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Les habits neufs du RN

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La communication de la Mairie de Béziers
La communication de la Mairie de Béziers
© AFP - S. Thomas

Le Journal des idées. La relation versatile à l’Europe est un bon révélateur de la consistance idéologique des extrêmes-droites européennes dans leur course au pouvoir.

La Ligue du Nord et Matteo Salvini n’avaient pas de mots assez durs contre Bruxelles, ses "diktats" et ses politiques d’austérité. Dans Le Monde diplomatique, Stefano Palombarini s’emploie à expliquer comment la Ligue a pu rejoindre en février dernier le gouvernement de Mario Draghi, l’ancien président de la Banque centrale européenne. Le politiste décrit le contexte de ce "renversement" : la reconfiguration de l’espace politique italien et la victoire de ce qu’il appelle le "bloc bourgeois", "une coalition sociale semblable à celle qui sera agrégée" en France par Emmanuel Macron. 

Le positionnement des acteurs politiques et les attentes de l’électorat ne s’organisent plus autour de la polarisation gauche-droite, mais dans un espace défini par les oppositions entre européistes et nationalistes, cosmopolites et identitaires, fédéralistes et souverainistes.

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Dans une telle configuration, les deux partis vainqueurs des législatives de mars 2018 - le M5S et la Ligue - qui prétendaient eux aussi "se situer dans l’espace politique au-delà de la droite et de la gauche", se sont vus imposer l’hégémonie politique d’une coalition pourtant minoritaire - le "bloc bourgeois" - capable d’orienter la stratégie de ses adversaires et de les attirer dans un gouvernement d’union nationale. Et c’est ainsi qu’une politique néolibérale, largement désapprouvée dans les urnes, "revient en fanfare avec l’appui presque unanime du Parlement, et sans passer par de nouvelles élections".

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L’union nationale sans la diversité ?

C’est au cours de la campagne présidentielle de 2017 que la candidate du Front national, constatant l'impopularité de l'une de ses promesses fondamentales - la sortie de l'euro - ne cesse de reformuler sa position pour rassurer l'opinion. Passant de « la monnaie unique » à « la monnaie commune », elle concède que ce « n'est pas un préalable à toute politique économique ». Il est vrai que l’économie n’est pas le point fort du programme du FN devenu Rassemblement national en 2018. Dans Libération, Tristan Berteloot analyse le programme présenté par sa présidente, alors qu’un sondage récent (Viavoice) témoigne d’une dégradation de son image : seuls 26 % des Français en ont une appréciation positive. Marine Le Pen est jugée "agressive" (59%), "inquiétante" (52%) et "malveillante" (38%). Sur l’économie, elle n’est "pas crédible" pour 59% des sondés et sur l’écologie, pour 61% d’entre eux. Un autre sondage (Ifop) "révèle qu’à peine 16 % des citoyens lui trouvent une stature présidentielle, mais aussi que la plupart des personnes qui votent pour elle le font par colère et non par adhésion à ses idées". Il convient donc d’adopter une nouvelle stratégie, qualifiée de "compromis" pour ratisser plus large. Et ce "même si sa promesse de rassemblement patriote, formulée en 2018, n’a pour l’instant engendré aucun ralliement d’envergure". Parmi les propositions écologiques, avec un éventuel projet de référendum, cette question : "Souhaitez-vous développer les espaces verts dans les villes ?"

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L’écologie à la sauce frontiste est dessinée par Hervé Juvin, issu de la société civile, identitaire et adepte de la théorie du « grand remplacement ». 

Dans la dernière livraison de la revue Gibraltar, Hacène Belmessous a mené l’enquête dans deux villes administrées par l’extrême-droite. "À Perpignan, Louis Aliot, ex-numéro deux du Rassemblement national, autrefois proche de Jean-Marie Le Pen, a été élu maire dans une atmosphère de renoncement et une quasi-indifférence tant l’événement était attendu." À Béziers, Robert Ménard a été largement réélu aux municipales de 2020, avec 69% des voix et une forte abstention (56%). Pourtant, en 2019, sa "gestion hégémonique" avait été épinglée par un rapport de la Chambre régionale des comptes en Occitanie. Notamment sur des cessions d’actifs opérées dans des conditions préjudiciables aux intérêts de la commune et en l’absence de délibération et d’information du conseil municipal. Des conditions contraires au Code général des collectivités territoriales, qui prévoit que toute opération de ce genre doit donner lieu à une telle délibération. De même pour la gestion de sa police municipale, "un des marqueurs stratégiques et médiatiques de sa politique". Mais l’opposition n’a pas cru bon de se saisir d’un document mettant en évidence "une gestion nocive" et non démocratique, pourtant publié quelques mois avant le scrutin de mars 2020. Renoncement, résignation... ?

Ou une gauche plus boutiquière que politique quand ce qui a spécifié sa démarche en mars 2020 met expressément en avant l’acquis des places - la fameuse tête de liste - plutôt qu’un alignement politique contre l’extrême-droite ?

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Bibliographie

Le Journal des idées de Jacques Munier est proposé uniquement en version numérique pendant le mois d'avril, vous retrouverez toutes ses diffusions précédentes et à venir ici.