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Les Français en captivité à l'étranger

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Rassemblement ce mardi 11 février 2020 à Paris, au Trocadéro, d'environ 150 personnes, chercheurs et simples anonymes. A l'appel du comité de soutien des deux chercheurs, français et franco-iranienne, toujours emprisonnés en Iran.
Rassemblement ce mardi 11 février 2020 à Paris, au Trocadéro, d'environ 150 personnes, chercheurs et simples anonymes. A l'appel du comité de soutien des deux chercheurs, français et franco-iranienne, toujours emprisonnés en Iran.
© Maxppp - Thomas Padilla

La chercheuse Fariba Adelkhah a mis fin à sa grève de la faim ce mercredi en Iran. Mais elle reste détenue depuis plus de 250 jours dans la prison d'Evin, au nord de Téhéran, avec son confrère Roland Marchal. Le sort d'autres Français, en particulier de l'otage Sophie Pétronin, reste préoccupant.

Accusée "de propagande contre le système politique de la République islamique" et de "collusion en vue d'attenter à la sûreté nationale, la chercheuse franco-iranienne Fariba Adelkhah a mis fin à sa grève de la faim ce mercredi, selon son avocat. L'anthropologue qui risque de 2 à 5 ans de prison,  comme son conjoint Roland Marchal, avait cessé de s'alimenter le 24 décembre 2019 pour protester contre son incarcération.

Les deux chercheurs au Centre de recherches internationales de Sciences Po Paris (CERI) sont dans les geôles de la prison d'Evin, arrêtés à Téhéran par les Gardiens de la Révolution, les Pasdaran, depuis juin dernier. Malgré des tractations diplomatiques, la prise de position officielle d'Emmanuel Macron et une intense mobilisation de scientifiques.

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Le sort d'autres Français dans le monde pose question, en particulier celui de l'otage Sophie Pétronin, enlevée il y a plus de trois ans au nord du Mali. Avec hors de nos frontières un millier de Français détenus de droit commun ou pour des affaires de drogue.

"Ce sont des chercheurs qui sans doute sont des prises de gage"

Fariba Adelkhah, emprisonnée en Iran depuis juin 2019.
Fariba Adelkhah, emprisonnée en Iran depuis juin 2019.
© AFP - AFP PHOTO / SCIENCES PO / THOMAS ARRIVE

Fariba Adelkhah et Roland Marchal sont des "prisonniers scientifiques," explique leur comité de soutien. "On sait que la diplomatie française suit le dossier mais on ignore où en sont les négociations. Nous, nous répétons qu'ils ne sont pas des prisonniers politiques, ils n'ont jamais fait de politique en Iran, ce sont des chercheurs qui sans doute sont des prises de gage dans les relations extrêmement tendues que l'Iran a aujourd'hui avec la communauté internationale" explique Béatrice Hibou, politologue rattachée au CERI et membre active de leur comité de soutien_._

Après l'intervention des autorités françaises en faveur de la libération des deux chercheurs, l'Iran a accusé Paris d'ingérence. Parallèlement aux déclarations publiques laconiques, il se pourrait bien que Téhéran ait demandé en échange de la libération des deux Français, celle de deux Iraniens détenus en Europe.

"Fariba Adelkhah a répondu à la demande écrite de militants politiques et issus de la société civile, et mis fin à sa grève de la faim à midi (08H30 GMT) aujourd'hui", a indiqué son avocat, Said Dehghan, à l'AFP. Son comité de soutien avait récemment jugé son état de santé "alarmant" et l'avait appelée à mettre un terme à sa grève de la faim.

A Science-Po Paris, les collègues de Fariba Adelkhah et Roland Marchal se mobilisent devant l'institut du 56 rue Jacob.
A Science-Po Paris, les collègues de Fariba Adelkhah et Roland Marchal se mobilisent devant l'institut du 56 rue Jacob.
© Radio France - Nadine Epstain

En savoir plus : Fariba Adelkhah et Roland Marchal retenus en Iran : la France face à une nouvelle crise des otages ?

À lire : En Iran, deux chercheurs français otages de calculs géopolitiques ?

