Les jeux vidéo rendent-ils violent ?
Les jeux vidéo rendent-ils violent ?

Les jeux vidéo nous rendent-ils violents ?

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Les jeux vidéo rendent-ils violent ?

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Les jeux vidéo poussent-ils les jeunes à commettre des actes violents ? C'est la question au cœur des Idées Claires, notre programme hebdomadaire produit par France Culture et Franceinfo destiné à lutter contre les désordres de l'information, des fake news aux idées reçues.

En août dernier après une énième fusillade, Donald Trump évoquait "les jeux vidéo horribles et macabres qui sont devenus banals" comme incitateurs à la violence.

Depuis la massification des jeux vidéo à la fin des années 1980, hommes politiques et médias les accusent régulièrement d'être nocifs et de rendre les joueurs violents. Un phénomène qui serait à mettre en relation avec les tueries de masse aux États-Unis, dont les auteurs, typiquement de jeunes hommes mal dans leur peau et violents, seraient adeptes. 

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Quand ce n'est pas pour leur incitation à la violence que les jeux vidéo sont pointés du doigt, c'est pour leur côté addictif et abrutissant pour ceux qui y passent des journées ou des nuits entières.

Nous avons demandé à Vanessa Lalo, psychologue clinicienne et spécialiste des comportements numériques, de faire le point avec nous sur les jeux vidéo et leurs effets.

Les jeux vidéo rendent-ils violent ?

Vanessa Lalo : "Les jeux vidéo ne rendent pas violent. En tout cas, les études ne montrent pas de lien de causalité entre un jeu violent et un comportement violent."

Souvent les jeunes auteurs de tueries aux États-Unis jouaient à des jeux violents, non ?

Vanessa Lalo : "90% des jeunes aujourd’hui jouent aux jeux vidéo tout court. Donc, c’est extrêmement difficile de mettre en avant cet argument-là. Ce qu’on peut montrer, c’est que le jeu vidéo avec la compétition que ça induit, parce qu’on veut dépasser l’autre, qu'on veut le tuer, être meilleur que lui, va pouvoir créer une certaine agressivité. Mais que ce soit sur Candy Crush, sur Mario Kart ou sur un jeu vidéo où on tue à la 1re personne, le résultat sera le même. Le jeu vidéo ne va pas rendre violent à proprement parler. Au contraire on a pu prouver depuis les années 1990, qu’à chaque sortie de jeu vidéo violent on observe une baisse de la criminalité, en tout cas aux États-Unis."

Les jeux vidéo sont-ils de plus en plus violents ? 

Vanessa Lalo : "Le média peut être violent mais c’est un reflet de la société, si on achète des jeux violents c’est aussi parce que le quotidien fait violence. Ça ne veut pas dire en tout cas qu’on va développer des problématiques psychiatriques associées ou qu’on va aller passer à l’acte. Au contraire, ça a aussi un effet défouloir. Et comme on gagne en estime de soi parce qu’on remporte des points, qu’on se sent mieux, qu’on est en lien avec d’autres personnes, alors que notre environnement n’est peut-être pas toujours favorable, ça va potentiellement faire baisser justement l’agressivité ou la violence des individus."

Breivik le tueur de Norvège s’entraînait sur Call of Duty, non ?

Vanessa Lalo : "Breivik s'entraînait sur Call of Duty, non pas pour aller tuer des personnes c’était plus le côté stratégique de vérifier quels étaient les flux de personnes, comment ils allaient s’échapper. Donc, c’était plus la mobilité dans l’espace qui l’intéressait. Ce n’était pas le jeu à la première personne, violente, qui suscitait ce mécanisme-là. C’est quelqu’un qui avait une problématique psychiatrique de l’ordre de la schizophrénie paranoïaque et c’est plutôt sur ça qu’on devrait travailler, les problématiques de santé mentale, la prévention qui est aujourd’hui de moins en moins effectuée, plutôt que d’aller s’alarmer sur les jeux vidéo."

Le jeu vidéo, c’est une drogue ?

