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Les marionnettes ne passent pas la main ! (2/2)

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"Limen", par Uta Gebert : des marionnettes au service de la poésie et de la contemplation

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La salle n'est pas très grande, et il y fait extrêmement sombre. Musique. Bientôt, au centre de la scène, une frêle lumière permet au spectateur de percevoir les contours d'un tout petit castelet dans lequel une fine marionnette est agenouillée, avec la neige pour seul décor. Derrière, la manipulatrice, à peine visible car toute encagoulée, semble gigantesque ! Avec lenteur, la poupée se déplie précautionneusement et avance vers la droite du castelet où se dessine l'embrasure d'une porte. Vingt minutes durant, "Limen", à la manière d'un haïku, raconte l'histoire du franchissement d'un seuil.

A l'origine confie la marionnettiste Uta Gebert , "Limen" se voulait l'adaptation d'un texte de Franz Kafka, Devant la loi . Mais l'artiste dit s'en être assez vite éloignée : "Un personnage veut passer. L'autre essaye de l'en empêcher. J'ai gardé la thématique du passage du seuil. Aller en arrière ou en avant... La peur... L'idée que c'est souvent nous-mêmes qui nous bloquo ns. "

Uta Gebert
Uta Gebert

Uta Gebert vient de Berlin, où elle a fait l'école Hochschule für Schauspielkunst ("Ernst Busch"), avant de continuer ses études à Charleville-Mézières.

Pour elle, la marionnette est "une façon de montrer quelque chose d'[elle]-même qui n’est pas visible sans marionnettes ", un révélateur. Uta Gebert se targue de ne pas proposer de spectacle cérébral : "Pour moi, c’est important que le spectateur regarde les images et sente quelque chose, même s’il ne comprend pas tout. Ce n’est pas une réflexion intellectuelle. "

Pour jouer au mieux sur ce registre émotionnel, elle mise beaucoup sur l'absence de texte, palliée par la musique :

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3 min

La comparaison acteur/ marionnettiste n’a pas lieu d’être. C'est un autre langage, une autre façon de s’exprimer, comme les musiciens, les danseurs… Moi je suis marionnettiste, et pas comédienne.

Uta Gebert

L'artiste, qui affirme travailler beaucoup par intuition, crée elle-même ses marionnettes, différentes pour chacun de ses spectacles : "Comme ça, j'ai vraiment une relation avec elles, j'ai le temps de les apprivoiser : La marionnette, c’est le point de départ. Je regarde ce qu’elle veut, quel caractère elle a, son visage, sa manière de bouger... Je construis toute l’histoire autour de la marionnette."

**Jennifer et Sean, la mère et le fils, étaient dans le public. ** Touchés par la poésie du spectacle, l'absence de narration les a quand même laissés dans l'expectative... :

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"Rebatailles ", par la compagnie S'appelle reviens : philosopher avec de grandes poupées allégoriques

"Partons du principe que de la première chute qui nous extrait du ventre de notre mère à la chute finale, nous avançons en tombant et en nous relevant à la force de l’espoir. " Tel est le postulat du spectacle "Rebatailles", proposé par la compagnie S'appelle reviens.

Une étrange fantasmagorie d'une heure dix, un peu morbide, qui s'essaye à l'optimisme en délivrant, multiples symboles à l'appui, une réflexion sur la mort et son hypothétique fécondité, la bataille de la vie...

Sur une grande scène, un amas de chaises empilées dans un équilibre précaire, des cordages qui descendent du plafond, et un tableau d'école : "On s’est raconté une histoire de caverne, de fond de puits. Une sorte d’espace mental dont il n’y aurait pas de contours très définis. On est aussi assez proches du cirque. On a comme une petite arène dans laquelle notre univers est déployé. " raconte** Alice Laloy, metteuse en scène de la compagnie.** A gauche, "comme une boîte à musique ", un petit espace occupé par le musicien et tout son panel d'instruments.

Sur cette grande scène, pas véritablement de marionnettes, mais des poupées articulées, de tailles humaines : "Ce n'est pas un spectacle de marionnettes, c’est de l’art vivant qui tourne autour de la marionnette. Ça se sert, ça dispose de la marionnette. Les acteurs sont transformés en marionnettes ." affirme Alice Laloy.

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Et même s'il n'est pas question pour Alice Laloy de comparer marionnettes et comédiens ("ce serait comme comparer un danseur et un comédien.") , elle joue volontiers sur la confusion des genres dans ce spectacle*, * les comédiens adoptant une démarche de pantin, et les marionnettes étant manipulées avec souplesse.

Alice Laloy
Alice Laloy
  • La marionnette est un médium, un outil qui vient de loin et n’arrête pas de se renouveler et de se réinventer. Elle propose une très grande liberté, autant que le sculpteur trouvera que la glaise propose une grande diversité d’expression. Ce qui me plaît, ce qu’elle produit de très fort en moi, c’est qu’elle arrive à rendre plus réel que le réel, puisqu’elle crée son propre réel.*
    Alice Laloy, metteuse en scène

Lucille et Salomée étaient dans le public , partagé (d'après les échanges captés à la sortie) entre ceux criant au génie, et ceux dénonçant un élitisme un peu snob. "Rebatailles" les a laissées songeuses, mais les a définitivement convaincues que la marionnette était "très à la mode " : "ça laisse davantage la place à la réflexion et au rêve ."

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