"Une otage abandonnée, une otage sacrifiée"

"La France est une nation qui n'abandonne pas ses enfants " déclarait Emmanuel Macron, le 14 mai 2019, lors de son hommage aux deux commandos marins tués au Burkina-Faso, pendant la libération de deux otages français, touristes enlevés dans le Parc Pendjare au Bénin. Le Président de la République faisait aussi allusion à l'une de ses promesses, celle de "ne pas oublier Sophie Pétronin ".

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Sophie Pétronin, médecin humanitaire de 73 ans, a été enlevée par des islamistes dans le nord du Mali, le 24 décembre 2016. Plus de mille jours de détention, sans preuve de vie depuis un an. De quoi vivement inquiéter son fils : 

J’étais dans l’attente d’une preuve de vie à Bamako, il y a encore quinze jours. Mais cette preuve de vie n’est pas arrivée. On sait que les djihadistes qui la détiennent ne souhaitent plus la garder parce qu’elle nécessite trop de soins. Ils sont dans l’obligation de la soigner. Et cela semble leur poser des problèmes financiers et de sécurité. Ils ne souhaitent pas que cette situation perdure. Je pense que ce que j’ai dénoncé durant la première année de détention de ma mère, à savoir que l’État français ne souhaitait ni négocier ni rentrer en contact avec les gens qui l’ont enlevée, s’est avéré exact même si les autorités françaises l’ont nié : ma mère est une otage oubliée et je considère même qu’elle est passée au statut d’otage sacrifié.

En se rendant lui-même sur place, le fils de Sophie Pétronin a mené sa propre enquête. "J’ai appris que l’enlèvement a été préparé. Il fallait que les exécutants le soient parce qu’ils ont agi à proximité immédiate d’une base militaire française qui réunit 1 000 hommes. Ma mère se trouvait devant la porte d’entrée de l’orphelinat où elle travaillait. Elle s’apprêtait à rentrer chez elle. Il faisait jour, c’était en fin d’après-midi. Elle respectait scrupuleusement les consignes de l’ambassade et des militaires français. Elle se savait en zone de guerre, ce n’est jamais neutre quand on fait de l’humanitaire, mais elle ne prenait pas de risques inconsidérés. Elle n’était d’ailleurs pas la seule occidentale au Mali. Elle se déplaçait habituellement toujours avec un garde du corps. Et malheureusement, ce jour-là, il n’était pas présent. C’est pour toutes ces raisons-là que l’on sait que ses ravisseurs ont agi en attendant le moment le plus propice pour l’enlever."

Sébastien Chadaud-Pétronin pose à côté du portrait de sa mère, Sophie Pétronin, otage au Mali depuis décembre 2016.
Sébastien Chadaud-Pétronin pose à côté du portrait de sa mère, Sophie Pétronin, otage au Mali depuis décembre 2016.
© Radio France - MEHDI FEDOUACH / AFP

En savoir plus : La doctrine de la France vis-à-vis de ses otages a-t-elle changé ?

Un millier de Français à l'étranger détenus de droit commun ou pour des affaires de drogue

Il y a encore cinq ans, la France détenait le triste record du premier pays occidental touché par les enlèvements de ses ressortissants.15 Français étaient otages sur le continent africain. En mai 2019, les mésaventures de deux touristes au Bénin ont rappelé que les citoyens étrangers restaient des proies. "C'est avec professionnalisme et humanité  que les forces spéciales de l'armée française nous ont délivrés", a expliqué Laurent Lassimouills, au sortir de 10 jours de captivité. Au cours de cette opération de sauvetage qui libéra quatre personnes, deux Français, une Américaine et une Sud-Coréenne retenues par des ravisseurs islamistes depuis 28 jours, les militaires français Cédric de Pierrepont et Alain Bertoncello, deux commandos de Marine ont trouvé la mort.

En 2018, dix ressortissants français étaient enlevés au Cameroun, en Colombie et à Madagascar. Cette année-là, les attentats à l'étranger n'ont fait aucune victime française. En 2019, 1 775 875 Français ont été recensés vivre à l'étranger, mais le chiffre réel avoisine les 2,5 millions. 

En 2018, plus de 350 disparitions inquiétantes ont été signalées. Une centaine d'entre elles ont donné lieu à une procédure judiciaire. Un quart des cas restent non résolus. En 2018,  86 personnes n'ont pas été retrouvées.

