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Les mots de Donald Trump

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Un supporter de Donald Trump à New York le 8 novembre 2016, jour de l'élection présidentielle
Un supporter de Donald Trump à New York le 8 novembre 2016, jour de l'élection présidentielle
© AFP - Joe Raedle

Le futur président des États-Unis a construit sa victoire sur un discours fait de phrases courtes et de mots brefs répétés 7 à 8 fois lors de ses meetings. Analyse d'un phrasé qui a fait mouche avec Maixent Chenebaux, "ingénieur en données", qui a analysé les mots du candidat Trump.

La conquête de la Maison blanche par Donald Trump s'est aussi construite sur les talents d'orateur du candidat : la thèse surprendra en France où le discours "ras des pâquerettes" du milliardaire a souvent été brocardé (par le New York Times aussi, qui a compté le nombre de personnes, lieux et choses insultés par le candidat sur Twitter : la réponse est 282), mais c'est ce qui ressort du travail de Maixent Chenebaux. Le jeune homme se présente comme "data scientist" à la Reputation squad, start-up basée à Londres et Paris spécialiste de la réputation numérique des personnalités et des entreprises. "J'ai fait cette étude pour faire connaître nos méthodes et parce que le sujet m'intéressait", explique t-il.

En clair, un algorithme d'analyse sémantique passe à la moulinette des mots,"un discours, les commentaires d'une page Facebook ou les tweets d'un même hashtag, etc. Et de cet ensemble (parfois des dizaines de milliers de mots), on peut tirer des enseignements", précise Maixent Chenebaux. On y apprend que les mots de Trump correspondaient quasi exactement à ceux de son électorat, contrairement à ceux d'Hillary Clinton.

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"We cannot afford to be so politically correct anymore" (nous ne pouvons plus nous permettre d'être politiquement correct), Donald Trump, lors de son discours d'investiture par le Parti républicain, le 21 juillet 2016.

Le vocabulaire : restreint et répété

Maixent Chénébaux a travaillé sur les trois débats présidentiels (26 septembre, 9 octobre et 19 octobre) et sur les discours d'investiture des deux candidats : le 21 juillet, lors de la convention républicaine à Cleveland (Ohio), pour Donald Trump, et le 28 juillet, pendant la convention démocrate de Philadelphie (Pennsylvanie), pour Hillary Clinton. Deux discours-programmes pendant lesquels chaque concurrent exposait sa vision trois mois avant l'élection (le 8 novembre).

"Pour Trump, on se rend compte que ça n'est pas un vocabulaire très riche, chaque mot est répété de nombreuses fois à travers tout le discours" : le candidat a utilisé 7465 mots et 625 phrases lors de son investiture, mais il n'a utilisé que 965 mots distincts (des "lemmes"). Chaque mot est donc répété 7,7 fois.

Les mots de Trump lors de son investiture par le Parti républicain le 21 juillet 2016
Les mots de Trump lors de son investiture par le Parti républicain le 21 juillet 2016
- Tagul.com

"C'est très différent de Hillary Clinton, de Barack Obama ou même George W. Bush, qui utilisaient des mots plus banals, des termes plus classiques : clair, national, important, fédéral, capable". Le vocabulaire est plus varié chez ces derniers, 6088 mots dans le discours d'investiture de Hillary Clinton pour 405 phrases, "la candidate démocrate a répété chaque mot 6 fois". Enfin, Trump est adepte de phrases courtes : 12 mots en moyenne, contre 15 pour Clinton. Mais la candidate démocrate s'est davantage rapprochée de son concurrent républicain que d'Obama dans cette campagne : "lors de la même période électorale, quand il était candidat, le discours d'investiture de Barack Obama contenait 26 mots par phrase en moyenne".

Des mots plus courts et un débit plus lent

"Ce qui est frappant avec Trump est l'usage quasi exclusif de mot courts. 62% des mots de son discours sont monosyllabiques : really, sad, bad, great, big, strong, etc. Des mots qui correspondent assez fidèlement à ceux utilisés par ses partisans sur Twitter, il est en résonance avec son électorat. Pour Clinton, ça n'est pas le cas, on sent une dissonance." Par ailleurs, le tempo du candidat républicain est plutôt lent : son discours était 54 % plus long que celui d'Hillary Clinton, mais il ne contenait que 23 % de mots en plus. Une tendance à parler lentement qui s'est renforcée au fil de la campagne : 700 phrases lors du premier débat présidentiel, 624 pendant le deuxième et 590 lors du troisième : "le débit de parole de Trump (le nombre de syllabes prononcées par seconde) a chuté de 29 %". Le second débat, qui a constitué sa plus mauvaise performance d'après la presse, a été celui où il a utilisé le plus large champ lexical (902 lemmes contre 770 dans le débat final). "Il s'est corrigé à la fin, ce qui pourrait indiquer qu'il s'est préparé à ses débats, contrairement à ce qu'il affirmait."

Les mots de Clinton lors de l'investiture du Parti démocrate le 28 juillet 2016
Les mots de Clinton lors de l'investiture du Parti démocrate le 28 juillet 2016
- Tagul.com

Des thèmes plus anxiogènes

Les discours des candidats permettent aussi de différencier leurs sujets de préoccupation : "Trump parle beaucoup plus de l'international que Clinton, il fait beaucoup de références à l'Iran, au Mexique, à la Chine. Hillary Clinton parle beaucoup plus de l'Amérique et lorsqu'elle évoque l'étranger, elle reste vague et n'évoque pas précisément de pays." Les mots de Trump sont également beaucoup plus polarisés émotionnellement : "sad (triste), bad (mauvais), disaster (désastre), threat (menace), problem... Et les pays mentionnés le sont parce qu'ils constituent des menaces."

Du côté de Clinton, les mots sont moins négatifs : America est mentionnée 27 fois tandis que Trump n'en parle que 5 fois, la candidate utilise aussi "together" (ensemble), "campaign" (campagne), "hard-working" (travailler dur).

Enfin, les deux candidats ont aussi utilisé certains mots de façon équitable : "job" (emploi), "country" (pays) et... "Trump". Le candidat républicain a beaucoup parlé de lui et Hillary Clinton l'a beaucoup mentionné pour le critiquer.

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