiger de conditions, en matière de droits de l’homme par exemple, lorsqu’elle vend", poursuit l'expert.

Au cœur du sommet Russie-Afrique à l’automne 2019, près de la résidence de Vladimir Poutine à Sotchi, le Kremlin avait mis à la disposition de ses invités représentant une trentaine de pays une série d’expositions sur les dernières armes russes, tel que son récent fleuron : le fusil d’assaut AK 200.

Officiellement, la diplomatie russe défend sa politique en la matière en mettant en avant sa volonté de lutter contre le terrorisme et de prévenir les conflits régionaux. Mais la présidence russe sait que sur son créneau des ventes d’armes à l’Afrique, si elle veut garder le leadership, elle va devoir résister maintenant aux réactions des occidentaux, France et États-Unis en tête. La Russie enfin devra aussi faire face à l’offensive naissante de son allié chinois, qui occupe déjà 13 % du marché de l’armement africain. La Chine qui est déjà connue pour sa capacité, non seulement de vendre encore moins cher que la Russie, mais aussi à proposer en complément une offre commerciale élargie à d’autres secteurs d’activités.

Avec la collaboration de Chadi Romanos