Vanessa Lalo : "Je préfère parler de pratique excessive plutôt que d’addiction. Quand l’Organisation mondiale de la santé a parlé de "gaming disorder" ça a été traduit en France par "addiction aux jeux vidéo", alors que la traduction réelle, littérale c’est "trouble du jeu vidéo". Pour qu’il y ait un trouble du jeu vidéo il faut vraiment qu’il y ait un surinvestissement du jeu au détriment de la vie affective, familiale, scolaire, professionnelle, etc. sur une durée au moins de douze mois. Hors, douze mois [de jeu] en excès en n’ayant plus aucune autre activité ça reste extrêmement rare. On voit au niveau des études qu’on a entre 1 et 2% de la population qui pourrait avoir un trouble du jeu vidéo, ce qui reste extrêmement faible."

Mon ado passe sa vie à jouer à Fortnite c’est inquiétant ?

Vanessa Lalo : "La meilleure prévention autour des risques liés aux jeux vidéo c’est de parler les uns avec les autres, de mettre du dialogue et de s’intéresser à ce que font les jeunes, avec qui ils jouent ? Est-ce qu’ils dépensent de l’argent ? Comment ils jouent, est-ce qu’il sont classés ? Est-ce qu’ils sont bons ? Si ils passent leur temps à perdre, ils vont aussi mal que s’ils perdent leur match de foot dans la réalité, il faudra les consoler et s’ils gagnent à longueur de temps et qu’ils sont dans le top 8 France, peut-être qu’il faudra mettre le trophée sur la cheminée comme on l’aurait fait avec le foot, le rugby ou le conservatoire de musique.
En ce qui concerne le jeu vidéo, si on ne joue qu’une heure par semaine mais qu’on ne pense qu’à ça toute la semaine, ça va être potentiellement très compliqué et générer un trouble. Si en revanche, on joue 12, 13, 14 heures par jour parce qu’on est un joueur professionnel, on n'aura aucun trouble parce que c’est cadré, on s’entraîne d’une manière sportive avec une équipe, avec une hygiène de vie. On se lève à heure fixe, on mange à heure fixe, on dort bien, on fait du sport…"

Le joueur type est plutôt ado, pas beaucoup d’amis, etc. ?

Vanessa Lalo : "La réalité sociologique du jeu vidéo c’est que la moyenne d’âge est de 34 ans, que les femmes sont à 48% joueuses. On est très loin de ce qu’on peut considérer comme être “le” joueur de jeu vidéo. Le joueur moyen n’est pas du tout celui à qui l’on pense, parce que encore une fois le joueur est pluriel et il y a tellement de sortes de jeux vidéos, qu’en fait on peut tous être joueurs aujourd’hui."

Pourquoi les études sur les jeux vidéo sont-elles contradictoires ? 

Vanessa Lalo : "Les recherches montrent tout et son contraire, parce qu’on n’a pas forcément toujours ni les bons échantillons ni les bons jeux. Ce qui pourrait être intéressant c’est d’avoir une recherche globale, mondiale, qui utiliserait systématiquement le même jeu vidéo. Aujourd’hui, certains vont utiliser un jeu de voiture, d’autres un jeu violent, d’autres un autre jeu violent, et comment peut-on comparer avec des échantillons aussi faibles et des méthodologies pas toujours très fiables un jeu vidéo ? En plus, il faut bien comprendre aussi qu’on a tout l’environnement, que c’est multifactoriel. Si on veut regarder si un jeu vidéo rend violent, il faudrait regarder ce qu’on a mangé et bu dans la journée, qu’est-ce qui s’est passé pendant 10 ans au préalable, est-ce qu’on a été soutenu par son entourage, est-ce que ça va bien à l’école, est-ce qu’on a une vie affective qui va bien ? C’est vraiment multifactoriel, donc ça devient très compliqué de prouver un certain nombre de choses en sciences sociales."

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Les Idées Claires : Les jeux vidéo rendent-ils les jeunes violents ?

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