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Les grandes priorités des candidats de la primaire à droite

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© AFP - Joël Saget, Kenzo Tribouillard, Martin Bureau, Lionel Bonaventure

Immigration et identité, économie, éducation. A travers ces thèmes prioritaires pour les sept candidats, découvrez les programmes de Nicolas Sarkozy, Alain Juppé, François Fillon, Bruno Le Maire, Nathalie Kosciusko-Morizet, Jean-François Copé et Jean-Frédéric Poisson.

Immigration et identité

Les programmes des candidats aux primaires de droite
Les programmes des candidats aux primaires de droite
© Radio France - Antoine Guerrier

DROIT DU SOL / DU SANG

Nathalie Kosciusko-Morizet est la seule à ne pas vouloir y toucher : « il fait partie de notre Histoire ». Alain Juppé est prudent : « en matière de naturalisations, les conditions posées sont suffisantes ». Les autres veulent tous le limiter.
Nicolas Sarkozy prône une « présomption de nationalité » par exemple « pas de nationalité française aux enfants dont les parents étaient en situation illégale au moment de leur naissance ». Jean-François Copé veut le supprimer pour le remplacer par une demande motivée de signer un « contrat d’adhésion aux valeurs de la France ». Et Jean-François Poisson, le président du petit Parti Chrétien-Démocrate (PCD), veut le supprimer sans alternative.

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INTÉGRATION / ASSIMILATION

Alain Juppé n’aime pas le mot assimilation : « Je refuse d'opposer "assimilation" et "intégration". Si par assimilation, on veut signifier que ceux qui veulent devenir Français doivent assimiler nos valeurs (…) et respecter notre culture, on ne peut être que pour. S'il s'agit de nier les différences ou l'identité de chacun, le terme n'a pas de sens.». NKM est sur la même ligne.

C’est en revanche un point central pour François Fillon : « il ne doit plus y avoir d’acquisition de la nationalité française au bénéfice d’étrangers qui ne soient pas dans une démarche d’assimilation ». Et pour Nicolas Sarkozy, l'« assimilation républicaine » est un crédo, la naturalisation ne peut être demandée qu’après 10 ans de séjour légal en France.

POLITIQUE D'IMMIGRATION

NKM veut « réduire strictement l’immigration familiale et instaurer des quotas pour l’immigration économique ». Idem pour Jean-François Copé qui en précise le plafond : 100 000 par an. Position également partagée par Alain Juppé et François Fillon. Bruno Le Maire souhaite « exiger d’un étranger qui veut faire venir sa famille qu’il gagne au moins 20 000 euros net par an ».

Nicolas Sarkozy veut « suspendre le regroupement familial » tant que l’Europe n’aura pas réformé Schengen et défini une politique d’immigration commune. Quand Jean-François Poisson veut supprimer totalement le regroupement familial.

Alain Juppé, François Fillon et Jean-François Copé veulent expulser les déboutés du droit d’asile, NKM que la demande d’asile soit exclusive de toute autre démarche, mais qu’elle ouvre le droit à un permis de travail. Bruno le Maire que le délai maximum de rétention passe de 45 à 120 jours « pour permettre une exécution effective des expulsions ».

AIDE MÉDICALE D'ETAT

Cette aide bénéficie aux sans papiers et coûte 750 millions par an. L’AME est depuis longtemps une bête noire de la droite. Tous les candidats à la primaire veulent au moins la réformer. NKM, Bruno Le Maire et François Fillon veulent la limiter aux urgences médicales et aux maladies. Alain Juppé veut lutter « contre les abus » dont l’AME fait parfois l’objet. Nicolas Sarkozy et Jean-François Poisson veulent la supprimer.

ISLAM / ISLAMISME / LAÏCITÉ

Interdiction des associations salafistes et des financements étrangers pour les mosquées pour Nathalie Kosciusko-Morizet et François Fillon.

« Neutralité religieuse » pour Bruno Le Maire dans les services publics pour les agents ET les usagers. Interdiction du voile à l’université pour NKM, et Nicolas Sarkozy, qui souhaite pour sa part supprimer les repas de substitution au porc dans les cantines scolaires. Jean-François Copé refuse toute dérogation à la mixité dans les lieux publics (hôpitaux, piscines) mais veut favoriser la création de carrés musulmans dans les cimetières et la certification des imams de France.

ÉDUCATION

Les programmes des candidats aux primaires
Les programmes des candidats aux primaires
© Radio France - Antoine Guerrier

Alain Juppé a consacré son premier livre programmatique sur la question. Il estime que la réforme de l’éducation est la « mère de toutes les réformes ». L'ancien Premier ministre veut faire du début du cursus scolaire sa « priorité », « c'est-à-dire l’école maternelle et l’école élémentaire » pour lutter « notamment » contre « l'illettrisme ». Il veut mettre en place « tout au long de la primaire, un système d’évaluation pour rattraper les enfants dès qu’on sent qu’ils décrochent ». Il veut augmenter le salaire des professeurs des écoles de 10%. En échange, le maire de Bordeaux demandera d’être plus présent à l’école (dans un premier temps sur la base du volontariat). Il s’engage à maintenir le budget actuel de l’Éducation nationale. Il veut économiser plusieurs centaines de millions d’euros sur l’organisation du baccalauréat (coût 1,5 milliard chaque année). Il entend donner beaucoup plus d’autonomie aux établissements scolaires pour leur permettre d’adapter les programmes aux élèves. Il prétend également s’attaquer à la durée des vacances d’été (« ce sera une orientation à prendre »).

