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Les militaires maliens rendent le pouvoir aux civils

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Pressés par la communauté internationale et les voisins africains, la junte militaire au pouvoir depuis deux semaines a accepté de rendre le pouvoir au civil. Un président et un premier ministre devraient être désignés pour assurer l’intérim jusqu'à la tenue d'élections législatives et présidentielle. Dans le nord du pays, les Touaregs occupent la moitié du territoire et en ont déclaré l'indépendance, tandis que les islamistes voudraient conquérir tout le pays.

Le leader de la junte : capitaine Amadou Sanogo
Le leader de la junte : capitaine Amadou Sanogo
© Reuters - Luc Gnago

Vendredi soir, le capitaine Amadou Haya Sanogo, chef de la junte qui avait renversé le 22 mars le président Amadou Toumani Touré (ATT), accusé "d'incompétence" dans sa gestion de la situation dans le Nord, est apparu à la télévision-nationale pour annoncer le transfert du pouvoir aux civils.

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Ce transfert, qui prévoit la désignation d'un président de la République et d'un Premier ministre de transition jusqu'à la tenue d'élections (présidentielle et législatives) est contenu dans un "accord-cadre" conclu avec les représentants de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao).

Après avoir imposé le 2 avril un embargo diplomatique, économique et financier "total" à la junte, la Cédéao, qui a dépêché à Bamako des négociateurs conduits par le ministre burkinabè des Affaires étrangères Djibrill Bassolé, a décidé la levée "immédiate" de ses sanctions, juste après l'accord.

Le pays reste au bord du chaos
Les Touaregs ont déclaré vendredi 6 avril l’indépendance de l’Azawad , la région au nord du pays, sous leur contrôle. "Nous proclamons solennellement l’indépendance de l’Azawad à compter de ce jour" a déclaré Mossa Ag ATTAHER, le porte parole du MNLA sur la chaine France 24 tout indiquant vouloir "respecter les frontières avec les Etats limitrophes" .

Cette déclaration est un acte supplémentaire qui rend encore plus compliquée la situation sur place. A tel point qu'il va devenir difficile de trouver une solution rapide et qui convienne à tous.

Hubert Védrine analyse dans sa chronique les risques de sécession du** Mali** plongé en pleine crise :

Le monde selon Hubert Védrine

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Une situation de plus en plus compliquée
La situation actuelle au Mali est très complexe. Plusieurs "acteurs" sont parties prenantes du conflit : la junte militaire, les pays voisins du Mali, les rebelles Touaregs indépendantistes et les islamistes .

La communauté internationale s’est réunie à l’ONU mercredi pour parler de la situation du pays. Les 15 membres du Conseil de sécurité ont demandé un cessez-le-feu immédia t dans le nord où les Touaregs et les islamistes ont pris le contrôle du territoire. Et ils réclament le retour à un gouvernement légitime à Bamako, où une junte militaire a pris le pouvoir.

Ce jeudi, les pays membres de la Cédéao (Communauté Economique des Etats d’Afrique de l’Ouest) doivent décider de la mise en place d’une "force d’attente" de 2 000 à 3 000 hommes déjà en alerte. La Cédéao a rapidement décidé d’un embargo total sur le Mali après le putsch des militaires.

La même junte militaire qui est dépassée dans le nord du Mali par les tribus Touaregs indépendantistes et les islamistes d’Aqmi et d’Ansar Dine qui occupent désormais la moitié du pays. Les Touaregs ont déclaré un cessez-le-feu unilatéral estimant avoir rempli leur mission : occuper la région de Azawad (nord). Tandis que les islamistes veulent aller plus loin et faire de la totalité du pays un Etat islamique avec la Charia comme source de la loi. Devant l’emballement de la situation, les militaires maliens ont fait appel à la Cédéao pour une intervention dans le nord, mais tout en refusant un retour au pouvoir du président déchu Amadou Toumani Touré (ATT).

Une situation préoccupante pour toute la région, et même au-delà.

Des militaires dépassés
Le coup d’Etat des militaires maliens s’est retourné contre eux. Au départ ils se plaignaient d’être sous-équipés pour combattre les Touaregs mais aujourd’hui, ils se retrouvent totalement débordés par ces mêmes rebelles qui contrôlent la grande moitié nord du pays et ses trois principales villes : Kidal, Gao, Tombouctou.

Les Touaregs ont toujours revendiqué leur propre Etat avec Tombouctou pour capitale. Mais le MNLA (Mouvement national de libération de l’Azawad), principal parti Touareg se retrouve lui-même chassé de Tombouctou par les islamistes d’AQMI (al-Qaïda au Maghreb islamique) et d’Ansar Dine) qui ambitionne de faire du Mali et de la région un Etat islamique organisé autour de la Charia.

Trois des principaux chefs d’AQMI ont même été signalés dans la région : Abou Zéïd, Mokhtar Belmokhtar et Yahya Abou Al-Hammam, tous les trois Algériens.

