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Les opérateurs de téléphonie mobile contre-attaquent

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Bousculés par l'arrivée de Free et de ses tarifs, les opérateurs historiques ont répliqué avec une baisse des prix de leurs propres forfaits. Un geste en forme d'aveux pour Orange, Bouygues Télécom et SFR qui admettent implicitement avoir réalisé des marges très confortables. Jusqu'à aujourd'hui. On s'y attendait de la part des concurrents de Free, ils ne pouvaient pas rester immobiles devant l'arrivée d'un quatrième opérateur sur le marché de la téléphonie mobile. Deux jours seulement après l'annonce du nouveau concurrent, SFR, Orange et Bouygues Télécom proposent des baisses de prix allant parfois jusqu'à 50%. Et malgré ces efforts, les deux opérateurs restent plus chers que Free.

Orange et SFR se suivent au centime près Pour éviter de perdre la face, les deux plus gros opérateurs passent par leurs marques low cost pour baisser les prix. Ces marques proposent des offres limitées dans le temps et souvent exclusivement sur internet. On retrouve à chaque fois dans les propositions deux forfaits censés répondre à Free, à savoir un produit d'entrée de gamme, et un autre "tout illimité".Sosh, la marque d'Orange a riposté en premier et propose un forfait de deux heures d'appel, les SMS et MMS illimités pour 9,90 euros par mois. Le second forfait comprend les appels, SMS et MMS illimités ainsi que la navigation internet pour 24,90 euros. Cette dernière offre existait déjà, mais elle était proposée à 29,90 euros il y a encore quelques jours, soit une baisse spectaculaire de 43%.

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SFR propose une série d'abonnements "Red", dont les deux principaux ressemblent aux offres d'Orange.On retrouve une offre illimitée pour les appels et la messagerie à 24,90 euros par mois. Et pour l'entrée de gamme elles est à 9,90 euros pour deux heures de communication et les SMS/MMS illimités.

Pour les deux opérateurs il est intéressant de noter la similitude dans les prix annoncés par SFR et Orange. Les explications d'Edouard Barreiro , le directeur des études de l'association de consommateurs UFC-Que-Choisir :

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Chez Bouygues Télécom on a gardé le silence jusqu'à ce vendredi. L'opérateur a annoncé à son tour une baisse des tarifs de sa marque low-cost B&You via deux forfaits. L'un à 9,99 euros et l'autre à 19,99 euros. La première communication du groupe s'était faîte sa page Facebook pour expliquer que les offres de Free ne garantissaient pas la qualité du service, contrairement à Bouygues qui s'appuie sur 9.200 salariés. Une communication désatrseuse puisqu'elle a été suivie dans les commentaires par des milliers de messages de colère des utilisateurs.

Malgré la baisse des prix d'Orange comme de SFR, on reste à des niveaux supérieurs aux offres de Free qui facture deux euros par mois pour une heure de communication et 60 SMS. Et 19,90 euros pour les appels, SMS et MMS illimités, ainsi que la navigation internet jusqu'à trois gigaoctets.

Cette réponse des opérateurs historiques montre à quel point le marché de la téléphonie mobile était rentable pour eux avec des prix parmi les plus élevés d'Europe. Pour Edouard Barreiro de l'UFC-Que-Choisir, ces entreprises ont toujours imposé des marges excessives:

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Un aveu qui a du mal à passer chez les clients: on l'a vu pour Bouygues Télécom. SFR a rapidement fermé aux commentaires ses comptes sur les réseaux sociaux.

Pour Free l'opération de communciation qui entoure son arrivée sur le marché est un sucès. Xavier Niel a été très offensif face à ses concurrents. Dès le 9 décembre, au moment où l'ARCEP, le gendarme des télécoms, autorisait le lancement de Free, le PDG Xavier Niel déclarait:«Je suis étonné d'un truc, c'est que nos concurrents n'ont toujours rien fait, ils ont microbaissé leurs prix de quelques pour cent c'est pas raisonnable, il faut y aller pour de vrai, il faut vraiment baisser vos prix, commencez à couper tout de suite, avant que l'on arrive, on va arriver vite, (...) réfléchissez, créez des plans marketing agressifs et puis comme ça vous avez peut-être une chance de continuer d'exister. Là c'est une rigolade, vous n'avez pas baissé les prix, c'est pas sérieux.»