Comme Alain Juppé, Bruno Le Maire veut faire de l’éducation une priorité absolue. Il veut la suppression du « collège unique » au profit d’un « collège diversifié » et des « options professionnelles dès la sixième ». Il est en faveur de la fusion des lycées professionnels et des centres d'apprentissage dans des « écoles de métiers » dont la gestion serait confié aux grandes régions. Il veut donner la priorité aux enseignements des « savoirs fondamentaux » (lire, écrire, compter) et notamment « renforcer l’enseignement du français dans les écoles primaires » (passer de 10h à 15h par semaine). Il veut plus d’autonomie des établissements, notamment dans le recrutement et l’évaluation des équipes pédagogiques. Il veut développer les filières courtes post-baccalauréat et assurer une continuité entre les enseignements choisis par un élève au lycée et à l’université.

François Fillon veut recentrer l’enseignement sur les « fondamentaux ». Pour lui, les ¾ du temps en primaire doivent être consacrés à l’apprentissage des matières fondamentales (français, mathématiques, anglais) afin que les élèves maîtrisent ces disciplines à l’entrée au collège. L'ancien ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche veut rendre l’école obligatoire à partir de 5 ans et maintenir le « collège unique » pour offrir à chaque enfant, jusqu’à 15 ans, un socle commun de connaissances qui lui servira tout au long de sa vie. Il souhaite la bivalence pour les enseignants : chaque enseignant devra enseigner deux disciplines. Il veut confier aux régions la filière de la formation professionnelle et autoriser la formation en apprentissage à partir de 15 ans (au lieu de 16 actuellement). François Fillon veut réformer le baccalauréat en instaurant une part non négligeable de contrôle continu et ne conserver qu’une épreuve de français à la fin de la classe de 1ère et 3 épreuves écrites à la fin de la terminale.

Jean François Copé, lui aussi, veut mettre l’accent sur l’enseignement des savoirs fondamentaux (anglais inclus) de la maternelle à la 6ème. Il veut mettre fin au « collège unique » et donner une autonomie totale aux chefs d’établissements ainsi qu’aux équipes pédagogiques dès la fin du quinquennat, en 2022. Il entend supprimer la réforme des rythmes scolaires mise en place par Najat Vallaud Bel Kacem. Il veut rendre accessible l’apprentissage à partir de 14 ans. Il veut généraliser de manière « fréquente » dans les établissements une cérémonie de lever du drapeau tricolore avec le chant de la Marseillaise pour inculquer la « fierté d’appartenance à la nation française ». Il veut également rendre obligatoire le port de l’uniforme dans les écoles publiques. Enfin, il entend repenser les carrières enseignantes dans le cadre d’une suppression de la garantie de l’emploi à vie des fonctionnaires…

Nicolas Sarkozy préconise moins d’enseignants mais mieux payés. « Il vaut mieux 20% d’enseignants en moins, explique-t-il, et les payer 20% plus cher ». Il veut également leur demander 25% de temps de présence supplémentaires dans les collèges et les lycées pour soutenir les élèves en difficulté. Lui aussi veut « décentraliser les décisions éducatives » et qu’elles se prennent « au niveau des établissements ». Il veut également remettre à « leur véritable place les syndicats de l’éducation nationale », sans donner plus de précisions...

Pour les élèves qui posent des problèmes de comportement et qu’il appelle "inadaptés", il veut créer des internats dans chaque académie pour "leur apprendre l'indispensable discipline". Et si les parents refusent le placement de leurs enfants dans ces internats, on leur supprime les allocations familiales. Il entend « revenir » sur la réforme du collège et des rythmes scolaires. Il veut également favoriser l’autonomie des établissements scolaires et mettre en place une rémunération des enseignants au mérite. Enfin, il veut mettre en place un « service militaire adapté » obligatoire pour les élèves décrocheurs qui sortent du système sans aucun diplôme…

Jean-Frédéric Poisson souhaite modifier les enseignements en y instaurant plus d'histoire et de français (il veut notamment restaurer une approche chronologique dans les programmes scolaires). Le député des Yvelines entend également inscrire « les racines chrétiennes » du pays dans la Constitution et abroger les lois mémorielles. Autre point clé de son programme : il veut renforcer l’autonomie des établissements d’enseignement de la maternelle au secondaire et faciliter l'installation des écoles hors contrat avec l’éducation nationale. Enfin, il veut que les enseignants passent sous contrat de droit privé…

