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Les marionnettes ne passent pas la main ! (1/2)

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Pour beaucoup, le mot "marionnette " évoque assez peu d'images : le traditionnel Polichinelle armé de son gourdin, les Muppet s de Jim Henson et autres Guignols cathodiques ou moins télévisuels... Pourtant, l'art de la marionnette se renouvelle assez aisément, évoluant avec les progrès technologiques et ne se restreignant pas au registre enfantin. Pour preuve : l'existence du Festival mondial des Théâtres de marionnettes qui, s'il existe depuis 1961, continue tous les deux ans à attirer un public large et varié à Charleville-Mézières, dans les Ardennes. Rencontre avec quatre compagnies du "IN", dont les différents usages qu'elles font de la marionnette témoignent de la foi, toujours vivace, dans le potentiel émotionnel de ces poupées de chiffon.
►►►** Retrouvez aussi les* Vignettes* d'Aude Lavigne consacrées à quatre marionnettistes : Claire Dancoisne, Alice Laloy, Colette Garrigan et ** Bérangère Vantusso

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" Ubu(s )", par la compagnie Pupella-Noguès : pas de texte et une seule marionnette, pour revisiter un classique de la littérature dramatique

Le décor est étonnant : au plafond, de part et d'autre d'un écu rouge vif portant un aigle, plusieurs ampoules et divers chandeliers électriques.

Au centre de la scène, une table avec riches porcelaines et reliefs de banquet.

Très vite, un petit cochon au poil jaune, manipulé par deux marionnettistes impassibles et vêtus de noir, vient gambader sur la table en grognant et en fourrant son groin dans les plats. Ce drôle de mammifère représente Ubu, reconnaissable à la Gidouille dessinée sur son ventre. Rapidement, le porcelet fait tomber l'aigle royal mentionné plus haut, et pose la couronne du volatile déchu sur sa propre tête.

Les deux manipulateurs deviennent alors comédiens et, affublés d'un nez postiche et porcin, incarnent les serviteurs du royaume chargés de dresser la table et de servir la fameuse merdre.

Ubu, marionnette créée par Polina Borisowa pour la compagnie Pupella-Noguès
Ubu, marionnette créée par Polina Borisowa pour la compagnie Pupella-Noguès
© Radio France

Joëlle Noguès, metteuse en scène de la compagnie Pupella-Noguès , dit avoir voulu "dynamiter l'oeuvre de Jarry " en conservant la trame, mais en écartant le texte qui lui paraissait "un peu vieux ".

Malgré le fait que certains traits de caractère du Père et de la Mère Ubu ne soient pas représentés dans ce spectacle (la cruauté, la perfidie…), que ce dernier ne compte que trois personnages (la marionnette et les deux comédiens) contre une trentaine pour la pièce originale, et enfin que les trois personnages en question ne s'expriment que par onomatopées, l'univers grotesque et grinçant d'Alfred Jarry est bien repercuté.

Joëlle Noguès :

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Joëlle Noguès
Joëlle Noguès

Et si la metteuse en scène a choisi le medium marionnette pour adapter cette oeuvre, c'est qu'elle considère qu'il s'agit avant tout d'un objet théâtral qui permet notamment de matérialiser des éléments dramaturgiques : "Quand les appariteurs deviennent comédiens, ils passent d'être directement au service d’Ubu en lui donnant le mouvement, à devenir eux-mêmes les mains qui mettent en place le régime dictatorial ".

D'autre part, la metteuse en scène se dit intéressée par l'espace théâtral qui se met en place entre le manipulateur et la marionnette qui prend vie dans ce jeu de délégation : "C’est un langage en soi, différent, mais qui a la même intensité dramatique que le jeu du comédien. "

Les deux manipulateurs-appariteurs, Giorgio Pupella (codirecteur de la compagnie avec Joëlle Noguès) et Polina Borisowa, venue de Saint-Pétersbourg où elle a appris la construction des marionnettes, se confient sur la manière dont ils parviennent à établir ce langage :

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Luc et Anne, spectateurs assidus de spectacles de marionnettes, comptent déjà dix festivals à leur actif . Ils ont assisté à " Ubu(s)*" * :

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"Le drame des autres", par la compagnie Green Ginger : trente marionnettes dans un dispositif multimédia extrêmement travaillé, pour toucher la nouvelle génération.

Un castelet doté, à l'arrière-plan, d'un écran où sont projetés, en guise de décors, de petits films réalisés par la troupe des Green Ginger. Le ton est donné d'emblée, le début du spectacle s'apparentant au générique d'un film, musique à l'appui. Une super-production au casting conséquent puisque pas moins de trente marionnettes ont été mobilisées pour le spectacle, créées par John Barber et Terry Lee, l'un des deux marionnettistes de la compagnie.

Green Ginger : une galerie de détonnantes bouilles de latex
Green Ginger : une galerie de détonnantes bouilles de latex

Je veux parler à la jeune génération. Celle qui regarde les films.

Terry Lee

"Imaginez un home pour artistes mal-retraités dans un monde futur au passé composé ", lit-on sur le prospectus vendant leur spectacle. Car celui-ci propose une réflexion sur la vieillesse, brossant la vie tendre et acide des résidents hauts en couleur (pour le moins !) d'une maison de retraite. Terry Lee et Laurence de Jonge sont les deux marionnettistes du "Drame des autres" :

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L'objectif des Green Ginger, lorsqu'ils ont imaginé ce spectacle ? Il est fougueusement décliné par Terry Lee : "C'est de la comédie anglaise, de l'humour noir ! Montrer des personnes âgées motivées, c’est politique ! J'en ai marre des distances entre les jeunes et les vieux. Il s'agit de rigoler, mais avec, pas d'humilier ! Montrer qu’il y a encore des ambitions et de l’énergie chez les personnes âgées, ce qui n'est pas assez montré par les médias."

Stéphanie Coppé, Laurence de Jonge et Terry Lee, des Green Ginger
Stéphanie Coppé, Laurence de Jonge et Terry Lee, des Green Ginger

Contrairement à nombre de marionnettistes dont le visage est apparent lorsqu'ils manipulent leurs poupées de chiffon, Terry et Laurence, dont seules les mains émergent dans l'espace du castelet, conservent l'anonymat durant leur spectacle.

Ils ne sont donc pas obligés d'inhiber leurs expressions faciales lorsqu'ils sont dans l'instant de ce qu'ils font dire et vivre à leurs marionnettes : "Entre l'émotion du manipulateur et une rythmique précise, ça devient une partition, et à travers ça, dans les silences et dans les accélérations, c'est là qu'arrive l'émotion. ", analyse la metteuse en scène Stéphanie Coppé , qui explique aussi le pouvoir émotionnel des marionnettes par le fait que ce sont des archétypes sur lesquels chacun projette sa vision des choses.

Pour elle donc, la subjectivité est permise malgré le fait que "Le drame des autres" soit un spectacle intégralement rythmé par le texte. Car après tout, les marionnettes utilisées sont des Muppets , fendues de grandes bouches mobiles qu'il convient de mettre à profit !

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43 sec

Sandrine et Sophie sont sorties du spectacle, très enthousiasmées :

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