Les concurrents ont bien baissé leurs prix depuis, mais pas assez au goût des clients qui sont nombreux à quitter leurs opérateurs historiques. Un salarié du groupe Free a confié au journal Libération ce vendredi: "nous devons être aux alentours de 500 000 recrutés" . Le million d'abonnés pourrait être atteint fin janvier.

Un marché saturé et biaisé
Le marché de la téléphonie mobile en France n'est clairement pas profitable aux consommateurs. Avec seulement trois opérateurs, et une concurrence franchement "molle" les prix sont toujours restés à des niveaux élevés. Parmi les plus chers d'Europe avec un coût moyen estimé à 15 centimes d'euro la minute de communication. Orange, SFR et Bouygues Télécom se sont même échangés durant des années des informations confidentielles sur les abonnements de leurs clients respectifs. Une pratique anti-concurrentielle, et surtout illégale. Les trois opérateurs ont ainsi été condamné en 2005 à une amende record de 534 millions par l'Autorité de la concurrence.

Les forfaits de Free Mobile
Les forfaits de Free Mobile
© Radio France - Idé

L'arrivée de Free Mobile dans cet oligopole est donc de nature à changer les choses. Par le passé Free a déjà montré qu'il était dans une logique de concurrence agressive. Le meilleur exemple est celui de son arrivée en 2002 sur le marché de l'internet. Avec une offre à 29,99 par mois, la plupart des autres fournisseurs d'accès à internet se sont alignés au même niveau de prix. Pour les autres, qui n'ont pas voulu ou non pas pu comme AOL, cette date a marqué leur fin. Mais pour la téléphonie mobile, cette stratégie ne fonctionne que partiellement puisque les concurrents ne sont pas descendus au niveau de Free. Reste que ce nouvel acteur sur le marché est perçu comme un stimulateur de la concurrence. Raphaël Suire est maître de conférence en économie du numérique à l'Université de Rennes. Il était l'invité du journal de 22 heures du mardi 10 janvier:

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Free sera t-il à la hauteur ?
Aucun client Free n'a encore reçu sa carte SIM. Les premières devraient arriver en début de semaine prochaine. Et on saura alors ce que vaut vraiment l'offre de l'opérateur. Notamment sur la qualité du réseau. Free a deployé pour le moment environ 30% de sa propre infrastructure. Et en attendant un déploiement total, un accord de "location de réseau" d'un milliard d'euros a été passé avec Orange . Mais l'opérateur historique a déjà menacé de brider la vitesse de l'internet mobile pour les clients Free s'ils abusent trop de la bande passante. L'autre point sur lequel Free est attendu est son service client. Pour l'activité internet, il n'existe que trois boutiques en France, le reste est délocalisé sur des plateformes téléphoniques au Maghreb. Un système très critiqué et réputé de mauvaise qualité.

Si ce scénario se reproduit pour la téléphonie mobile, SFR, Orange et Bouygues Télécom pourront alors mettre en avant la qualité de leurs propres services clients pour expliquer les prix assez élévés, et ainsi garder des parts de marchés.

Tous les regards sont donc tournés vers la qualité du service client et de la qualité technique de l'offre de Free. D'ailleurs, l'entreprise reste silencieuse sur ces informations comme l'explique Edouard Barreiro de l'UFC-Que-Choisir

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Mais si l'entreprise de Xavier Niel arrive à relever le défi de la qualité, alors le nombre d'abonnements devrait grimper très vite. Jusqu'où ? M. Niel déclarait, un brin provocateur: "25% comme pour l'internet" .> Retrouvez le dossier sur la présentation des forfaits de Free le mardi 10 janvier.