Sur son site internet, le Quai d'Orsay met en garde :"Dans le contexte de l’intervention de la coalition internationale contre Daech et face au risque accru d’enlèvements et d’actes hostiles contre les ressortissants des pays membres de la coalition, les Français sont invités à faire preuve de vigilance lors de leurs déplacements à l’étranger".

La France est signataire de 80 traités bilatéraux et internationaux concernant le transfert de personnes condamnées. Ce qui permet aux détenus français condamnés à l'étranger de finir leur peine dans l'hexagone. Les détenus dans un pays avec qui la France n'a rien signé ont le plus souvent du mal à s'en sortir. Près de 1 200 Français étaient emprisonnés fin 2019. Le nombre pourrait être plus élevé en vérité, certains Français ne se faisant pas connaitre ou quelques pays taisant les nationalités.

La majorité d'entre eux, des hommes, est détenue pour des infractions de droits communs, en Europe. Ailleurs, s'ajoutent des affaires de drogue. Actuellement, les autorités françaises suivent 73 dossiers, dont 17 avec le Maroc, 10 avec la Thaïlande, et 7 avec les Etats-Unis. Hors Union européenne, 13 transfèrements de détenus ont lieu en 2018.

En Russie, après sept mois de prison préventive, pour une affaire de fraude, Philippe Delpal, directeur financier du fonds d’investissement Baring Vostok, a été libéré. Mais depuis le mois d'août  2019, il est assigné en résidence. Le Français et le cofondateur américain du fonds, Michael Calvey, et quatre de ses employés russes  sont accusés d’être à l’origine d’une fraude d’au moins 2,5 milliards de roubles (environ 33 millions d’euros). 

Où en est-on aujourd'hui de l'affaire Philippe Delpal ? Précisions de Claude Bruillot, notre correspondant à Moscou, qui a notamment rencontré sa femme Cécile.

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Philippe Delpal, qui vit avec sa femme et leurs filles en Russie, depuis quinze ans clame son innocence. Il est conseiller pour le commerce extérieur de la France, depuis 2006. La Russie arrête et poursuit régulièrement des entrepreneurs étrangers.

Une dizaine de Français dans les couloirs de la mort

L’Indonésie a fait de la lutte contre la drogue, une priorité. Sa législation anti stupéfiants est l'une des plus répressives au monde.  Près de 50 personnes ont été condamnées à mort pour trafic de drogue en 2019 dont 15  ressortissants étrangers, selon Amnesty International malgré des procès inéquitables et des aveux extorqués. 

Ainsi en mai 2019, le Français Félix Dorfin arrêté sur l'île de Lombok avec des stupéfiants cachés dans le double-fond d'une valise a été condamné à la peine de mort alors que le Parquet avait requis 20 ans de prison et 627 000 euros (10 milliards de roupies indonésiennes).

Deux mois plus tard sa peine a été ramenée à 19 ans de prison. Quelques mois plus tard, en octobre 2019 un autre Français Olivier J a lui aussi été arrêté en possession d'un paquet de cocaïne. S'il est jugé coupable il encourt la peine capitale. Comme un autre Français, Serge Atlaoui, qui est lui toujours dans les couloirs de la mort après avoir été condamné à mort en 2007 suite à un coup de filet de la police dans un laboratoire près de Djakarta où il travaillait. Son exécution a plusieurs fois été reportée. Des situations que le Quai d'Orsay  assure suivre de près.

Sabine Atlaoui, la femme de Serge Atlaoui, détenu dans les couloirs de la mort en Indonésie depuis 2007.
Sabine Atlaoui, la femme de Serge Atlaoui, détenu dans les couloirs de la mort en Indonésie depuis 2007.
© AFP - FRANCOIS GUILLOT / AFP

Au Maroc, deux hommes franco-algérien et franco-marocain de Seine-Saint-Denis Stéphane Aït Idir et Rédouane Hamadi ont été condamnés à mort en 1994 pour un attentat contre un hôtel à Marrakech qui a tué 2 touristes espagnols. Ils n'ont pas été exécutés puisque le royaume hachémite applique un moratoire sur la peine de mort. Mais les deux hommes se sont mis plusieurs fois en grève de la faim pour dénoncer leurs conditions de détention et réclamer leur transfert vers la France. En vain, ils restent incarcérés au Maroc.