Les précisions de Luc Lemonnier :

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Cette domination islamiste dans la région inquiète les pays africains voisins du Mali qui ont décrété un embargo, et les pays occidentaux. Le ministre français des Affaires étrangères Alain Juppé parle d’un *"péril islamiste" * au Sahel.

Pourtant selon Jean-Christophe Rufin, ancien ambassadeur de France au Sénégal , le territoire malien ne sera pas islamisé :

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A Bamako, les militaires putschistes craignent une avancée des rebelles sur la capitale et tentent de trouver une sortie de crise honorable. Ils organisent jeudi 5 avril une "convention nationale" sur l’avenir du Mali.

Le Mali
Le Mali
© Radio France

Les réactions des voisins africains
Les pays voisins du Mali ont convenu lundi 2 avril de fermer leurs frontières avec le Mali et on adopté d'autres sanctions avec effet immédiat qui visent à contraindre les auteurs du putsch du 21 mars à rétablir un pouvoir civil.

Ces sanctions prennent effet alors que les séparatistes Touaregs et les islamistes qui se sont emparés des villes du nord du Mali - Kidal, Gao, Tombouctou - le week-end dernier ont entrepris d'imposer la charia, ou loi islamique, de mettre à sac des cafés des hôtels et d'interdire la musique et les vêtements occidentaux, selon les témoignages d'habitants

Le Conseil de sécurité de l'ONU se réunit mardi 3 avril pour examiner la crise au Mali. Cette réunion se tient à la demande de la France.

Le putsch
Des jets de pierres sur la voiture du ministre de la défense et des tirs d’armes en l’air. Le coup d’Etat démarre le 21 mars par le mécontentement des militaires . Ils reprochent aux autorités le manque d’équipements et d’armes pour lutter contre les rebelles Touaregs qui depuis le mois de janvier ont entamé une guerre contre l’armée régulière pour obtenir l’indépendance de leur région, dans le nord. Le Mouvement National de Libération de l’Azawad revendique la grande moitié nord du pays.

**Les précisions de Catherine Duthu ** :

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A Bamako, la capitale, l’armée régulière prend possession du palais présidentiel. Le chef de l’Etat, Amadou Toumani Touré ("ATT") prend la fuite, et se cache dans un lieu tenu secret. Lui-même ex-putschiste, il a mené la transition démocratique de son pays et a été élu président en 2002. Après deux mandats de cinq ans il devait passer le pouvoir lors de l’élection présidentielle du 29 avril prochain. Dans un entretien à RFI une semaine après son renversement, il disait être toujours dans le pays, et se portait bien.

Mali
Mali
© Radio France

Le Mali est souvent présenté comme un exemple de démocratie africaine et après le coup d’Etat la junte militaire a subi une vague de condamnations et de sanctions. L’Union Africaine (UA) a fermement condamné l’initiative des militaires. La France a décidé de suspendre ses principales coopérations avec le Mali.

Sur place, les militaires ordonnaient la fermeture des frontières "jusqu'à nouvel ordre" et demandaient aux fonctionnaires de reprendre le travail normalement, en menaçant : *"toute absence non justifiée sera considérée comme un abandon de service". *

Dans le pays, une partie de la population demande toujours un retrait des militaires pour sauvergarder la démocratie. Les précisions d'Omar Ouahmane :

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La CEDEAO (Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest) avait fixé un ultimatum à la junte : un retour à la normale ou de nouvelles sanctions. Ce délai a expiré le 2 avril à minuit. Les chefs d'Etats ouest-africains se réunissaient depuis lundi à Dakar pour décider des mesures d'urgence à prendre face à la détérioration de la situation au Mali

L’avancée des Touaregs
Avec le blocage du pays, les Touaregs ont lancé une vaste opération de conquête du nord du pays. Ils ont rapidement pris le contrôle de Kidal, Gao et Tombouctou , les trois capitales administratives du nord. Une avancée fulgurante. L’armée régulière est impuissante à endiguer cette avancée des rebelles qui contrôlent désormais une grande moitié du pays. Devant cette situation et la pression de ses voisins africains, la junte militaire a annoncé dimanche 1 avril le rétablissement de la constitution du 25 février 1992. Le capitaine Amadou Sanogo déclarait également que la junte avait accepté de consulter les forces politiques locales pour mettre en place un organisme de transition afin d'organiser des élections pacifiques, libres, ouvertes et démocratiques "auxquelles nous * (les militaires, NDLR) ne participerons pas"*

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Malgré cette promesse, la situation ne semble pas pouvoir revenir à la normale rapidement avec l'avancée des rebelles.

Mali
Mali
© Radio France

Cultures Monde : coups d'état au Mali : Azawad, année zéro ?

Le Mali traverse une grave crise politique. Le pays semble se diriger vers une sécession, à tel point que ce vendredi 6 avril, les rebelles touaregs de la région de l'Azawad ont proclamé l’indépendance du Nord du pays.