Les femmes samouraïs ont-elles existé ?

Tomoe Gozen, ou dame Tomoe, est la femme samouoraï la plus racontée et romancée du Japon féodal.
Tomoe Gozen, ou dame Tomoe, est la femme samouoraï la plus racontée et romancée du Japon féodal.

Les femmes samouraïs, des combattantes japonaises

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Les femmes samouraïs ont-elles existé ?

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Femmes samouraïs, meneuses d’hommes ou impératrices conquérantes : rares mais inspirantes, quelques figures féminines ont marqué l’histoire du Japon.

Dans l’histoire japonaise, il y a la réalité historique et la légende. Figure féminine mythique, Tomoe Gozen fut la “onna bugeisha”, ou femme combattante, la plus connue. Cette redoutable cavalière aurait mené l’armée de son mari samouraï lors de la guerre de Genpei, au 12e siècle. Mais le rôle de samouraï, chargés de défendre un chef ou un shogun, était traditionnellement réservé aux hommes depuis sa création au Xe siècle. 

“Les figures de femmes samouraïs dont on peut attester l’existence, ça se passe pendant la période du Bakumatsu, c’est-à-dire une période de troubles juste avant l’ère Meiji, situe le journaliste et spécialiste du Japon, Stéphane du Mesnildot. On est donc vers 1868, quand les partisans du Shogun et ceux de l’empereur se battaient pour le contrôle du pays.”

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Celui qui est aussi co-commissaire de l’exposition “Ultime combat”, qui se tient jusqu’en janvier 2022 au musée du quai Branly, énumère deux autres figures guerrières dont le parcours est documenté.

La première est Takeko Nakano, qui avait monté un bataillon d’une dizaine de combattantes et qui trouva la mort en 1868 pendant une bataille.

“Elle s’est fait décapiter par sa propre sœur plutôt que de tomber aux mains de l’ennemi, raconte Stéphane du Mesnildot. Donc elle vivait vraiment selon le code d’honneur du samouraï, c’est-à-dire le 'bushido'."

Héritière de ce bataillon, Yae Nijima est une autre figure marquante puisqu’elle crée une école de filles, où l’on apprenait les lettres aussi bien que le tir à l’arc.

Pas combattante, mais meneuse d’hommes : Hojo Masako, la femme du 1er shogun, a galvanisé les troupes de son mari en guerre contre l’empereur en 1221.

“Elle leur fait un discours. Elle les rallie, et grâce à cela, ils partent au combat remontés, raconte l’historien spécialiste du Japon Pierre Souyri. Ils vont livrer bataille et ils vont la gagner.”

Une impératrice travestie

Au total, 8 impératrices ont régné sur le Japon. L'une d’entre elles, Jingu, a conquis la péninsule coréenne au 3e siècle.

“C’est une femme qui se déguise en homme et qui mène les hommes au combat, mais, encore une fois, c’est un texte légendaire, rappelle Pierre Souyri. Ce qui est intéressant, c’est que dans les mythes, il n’y a pas cette dichotomie si forte que dans nos sociétés à nous aujourd’hui. Le fait de se travestir en tant que tel n’est pas quelque chose de tabou et de transgressif.”

Au cinéma, la femme yakuza

L’image de la femme combattante se construit ensuite dans la culture japonaise par le cinéma au XXè siècle, comme une manière de répondre à un besoin d’émancipation.

On retrouve la figure de la femme yakuza, du nombre de la mafia japonaise, dans plusieurs films des années 1960 et 1970, comme “La Pivoine rouge” ou “Lady Snowblood”. Et c’est même cette figure qui inspirera le personnage de Gogo Yubari, l’écolière qui affronte Uma Thurman dans “Kill Bill” de Quentin Tarantino.

“C’est une figure qui est complètement imaginaire puisqu’il n’y a jamais eu de femme cheffe de clan, ce qu’on appelle les “oyabun”, tempère Stéphane du Mesnildot. C’est aussi une figure qui émerge avec la remise en question des forces de domination des années 1960, qu'elles soient politiques ou sociales”.