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Les mammouths bientôt sur la liste des espèces protégées ?

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Une vue d'artiste de mammouths et rhinocéros laineux, il y a 18 000 ans.
Une vue d'artiste de mammouths et rhinocéros laineux, il y a 18 000 ans.
© Getty - Arthur Dorety/Stocktrek Images

Protéger une espèce disparue ? C'est ce qui sera proposé, pour le mammouth, à la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction (CITES), qui se tient en ce moment à Genève. Une mesure destinée à éviter le "blanchiment" d'ivoire.

Non, il ne s'agit pas de ressusciter des mammouths à la façon d'un mauvais Jurassic Park avant de les ajouter à la liste des espèces protégées_._ Réunie durant 8 jours à Genève, la 18e Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction (CITES), qui réunit 183 pays, va proposer d'ajouter à la liste des espèces protégées le mammouth laineux, une espèce pourtant éteinte depuis 4 000 ans. 

L'idée, portée par Israël, est notamment soutenue par la Russie, excédée par le pillage des défenses de mammouths sur ses terres. Car depuis l'interdiction par la Chine de l'importation et de la vente d'ivoire d'éléphant, le marché légal de l'ivoire de mammouth, libéré par la fonte du pergélisol, a explosé. En 2017, 80 % des 72 tonnes d'ivoire de mammouths laineux exportées par la Russie étaient ainsi destinées au marché chinois.  

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L'ivoire des glaces

Selon les estimations, 500 000 tonnes d''ivoire des glaces", comme il est surnommé, gisent encore enterrées dans le permafrost de la Lakoutie, à l'est de la Sibérie.  Et les chasseurs d'ivoire arpentent d'ores et déjà les terres glacées de l'extrême est de la Russie à la recherche des précieuses défenses, ou bien en les trouvant, ou bien en creusant eux-mêmes des galeries dans le sol gelé à l'aide de jets d'eau lancée à très haute pression.

Une défense de Mammouth, révélée par la fonte des glaces, à l'extrême est de la Russie.
Une défense de Mammouth, révélée par la fonte des glaces, à l'extrême est de la Russie.
© Getty - Gabrielle Therin-Weise

Un mammouth possède des défenses d'une cinquantaine de kilos chacune, contre une dizaine de kilos pour un éléphant. Et les perspectives financières s'avèrent d'autant plus intéressantes, dans cette région quasi-désertique, qu'un kilogramme d'ivoire de mammouth de bonne qualité peut se vendre jusqu'à 850 euros. Le commerce, qui nécessite la délivrance d'un permis, suscite les convoitises et jusqu'ici le Parlement russe n'est pas encore parvenu à voter une loi qui permette d'encadrer les recherches d'ivoire des glaces, qui restent donc dans une zone grise. 

De l'ivoire d'éléphant "blanchi"

La crainte qui anime la requête faite lors de la CITES n'est pourtant pas celle de la destruction de sites de fouilles archéologiques pour des raisons commerciales, mais bel et bien les questions que soulève l'arrivée sur le marché de l'ivoire des glaces. Contrairement à ce que l'on pourrait croire, cet ivoire ne permet pas d'enrayer le marché illégal de vente de défenses d'éléphants. Pire, si l'ivoire de mammouth et d'éléphant sont assez faciles à distinguer, à en croire un tableau comparatif de la CITES, les deux sont plus difficiles à distinguer une fois qu'ils ont été sculptés. Et le commerce d'ivoire de mammouths a donc pour effet indirect de faciliter le commerce, illégal lui, d'ivoire d'éléphant. 

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Parmi les 56 propositions faites lors de la CITES, de nombreux Etats d'Afrique centrale plaideront donc pour que les populations d'éléphants soient transférées sur l'Annexe I de la convention de protection des espèces menacées, c'est-à-dire la plus protégée, et qui interdirait donc catégoriquement la vente de tout ivoire. L'inscription du "mammouth laineux" à l'Annexe II de la convention permettrait quant à elle un meilleur contrôle de son commerce. Une proposition qui avait d'ores et déjà été faite lors de la précédente convention, en 2016, et ce sans succès. 

Les deux propositions devraient d'ailleurs avoir du mal à obtenir la majorité des deux-tiers requise pour être adoptées. L’Union européenne, notamment, devrait émettre un avis défavorable.