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Les personnes handicapées souffrent toujours pour accéder aux lieux et aux pratiques culturelles

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A l'exposition d'Odilon Redon intitulée Prince du rêve, au musée Fabre de Montpellier, en 2011
A l'exposition d'Odilon Redon intitulée Prince du rêve, au musée Fabre de Montpellier, en 2011
© Maxppp - Guillaume Bonnefont / IP3

Malgré des progrès, un rapport de la commission Culture du Sénat présenté ce mardi relève des lacunes persistantes pour les personnes en situation de handicap face à l'offre culturelle en France. Dans une récente étude, les premiers concernés déploraient pour la plupart un accès difficile.

" Culture et handicap : une exigence démocratique", c'est le titre du rapport dévoilé aujourd'hui au Sénat. Ce texte constate une situation qui globalement s'améliore mais reste problématique et il propose quelques solutions, plus de douze ans après la loi "handicap" qui n'évoquait pas ces questions. Il doit être prochainement présenté à la ministre de la Culture Françoise Nyssen, ainsi qu'à la secrétaire d'Etat en charge du Handicap, Sophie Cluzel.

Les démarches réalisées en direction des publics handicapés profitent toujours à d'autres publics, et la culture s'enrichit de la singularité de chacun, souligne avant tout le rapport. Avec un accès à la culture et la pratique d'une activité artistique ou culturelle qui représente "un formidable vecteur d'émancipation et d'autonomie" pour ces personnes.

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Depuis une vingtaine d'années, les établissements publics, en particulier les musées et sites patrimoniaux, ont fait beaucoup d'efforts en terme d'accessibilité et des structures artistiques et culturelles se sont développées sur tout le territoire, pour permettre aux personnes en situation de handicap de pratiquer l'activité de leur choix, selon cet état des lieux. Sans oublier bien sûr tout le travail mené par les associations.

Mais "le chemin à parcourir est loin d'être terminé" et la France a pris du retard, notamment par rapport aux jeunes handicapés. Ces structures dédiées sont encore trop peu nombreuses. Elles manquent de visibilité, de moyens financiers et sont souvent fragiles. Et l'intégration n'est pas forcément pertinente. Le texte évoque ainsi les difficultés rencontrées dans l'accès aux conservatoires : "Il n'est pas rare que l'ouverture des établissements aux publics en situation de handicap se soit, de fait, simplement traduite par la mise en place d'ateliers destinés aux seules personnes en situation de handicap et non par une intégration au cursus d'enseignement classique accompagnée des adaptations nécessaires. Sans compter les élèves admis qui indiquent avoir été privés du choix de leur instrument."

Pour Brigitte Gonthier-Maurin, sénatrice communiste des Hauts de Seine, co-raporteure :

Il y a beaucoup d'intelligence, beaucoup d'initiatives, mais hélas on constate qu'il suffit qu'une personne arrête son activité, son impulsion. Il suffit quelquefois de perdre un local, une subvention, et tout s'arrête. Il y a donc besoin de repenser une organisation beaucoup plus concertée, globale, coordonnée d'un maillage de réponses et surtout d'asseoir tout cela sur des financements pérennes. Car je m'inquiète beaucoup des restrictions budgétaires demandées aux collectivités territoriales, malheureusement on sait bien que l'accès à la culture peut être la première victime de ces questions là.

Pas de cartographie fiable des initiatives

Le rapport pointe aussi un manque de données précises sur les initiatives existantes. Il faudrait mieux les recenser, avec "une cartographie fiable et précise", pour les évaluer et les faire connaître. Il faut également favoriser l'entrée de la culture dans les établissements du secteur socio-médical, en s'appuyant sur des artistes professionnels. Parmi les vingt propositions formulées, il est aussi question de "l'application de la gratuité ou de tarifs préférentiels aux publics handicapés" et en amont d'"accroître la visibilité médiatique de ces personnes et d'en assurer une représentation équilibrée, positive et inclusive". On se souvient à ce sujet il y a peu du très fort écho de la météo présentée à la télévision par une jeune femme trisomique. De gros efforts restent justement à faire en direction des personnes handicapées mentales ou psychiques, dont les difficultés sont encore mal connues, et donc peu prises en compte.

Autre problème : en l'absence "d'une dimension interministérielle suffisante et permanente, la question de l'accès à la culture n'est probablement pas toujours apparue comme prioritaire face aux questions de santé ou même d'éducation, au coeur du dispositif de la loi de 2005, et n'a pas non plus obtenu la visibilité politique et médiatique qui aurait permis d'accroître son efficacité". Emmanuel Macron s'est engagé auprès des 12 millions de personnes qui vivent en France avec un handicap et il a aussi dit en campagne vouloir faire de la Culture une priorité.

Le Choix de la rédaction
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Enfin, les sénateurs, qui lanceront à la rentrée une campagne de communication sur le thème "handicap et culture", souhaitent "faciliter la professionnalisation des artistes handicapés". Ils citent les exemples illustres de Toulouse-Lautrec ou de Frida Kahlo et beaucoup plus récemment de la metteure en scène Madeleine Louarn, qui travaille notamment avec des comédiens handicapés mentaux. Actuellement, on peut parler de parcours du combattant Aurélie Kieffer :

Gagner sa vie en tant qu'artiste n'est facile pour personne... avec un handicap, cela relève de l'exploit !

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61% des personnes concernées considèrent l'accès à la culture difficile

Une récente étude inédite corrobore le constat des sénateurs. Réalisée entre le 3 avril et le 17 mai dernier par le groupe mutualiste Malakoff Médéric, elle nous apprend que 61 % des personnes en situation de handicap considèrent l’accès à la culture difficile, même si 57 % d’entre elles estiment que la situation a cependant progressé ces dernières années. Les personnes souffrant d’un handicap moteur (pour 67 %), et de handicaps mentaux et psychiques (pour 64 %) sont celles qui éprouvent encore le plus de difficultés.

Près de 7 personnes handicapées sur 10, au sein de l'échantillon, aimeraient sortir davantage. Mais le prix (pour 44 % d'entre elles), l'affluence (pour 27 %) et le manque d'accessibilité des lieux (pour 18 %) les en empêchent. Cette enquête révèle aussi que les festivals de musique et les concerts n'accueillent que 30 % de personnes handicapées. Même si l'on a pu voir il y a quelques jours une image du Hellfest, très relayée, d'un festivalier porté par la foule pour slamer :

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Quadruple médaillé paralympique de tennis en fauteuil et ambassadeur de la démarche accessibilité des lieux de culture et de loisirs pour le groupe mutualiste, Michaël Jeremiasz se bat pour multiplier les partenariats. Lui qui dans Le Figaro confie :

Je fais partie des gens qui s'autocensurent. Durant seize ans, je me suis interdit les festivals, persuadé qu'on me mettrait à l'autre bout de la scène...

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