Nathalie Kosciusko Morizet entend restaurer « l’autorité » qu’elle estime aujourd’hui dégradée dans les établissements scolaires. Elle préconise donc une formation des enseignants à la pédagogie, une autonomisation des établissements avec notamment une plus grande liberté dans le recrutement des équipes pédagogiques. Elle veut mieux rémunérer les enseignants en fonction de leur investissement, de leurs innovations, de leurs expérimentations. Elle entend renforcer l’enseignement du français et en même temps elle se dit d’accord avec Najat Vallaud-Belkacem pour introduire l’enseignement de l’arabe dans les collèges et lycées. Enfin, pour ce qui concerne les universités, elle veut augmenter le montant des droits de scolarité pour leur donner les moyens de fonctionner…

ÉCONOMIE

Les programmes des candidats aux primaires de droite
Les programmes des candidats aux primaires de droite
© Radio France - Antoine Guerrier

Nicolas Sarkozy : L’ancien président parle d'un "contrat de redressement" pour la France. Il souhaite "refonder l'Europe" par un nouveau traité, espère pouvoir persuader les Britanniques de revenir sur leur décision de quitter l'Union européenne en leur proposant ce nouveau texte européen. Opposé à la création d'une TVA sociale, il promet de défiscaliser 60% des investissements dans les startups ("Le numérique représente un atout fantastique" pour la France). Selon lui, "Aujourd'hui, ce n'est plus Londres notre concurrent, c'est Barcelone ! Il faut faire de Paris la place des start-ups. De ce point de vue, le Brexit peut être une opportunité".

Alain Juppé : Sa "priorité absolue : l'emploi". Avec un objectif de plein emploi à 5 ans et la sortie des 35 heures qui « reposent sur des principes erronés ». Son triptyque : "stabilité, responsabilité et liberté". Avec la volonté en particulier de "supprimer le déficit structurel de budget de l’État dans les années qui viennent". D'où la suppression de 300.000 emplois publics. Car il s’agit selon lui de rétablir l'équilibre budgétaire en cinq ans et de réaliser 85 à 100 milliards d'économies pour résorber le déficit. Celui qui avait mis la France dans la rue en 1995 avec son plan sur les retraites veut un départ à 65 ans et un alignement des retraites dans le public et le privé. Enfin, il abrogera « l'ISF, un impôt injuste, qui fait fuir l'argent des Français et les incite à investir ailleurs ».

François Fillon vise le plein emploi d'ici 5 ans et veut une réduction de 110 milliards d'euros des dépenses publiques, la fin des 35 heures, la dégressivité des allocations chômage, la retraite à 65 ans, et augmenter la TVA de 2% pour compenser "une baisse des charges radicales". "Il faut transférer une partie de la protection sociale sur la consommation et non sur le travail". Il souhaite également l'instauration d'une flat tax (impôt à taux unique) de 30% (impôts et CSG compris). Contrairement aux autres candidats, l'ancien Premier ministre souhaite rétablir les 39 heures dans la fonction publique.

Jean-François Copé promet "la liberté économique à tous les étages". Il s'est déclaré "grand avocat de la TVA sociale, anti-délocalisation". Ardent défenseur des ordonnances (contrairement à Sarkozy ou Juppé). Il en veut "quinze" pour réaliser ses réformes.

Bruno Le Maire est lui aussi partisan des ordonnances "pour aller vite", pour qu'on "sente l'élan". Il propose de supprimer les régimes spéciaux de retraites et les emplois aidés, sauf pour les handicapés, et un million de postes de fonctionnaires en dix ans. Sur la même ligne que les autres (mais en limitant la baisse des dépenses à 90 milliards, sinon, il faudrait renoncer à des investissements supplémentaires en matière de justice et de défense). Il est le seul à envisager la privatisation de Pôle emploi.

Nathalie Kosciusko-Morizet explique qu'elle est contre la suppression du principe de précaution. Nicolas Sarkozy veut au contraire le remplacer par "un principe de responsabilité", Bruno Le Maire par "un principe d'innovation". La députée de l'Essonne, qui plaide pour un système de retraite à points, affirme que "Le pilier du salariat restera important pour longtemps (...) mais la tendance, c'est l'émergence du travail indépendant". Et d'ajouter : "Il y a toute une génération pour laquelle le travail indépendant va être sa réalité". Elle est opposée à une suppression de l'ISF, impôt certes "inefficace" mais qui a "une dimension symbolique". Elle propose de le transformer "en obligation d'investissement dans des boîtes qui n'ont pas la taille pour se financer sur les marchés financiers". Enfin, elle défend une réduction immédiate des charges et des impôts de 100 milliards d'euros.

Jean-Frédéric Poisson, qui se revendique non libéral, veut lui aussi alléger les charges des entreprises et réformer la fiscalité. Il vante l'impôt pour tous, même symboliquement, pour la cohésion nationale, et un revenu universel. Adversaire du travail dominical, le député des Yvelines prône une réécriture du code du travail, en clarifiant les sujets qui relèvent de la loi et ceux qui relèvent de la négociation. Celui qui fut DRH dans la métallurgie évoque enfin un plan de soutien à l’économie réelle, concerté avec les banques, pour une accessibilité renforcée au crédit.

Avec AFP