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"Les pays scandinaves construisent une sorte de mur", dit le réalisateur Milad Alami sur la situation des réfugiés

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Milad Alami, réalisateur iranien
Milad Alami, réalisateur iranien
© Radio France

Vidéo . Dans son film "The Charmer", Milad Alami raconte l'histoire d'un jeune Iranien qui tente de séduire des femmes pour se marier et pouvoir rester au Danemark. Rencontre avec ce réalisateur iranien qui a été lui-même réfugié.

Avec son film "The Charmer" sorti en salle le 25 juillet, Milad Alami retrace la vie, les choix, les doutes d'un homme, un jeune Iranien qui tente de s'installer au Danemark alors que la politique d'immigration s'y est considérablement durcie ces dernières années. Depuis 2015, la majorité de droite au pouvoir a édicté plus de 67 mesures restrictives sur l’immigration.

Milad Alami est un réalisateur iranien, né en 1982 en Iran. Après avoir grandi en Suède, il vit désormais au Danemark. Il est diplômé de la National Film School danoise. Ses courts métrages ont été sélectionnés dans différents festivals et notamment à Cannes - Quinzaine des réalisateurs, New York, Clermont Ferrand et Karlovy Vary. The Charmer est son premier long métrage.

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Comment a évolué la situation des réfugiés au Danemark ? 

Dans les années 1990 ou 1980, quand on parlait de réfugiés, on parlait de quelque chose qui pouvait profiter à la société. Quelqu’un pouvait venir et partager quelque chose de positif pour la société. Maintenant c’est différent, maintenant c’est plus un débat avec des gens islamophobes, ou avec des gens qui essayent de faire exploser la société.

Vous avez été vous-même réfugié en Suède...

Je suis arrivé dans le nord de la Suède quand j’avais 6 ans. À l’aéroport il y avait des gens qui prenaient mes parents dans leurs bras et qui nous disaient “bienvenue en Suède”. Ils nous ont donné un appartement tout de suite. C’était un regard différent sur ce que c’est d’être réfugié, c’est différent aujourd’hui.

Est-ce que vous ressentez plus de racisme qu’avant ?

En tant que personne qui ne correspond pas aux normes de la société, par exemple au Danemark où la plupart des gens sont blancs, bien sûr tu peux sentir le racisme, particulièrement maintenant parce que certaines choses ont été acceptées… Une certaine façon de parler est plus acceptée quand on parle de gens issus de cultures différentes, donc j’ai l’impression qu’une sorte de racisme qui n'était pas tolérée avant est permise aujourd’hui. 

”Accueillir moins pour accueillir mieux” c’est possible ?

Quand on parle de tout ce truc de moins de réfugiés pour un meilleur système, c’est un coup bas pour dire “ok on prend juste nos responsabilités pour quelques personnes”. Je pense que surtout en ce moment où nous vivons dans une période instable, on devrait faire tout ce qu’on peut pour aider. Et prendre ça au sérieux, pas comme quelque chose de politique, comme le Japon qui a accueilli 20 réfugiés l’année dernière et c’est bon. Je ne trouve pas ça correct, je n’aime pas ça.
Maintenant, beaucoup de films, d’écrivains, de musiques, d’hommes politiques, des gens à la radio, à la télé, sont de cette génération de gens qui sont arrivés dans les années 1980, c’est le signe que l’intégration a très bien marché.

Quelles sont les clés d’une intégration réussie ? 

Faire preuve d’ouverture dans la société, c’est une façon d’accepter que les cultures changent tout le temps, accepter que ce qu’était la France ou la Suède il y a 50 ans a changé. Je pense qu’en tant que réfugié, si tu arrives dans une société qui est ouverte, on te verra comme un avantage, comme quelqu’un qui peut apporter quelque chose de bon pour la société et pas comme quelqu’un qui est un fardeau. Je pense qu’au moins pour ma génération nous avions le sentiment que nous pouvions être nous-mêmes en Suède même en étant Iraniens.

Pour en savoir plus écoutez Les Matins d'été dont Milad Alami est l'invité.