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Les mondes de l'islam 5/10 : les djihadismes armés

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Carte. Attentats ce matin au Pakistan et au Nigeria, dimanche en Côte d'Ivoire... : la mondialisation du terrorisme islamiste s'accélère. Pour en comprendre la complexité, 2 cartes présentent la localisation des djihadismes armés, leur affiliation à Al-Qaïda ou à l'"Etat islamique", et leurs effectifs.

Ce matin, un attentat suicide portant la marque de Boko Haram a fait au moins 22 morts au Nigéria. Un attentat à la bombe revendiqué par Lashkar-e-Islam, allié aux taliban, a provoqué la mort de 16 personnes à Peshawar au Pakistan. Dimanche, une nouvelle attaque revendiquée par l'Aqmi a frappé la Côte d'Ivoire. Cette carte présente la complexité du terrorisme djihadiste, les liens et ambitions particulières de chaque groupe. Passez votre souris sur les groupes dessinés sur la carte pour obtenir des précisions, dézoomez ou zoomez avec le bouton +/-, déplacez-vous dans la carte :

Sources : Institue for the Study of war, International crisis group, Mathieu Guidère, "Petite histoire du djihadisme", Le Débat, mars 2015, Standford University.

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Le djihad, ”effort” physique aussi bien qu’intellectuel

  • Le djihad indique, à l'origine, dans le chiisme ou le soufisme, l’effort sur soi-même en vue du perfectionnement religieux et spirituel. 
  • Le djihadisme, lui, est une construction idéologique élaborée à des fins politiques ou militaires, et prend progressivement le sens de doctrine de mobilisation et idéologie de combat, de “guerre sainte”. 
  • La combinaison entre salafisme et djihadisme plonge ses racines dans l’histoire médiévale de l’islam, mais connaît un renouveau depuis la fin de la guerre froide, et est convoquée alors en tant que lutte nationale contre la colonisation. 
  • Ce "djihadisme armé" est aujourd'hui instrumentalisé dans les conflits internationaux qui vont de l'ouest de l'Afrique jusqu'aux Philippines.

Quel socle commun ?

  • Attentats suicides et engins explosifs improvisés, 
  • Attaque de symboles politiques plus que d'objectifs militaires (et attaque des alliés des régimes visés - États-Unis, Europe), 
  • Importante communication en plusieurs langues autour des attaques, en vue de recruter des combattants étrangers, 
  • Mimétisme iconographique : drapeau noir, mise en scène de la violence, tenues salafistes avec treillis militaire,
  • Implantation dans des zones tribalisées : Syrie, Irak, Pakistan, Nigeria, Libye, Somalie, Yémen… : les "émirats islamiques" s'implantent dans des zones de non-droit laissées vacantes par des États en ruine, créant des zones contrôlées par la force, où y est imposée une lecture extrémiste de la charia, sans que soient instituées de véritables structures étatiques. Comme le montre Olivier Roy dans l’Islam mondialisé , "le djihadisme est aujourd’hui une conséquence de la globalisation et de la déculturation de l’islam et non de la dérive des partis islamistes." (Olivier Roy, Esprit, mai 2015). Voir notre carte des applications de la charia dans le monde.

Cette carte présente les effectifs présumés des principaux groupes djihadistes armés, pour un total qui varie selon les estimations entre 40.000 et 100.000 combattants. Passez sur les bulles pour obtenir des précisions sur chaque groupe. Zoomez et dézoomez avec le bouton +/- :

Sources : The New York Times, BBC, Al-Jazeera, Standford University.

Quelles différences ?

La lutte interne à l’islam entre des doctrines et des courants opposés qui en appellent au djihad et qui déclarent "martyrs" les morts lors de tout combat - religieux, national, partisan… est ancienne. Elle a produit l'existence actuelle d'une cinquantaine de groupes et d’organisations djihadistes diverses, sunnites comme chiites. Le renversement de régimes islamiques, le droit de tuer d'autres musulmans ou l'attitude vis-à-vis du chiisme, sont quelques uns des sujets de dissensus entre ces groupes. (Voir notre carte des courants de l'islam : sunnisme, chiisme, etc…) La rivalité actuelle entre Al-Qaïda et son ancienne filière, le groupe "Etat islamique" (EI) s'incarne dans la bataille armée que les deux groupes se livrent sur le terrain syrien via la branche armée d'Al-Qaïda, Al-Nosra. A l'échelle mondiale, cette concurrence est reflétée par la revendication d'allégeance de différentes "filières" - franchises terroristes constituant un réseau de groupes qui partagent, en partie, un même but. Si les déclarations d'allégeance sont souvent opportunistes pour des groupes locaux en quête de reconnaissance internationale (Boko Haram, Ansar al-Shariah…), cette rivalité des franchises offre  au djihadisme armé un souffle nouveau, de plus en plus décentralisé au cours des années 2010, et provoquant pas moins de 140 attentats depuis le début de 2016.

Sur les attaques de dimanche 13 mars en Côte d'Ivoire, l'analyse de Nabila Amel dans le Journal de 12h30 :

"Les 2 pays qui ont eux aussi été victimes d'attaques terroristes il y a quelques mois sont le Mali et le Burkina Faso. Ils sont frontaliers de la Côte d'Ivoire, et si l'on va plus loin dans cette géographie, le Mali et son voisin le Niger représentent une terre de passage pour les groupes djihadistes qui ont profité du chaos libyen pour prospérer.

Il y a certes le dispositif militaire français et international au Mali, mais Aqmi a une connaissance du terrain et des populations locales qui lui facilite ses mouvements et ses contacts dans ces zones désertiques, ce qui lui a aussi permis d'envisager des opérations plus audacieuses dans les capitales africaines de la région ou dans les centres touristiques fréquentés par des étrangers, en particulier par des Français.

Il ne faut pas oublier que c'est l'intervention française au Mali qui a chassé du Nord Aqmi et ses alliés touaregs d'Ansar Eddine.

Le groupe djihadiste de l'Algérien Ben Mokhtar s'est, du coup, retranché vers la Libye, pays incontrôlable, livré aux milices, aux tribus, et depuis peu à Daech. Or ce qui se dit généralement est que les éléments de Daech - bien implantés à Syrte - sont surtout des étrangers (Irakiens entre autres). En clair, ils n'ont pas forcément la connaissance du terrain africain et s'ils veulent reproduire l'exemple qui leur a servi en Irak avec Mossoul et en Syrie avec Raqqa, ils semblent occupés à solidifier leur assise en Libye, ce qu'ils tentent de faire en s'attaquant aux installations pétrolières.

Les Libyens - sommés de s'entendre sur un gouvernement d'unité national - sont du coup confrontés à des éléments extérieurs, Aqmi et Daech, qui s'évitent peut être en Libye mais se font une concurrence dans le reste de la région."