Les guerriers vikings étaient aussi des femmes

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Les guerriers vikings étaient aussi des femmes

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Pendant plus d'un siècle, une des plus iconiques tombes d'un chef de guerre viking était perçue comme celle d'un homme. Il a fallu attendre 2017 et des recherches ADN pour en avoir la certitude : ce chef de guerre viking était bel et bien une cheffe.

Le jeu vidéo Assassin's Creed Valhalla, sorti en novembre 2020 permet d'incarner un guerrier ou une guerrière viking, au choix. Une possibilité qui s'appuie sur une réalité historique de plus en plus criante : oui les femmes vikings pouvaient être de puissantes guerrières, certaines ont même été enterrées avec les plus grands honneurs.

En 1878, l'archéologue Suédois Hjalmar Stolpe découvre une impressionnante tombe viking du Xe siècle, à Birka dans le sud-est de la Suède. Cette sépulture est exceptionnelle par ses richesses et son emplacement. Les deux chevaux enterrés avec le défunt en position assise suggèrent qu’il s’agissait d’un cavalier. Beaucoup d’armes accompagnent le squelette : deux boucliers, une épée, une hache, une lance, des flèches, un couteau de combat.  Aux côtés du squelette, un jeu de stratégie laisse penser qu'il s'agit de la tombe d'un important stratège militaire. Pendant 139 ans,  cette tombe est perçue comme l’une des plus iconiques sépultures d’un chef de guerre viking.

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Des preuves archéologiques sur plusieurs sites 

Dès les années 1970 certaines équipes émettent des doutes quant au sexe du squelette retrouvé dans la tombe. En 2014, une étude approfondie des os affirme qu’il s’agit d’un bassin féminin, mais cette théorie est rejetée y compris par des archéologues, tant il était inconcevable qu’une femme occupe une position si importante   

Trois ans plus tard, les recherches ADN de Charlotte Hedenstierna-Jonson démontrent sans équivoque qu’il s’agit d’un squelette féminin.

C’est une tombe unique et riche donc c’est sans aucun doute une personne au statut social très élevé. Et tant que nous pensions qu’il s’agissait d’un homme, cette tombe était naturellement interprétée comme celle d’un chef dans un contexte de guerre, donc un chef martial. Et je pense que c’est une bonne interprétation qui est toujours valide.            
Charlotte Hedenstierna-Jonson, Archéologue 

La tombe de Birka n’est pas la seule preuve archéologique de l’existence de femmes guerrières. Dans d’autres tombes vikings
les archéologues ont retrouvé des haches, des flèches et quelquefois des épées ou des lances aux côtés de squelettes féminins.

Dans le sud de la Scandinavie, on a retrouvé lors de fouilles des bijoux du IXe siècle à l'effigie de femmes guerrières.

On a trouvé sur plusieurs sites des petites figurines, des petits pendentifs, qui représentent des femmes avec bouclier et épée. Donc ça montre que ça fait partie des choses concevables, ça montre une acceptation et que ce n’est pas simplement une déviance.            
Anne Nissen, archéologue

À réécouter : Histoire des Vikings

Quelle place pour les femmes vikings ? 

Ces preuves archéologiques font écho aux légendes et mythes vikings qui mettent en avant des femmes guerrières comme les Valkyries. Ces divinités dirigeaient des batailles et distribuaient la mort parmi les guerriers. Elles accompagnaient ensuite leur âme au temple d'Odin, le Valhalla. Certains textes plus tardifs du XIIe siècle les mentionnent.

On a aussi Saxo Grammaticus qui a écrit en latin pour l’Occident et qui parle de temps légendaires où on a ces femmes armées. Ce qui est intéressant par rapport à Saxo, c’est qu’il était visiblement un clerc, plutôt misogyne comme souvent à cette époque-là, mais il mentionne ces femmes légendaires avec un certain respect.          
Anne Nissen, Archéologue

Si ces textes et découvertes archéologiques confirment la présence de femmes guerrières, il n’existe pas de certitudes quant à leur rôle dans la société et il est impossible de dire si la société viking était égalitaire.

Je pense que ce qui était plus important, c’était la famille à laquelle vous apparteniez et ce que les gens attendaient de cette famille. Venir d’une famille de dirigeants de la société était plus important que d’être une femme ou un homme. Et si on dessine très prudemment un parallèle avec les temps modernes, on voit qu'il y a des pays dans le monde qu'on ne perçoit pas forcément comme égalitaires entre hommes et femmes, mais dont certaines femmes occupent des postes de Premier ministre par exemple, parce qu’elles viennent d’une famille qui est traditionnellement perçue comme une famille dirigeante.          
Charlotte Hedenstierna-Jonson, Archéologue