La France qui au niveau international s'est fortement impliquée dans la défense des droits de l'homme, au sens large contre la torture, la peine de mort, les disparitions forcées et en faveur des libertés d'expression, d’opinion, de religion, et d'orientation sexuelle, apporte soutien et assistance à ses ressortissants selon les cas. Par exemple, grâce à l'aide consulaire française, un Américain de Louisiane devenu Français par adoption en 2013 peut lancer des recours en appel afin d'éviter la chaise électrique. Mickael Legrand est enfermé dans les couloirs de la mort pour meurtre. La France continuerait d’essayer de « favoriser la commutation de ces peines. La Chine ne rigole pas non plus avec la drogue et condamne à la peine capitale. Une dizaine d'étrangers ont été exécutés en 2019  pour trafic de drogue. Mais Pékin maintient comme secret d'Etat les mises à mort.

Assassinats ciblés

Le 5 décembre 2019, alors qu'il sortait d'une pizzeria, Philippe Cavaillès, 45 ans, en mission pour Thales, groupe de technologie et de défense français, en Colombie a été tué au nord de Bogota. Il était marié et père de 3 filles.

Dans un premier temps, le ministère des Affaires étrangères a parlé de "décès dans des circonstances qui restent à éclaircir". Puis la police colombienne a expliqué que l'ingénieur français était en compagnie d'un autre Français, mais "lui seul avait  été visé par un  tueur à gages, arrivé par derrière et qui a réussi à prendre la fuite". Ce meurtre est-il lié au salon Expodefensa qui se tenait dans la capitale colombienne et où Thales avait un stand ?

En 2018, 10 Français ont été victimes d’enlèvements crapuleux (contre 14 en 2017). Tous ont été libérés. Aucun Français n’a été victime d’un enlèvement à caractère terroriste en 2018.

Mohammed Ali al-Hakim (à droite), le ministre iranien des Affaires étrangères rencontre son homologue français, Yves le Drian à Bagdad le 17 octobre 2019.
Mohammed Ali al-Hakim (à droite), le ministre iranien des Affaires étrangères rencontre son homologue français, Yves le Drian à Bagdad le 17 octobre 2019.
© AFP - SABAH ARAR / AFP

Les cas de djihadistes

11 ressortissants français ont été condamnés à mort en Irak, entre mai et juin 2019, pour appartenance au groupe terroriste état islamique. Jusqu'à présent, le gouvernement refuse de rapatrier les femmes et les enfants. Il fait du cas par cas. Une quinzaine de mineurs orphelins ont été amenés en France ces derniers mois. En Irak, en mai 2019, Mustapha Merzoughi, Kévin Gonot, Léonard Lopez et Salim Machou, ressortissants français ont été condamnés à la peine capitale pour appartenance à l'organisation Etat Islamique.

Au Maroc, deux hommes franco-algérien et franco-marocain de Seine -Saint-Denis Stéphane Aït Idir et Rédouane Hamadi ont été condamnés à mort en 1994 pour un attentat contre un hôtel à Marrakech qui a tué 2 touristes espagnols. Ils n'ont pas été exécutés puisque le royaume hachémite applique un moratoire sur la peine de mort. Mais les deux hommes se sont mis plusieurs fois en grève de la faim pour dénoncer leurs conditions de détention et réclamer leur transfert vers la France. En vain, ils restent incarcérés au Maroc. 

Conflits parentaux

Autre cas de problèmes : les enlèvements de mineurs de couple mixte. Le conjoint étranger qui rentre chez lui en emmenant l'enfant sans le consentement du parent français. Le quai d'Orsay et la Chancellerie suivent des centaines de cas d'enfants enlevés par le père ou la mère  au Japon, au Liban, en Russie, en Allemagne, au Maroc, en Algérie et en Ouzbékistan. Récemment, un Français qui cherchait à voir son enfant pour lui remettre un cadeau a été mis en garde à vue vingt-trois jours au Japon.