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Les jeux de société ont toujours la cote malgré le numérique

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Les jeux de société font toujours de nombreux adeptes en France.
Les jeux de société font toujours de nombreux adeptes en France.
© Getty - Veronka & cia

Le festival international des jeux ouvre ses portes à Cannes du 21 au 23 février, plus grand rassemblement d’amateurs de jeux de société en France. Un genre ludique loin de s'essouffler et qui convainc même de nouveaux publics.

“Video killed the radio star”, disait la chanson. Mais en matière de jeu, la nouvelle technologie (numérique et vidéo) n’a pas sonné le glas de l’ancienne : les échecs, le jeu de go, le Scrabble ou la belote se portent toujours à merveille. Et cela n’empêche pas de nouveaux jeux d’émerger : on en compte plus de 1 000 par an en France - notre pays est ainsi l’un des plus dynamiques d’Europe. Créé en 1986 à Cannes, le festival international des jeux devrait accueillir plus de 100 000 visiteurs cette année.

La querelle des anciens et des modernes n’a pas eu lieu

Dans le monde du jeu, les papys font de la résistance et bien mieux que ça. À Cannes, la commissaire générale du festival des jeux le dit d’emblée : “Ici, toutes les grandes disciplines classiques sont représentées”, explique Cynthia Rebérac_, “échecs, Scrabble, Backgammon, bridge… Avec des tournois qui sont organisés avant et pendant l’événement ouvert au public (du 21 au 23 février). Une trentaine de nationalités est représentée à la compétition d’échecs”_. Signe que ces jeux sont toujours pratiqués et pas qu’en France. À Cannes, des stands d’Awalé, de Carrom ou de jeu de go sont aussi installés…

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Créé il y a 85 ans aux États-Unis, le Monopoly rencontre également toujours autant de succès : “on le trouve dans le buffet des grand-parents, voire chez les parents puisque c’est un jeu qui a été appris en famille et qu’on peut encore acheter en grande surface alimentaire et en magasin spécialisé…”

Et pourtant, lorsque le jeu vidéo a explosé aux alentours des années 2000, certains ne donnaient pas cher du bon vieux jeu de société. “Mais on voit aujourd’hui beaucoup d’adeptes des jeux vidéo des années 90 et 2000 qui sont devenus des amateurs de jeux de plateau”, poursuit Cynthia Rebérac. “Ce genre est devenu un objet culturel à part entière avec une forte demande et aujourd’hui, les auteurs et les éditeurs répondent à cette demande ! L’an dernier, les ventes ont encore augmenté de 10%.”

En savoir plus : Les jeux vidéo, c’est la vie !

1 000 nouveaux jeux par an

Bien sûr, le jeu de société ne se limite pas aux best-sellers et aux têtes d’affiche : chaque année, plus de 1 000 jeux sont lancés. La France est d’ailleurs le premier marché européen d’après NPD Group avec 480 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2018 et plus de 20 millions de boîtes vendues. L’amateur de jeux peut compter sur un réseau de distribution incomparable : 1 200 boutiques et grandes surfaces spécialisées, 150 bars à jeux et cafés ludiques, 2 000 ludothèques où le public peut découvrir et recevoir des conseils avisés.

Cette diversité permet la créativité et la richesse des jeux en France : au-delà des grands noms (Monopoly, Qui est-ce, Docteur Maboul, Mille bornes, Cluedo, etc.),  “toute une galaxie de titres répondent à une demande qui est plus infime”, constate Cynthia Rebérac. “Aujourd’hui, les jeux qui se vendent sont d’abord de très beaux jeux, avec un vrai travail d’illustration”

Avec plus de 110 éditeurs, le secteur est aussi devenu très concurrentiel : en plus des grandes marques, des petites sociétés se sont lancées et certains auteurs recourent même au financement participatif pour créer un jeu via le soutien des joueurs. “On compte aujourd’hui plus de 140 éditeurs, contre seulement 10 en 1986, l’année de la création de notre festival”, note la commissaire générale. Une dynamique à l’image de l’engouement du public : le festival est passé de 20 000 visiteurs la première année à environ 110 000 aujourd’hui.

Interactivité et jeux coopératifs : les dernières tendances

Mais qui sont les amateurs de jeu ? Au salon de Cannes, la très grosse majorité des visiteurs est constituée de jeunes adultes âgés de 20 à 45 ans, qui se révèlent friands de nouvelles expériences. Plutôt que d’opposer la vidéo aux jeux de plateau, les éditeurs proposent des passerelles : “Unlock par exemple (vendu à 1,2 million d’exemplaires depuis son lancement en 2017) ; c’est un escape game qu’on peut jouer à la maison avec une heure pour résoudre toutes les énigmes et s’échapper. Une application mobile joue le rôle de maître du temps. L’éditeur Wizama propose aussi un plateau interactif connecté… Iello commercialise également Détective, un jeu d’enquête où il faut se connecter à internet pour trouver des preuves et résoudre l’enquête.”

“Il y a un jeu pour tous les publics”, complète Cynthia Rebérac. “À partir du moment où la personne aime jouer en société et souhaite des moments de partage. Mais attention, le jeu n’est pas forcément facile pour tous : certaines personnes haut placées dans la société ont peur de perdre, de ne pas être à la hauteur de la place qu’elles occupent par ailleurs. Pour celles-ci, les jeux rapides, les 'apéro party' sont les plus indiqués, du type de Jungle speed ou Time’s up… Avec une règle expliquée en deux minutes et une partie qui dure peu de temps”.

Ces jeux sont parfois une porte d’entrée vers d’autres titres plus exigeants ou qui demandent plus de temps. La tendance est aussi aux jeux coopératifs : au lieu de s’affronter, les joueurs visent un objectif commun sans forcément qu’il y ait un perdant.

Et comme pour les romans, les films ou les séries, le monde des jeux de société a aussi ses auteurs reconnus : “C’est aussi une tendance, on va acheter un jeu de société parce que le nom de l’auteur nous parle. C’est le cas par exemple de Bruno Cathala, Ludovic Maublanc ou Antoine Bauza dont les noms sont devenus des gages de qualité”, conclut Cynthia Rebérac.