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Les GAFA sur la sellette

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« Les Gafa sont plus dangereux que la Chine »
« Les Gafa sont plus dangereux que la Chine »
© AFP - D. Meyer

Le Journal des idées. Reporters sans frontières a porté plainte en France contre Facebook, estimant que la plateforme « laisse se propager la désinformation et la haine (en général et contre les journalistes) ».

La plainte a été déposée le 22 mars dernier pour "pratiques commerciales trompeuses", la "prolifération massive" des messages de haine et des fausses informations sur le réseau social, contrevenant selon l’ONG aux engagements de la plateforme envers les internautes. Dans ses conditions générales d'utilisation, Facebook s'engage en effet à faire preuve de diligence "pour maintenir un environnement sûr et sans erreurs". RSF dit par ailleurs étudier le dépôt de plaintes similaires dans d’autres pays. Dans L’Express, Antoine Buéno relève un autre vice majeur. Il estime que "les Gafa sont plus dangereux que la Chine", le capitalisme de surveillance venu de la Silicon Valley risquant « d’être bien plus pérenne - et cauchemardesque - que l'archaïque "techno-totalitarisme" chinois ». À première vue, tout oppose ces deux modèles : "surveillance à des fins économiques contre surveillance à des fins politiques ; logique horizontale et décentralisée pour les Gafa contre logique verticale et centralisée pour la Chine."

Les Gafa ont créé ce que Shoshana Zuboff appelle le capitalisme de surveillance tandis que la Chine développe sa surveillance par le capitalisme.

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À réécouter : GAFAM : le déclin de l’empire américain ?

La sociologue distingue dans son livre - L’Âge du capitalisme de surveillance (Zulma) - le Big brother chinois du "big other" des Gafa en montrant que cette surveillance débouche sur des dispositifs de modification comportementale. Et pour Antoine Buéno, "de ces deux modèles, le plus à craindre pour l'avenir n'est peut-être pas celui que l'on croit". Le conseiller prospective et développement durable au Sénat et auteur de Futur, notre avenir de A à Z (Flammarion) explique que "le développement s'est accompagné, partout dans le monde, d'une libéralisation politique", même si le modèle chinois prouve qu'il ne s'agit pas d'une loi d'airain. Le pacte totalitaire chinois tient sur la croissance économique mais celle-ci a tendance à se tasser à l’issue du processus de rattrapage par rapport aux économies des pays développés. Chocs environnemental et démographique pourraient aussi avoir raison de son rythme soutenu. Et en regard du système de crédit social chinois, le système de notation développé par le capitalisme des plateformes pourrait s’avérer bien plus intrusif et cauchemardesque. Tocqueville l'avait entrevu quand il pointait dans La démocratie en Amérique le danger d'une dérive vers la "dictature de la majorité". Aujourd'hui, nous notons notre chauffeur Uber, notre médecin sur Doctissimo ou notre hôtel sur Tripadvisor, mais demain pourquoi pas notre voisin ou collègue de travail ?

À réécouter : Tocqueville et la fabrique de l’opinion

Nomination à la FTC

Dans ce contexte, la nomination de Lina Khan à l'autorité américaine de la concurrence est un signe fort qui confirme l’intention de la nouvelle administration de s'en prendre au monopole des plateformes. La jeune et brillante juriste, autrice d’une thèse sur Hannah Arendt, s’était attaquée en 2017, au "titan du commerce du XXIe siècle" dans le Yale Law Journal. Claire Meynial rappelle dans Le Point son constat détaillé sur Amazon : « En plus d'être un magasin, c'est maintenant une plateforme de marketing, un réseau de distribution et logistique, un service de paiement, un service de crédit, une salle des ventes, un important éditeur de livres, un producteur de télévision et de films, un créateur de mode, un constructeur informatique et l'un des plus gros hébergeurs de serveurs. » Lina Khan assure qu'elle ne s'en prend pas tant à Amazon qu'à un arsenal législatif daté. « Sa nomination à la FTC lui donnera-t-elle les moyens de son ambition ? Le contexte s'y prête. »

Il y a une semaine, les PDG de Facebook, de Twitter et de Google comparaissaient devant la Chambre des représentants qui voulait examiner leur rôle dans l'intrusion violente de manifestants au Capitole, le 6 janvier.

En cause : le champ ouvert à la désinformation, notamment sur le résultat de l'élection, qui aurait favorisé les événements. Affaire à suivre... Google a déjà plusieurs procès en cours, sur sa position dominante, notamment comme moteur de recherche et dans la publicité.

« Pause pipi gate »

Les dirigeants d’Amazon ont présenté en fin de semaine dernière des excuses publiques suite à des accusations concernant les conditions de travail, en particulier sur la nécessité pour leurs employés d’uriner dans des bouteilles, faute de temps et de sanitaires à disposition dans de nombreux centres, révèle L’Obs, qui rappelle que l’entreprise est sous le feu des projecteurs aux États-Unis avec le vote sur la création d’un syndicat dans un entrepôt de l’Alabama, le premier dans le pays. On attend l’annonce des résultats.

À réécouter : Cadences infernales et "bouteilles de pipi" : un nouveau scandale éclabousse Amazon

Le Journal des idées de Jacques Munier est proposé uniquement en version numérique pendant le mois d'avril, vous retrouverez toutes ses diffusions précédentes et à venir ici.