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Les langues de l'éther

Par

Philippe Baudouin officiellement diplômé d’un Master en philosophie, membre du Groupe de recherche sur la culture de Weimar, auteur de Au microphone : Dr. Walter Benjamin aux éditions de la MSH, fournit aussi des documentaires radiophoniques où le surnaturel et les esprits sont convoqués. Cette semaine dans les Ateliers de la création il va nous entrainer dans sa quête de la voix des morts . Mais comment peut il ??????????????????

Enregistrer la voix des morts ? Avant la rencontre 16 août 2014 : Yqueboeuf (Seine-Maritime), chez Emmanuel Dilhac.

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Le rendez-vous était pris depuis plusieurs semaines. Après de longs entretiens téléphoniques, j'allais enfin rencontrer Emmanuel Dilhac pour connaître ce qui l'anime depuis bientôt quinze ans. A vrai dire, j'appréhendais un peu ce moment où j'allais écouter avec lui ce qu'il pense être la voix de son fils défunt. Comment se positionner ? De quelle manière tendre l'oreille avec respect vers ce qui, littéralement, dépasse l'entendement ? Comment interroger cette pratique troublante qu'il a de l'enregistrement de voix de défunts ? Car Emmanuel Dilhac est un "transcommunicateur", comme il aime à le dire. La transcommunication instrumentale est difficile à définir. C'est une pratique apparue dans les milieux spirites à partir de la fin des années 1950. Thomas Edison l'avait déjà, à sa manière, prophétisée en cherchant, durant les dernières années de sa vie, à fabriquer une machine destinée à capter les paroles d'outre-tombe. Mais ce sont surtout le cinéaste suédois Friedrich Jürgenson et le psychologue letton Konstantin Raudive qui en ont considérablement élargi la diffusion. Malgré les divergences de méthodes, le principe est relativement simple : il s'agit d'utiliser les techniques modernes d'enregistrement de la voix et de l'image (magnétophone, radio, télévision, caméra, etc...) pour tenter de capturer des voix ou des visages de l'au-delà.

Emmanuel Dilhac, lui, utilise la radio qu'il associe à l'utilisation de plusieurs magnétophones à bandes. Hormis quelques rares exceptions, il ne parvient à entendre que la voix de son fils lors de ses sessions d'enregistrements. J'ai passé presqu'une journée à m’entretenir avec lui, à écouter les dizaines de K7 qu’il conserve précieusement, sans oublier les centaines de pages sur lesquelles il note avec soin les dates et le contenu de ses « transcommunications ». Et puis, je lui ai proposé de tenter une expérience ensemble : tenter d’enregistrer à ses côtés la voix de son fils défunt, ce qu’il a accepté immédiatement. Emmanuel Dilhac m’a alors présenté ses machines. Il a d’ailleurs consacré toute une partie de sa petite maison à cet effet. Une vieille radio branchée sur les ondes courtes est couplée à un magnétophone K7 et un micro. C’est ainsi qu’il s’adresse régulièrement à son fils. Le bruit blanc des longueurs d’ondes inoccupées sert de « support aux âmes des défunts », c’est une façon pour eux de « s’incarner à nouveau ». La bande vierge utilisée pour l’occasion a permis selon lui de faire entendre des mots et des expressions que seul son fils pouvait employer.

Emmanuel Dilhac
Emmanuel Dilhac
© Radio France - Alexandre Manzanares

**> Après la rencontre