Les pharaons noirs, à l'origine de la "Renaissance" égyptienne

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Les pharaons noirs à l'origine de la "Renaissance" égyptienne

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Pendant près d'un siècle, des pharaons noirs venus de Napata, au Soudan, ont régné sur l'Égypte Antique. Éclipsés par la renommée de Toutânkhamon ou Ramsès II, ils ont pourtant été d'une importance capitale pour la civilisation égyptienne.

Connaissez-vous les pharaons noirs ? Le musée du Louvre leur consacre une exposition, l'occasion de revenir sur leur épopée, leurs conquêtes et leur histoire. Le commissaire de l'exposition, Vincent Rondot, et l'épigraphiste Dominique Valbelle nous éclairent sur l'importance de cette dynastie qui a "laissé à l'Égypte une sorte de 'Renaissance' après son départ".

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Des colonisés qui défendent leurs colonisateurs

Pendant des siècles les pharaons égyptiens ont colonisé le pays de Kouch, en Nubie, soit dans l’actuel Soudan. Ils ont imposé leur souveraineté, leur religion et leurs valeurs aux peuples et aux rois kouchites.

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Vincent Rondot : "Et ces rois de Kouch ont fini par adopter à ce point les façons de faire pharaoniques et égyptiennes qu’ils sont devenus en quelque sorte plus pharaons que les pharaons."

En 720 avant J.-C., l’Égypte divisée est menacée par les Assyriens, mais un roi Kouch, Piânkhy, prend la défense de la civilisation égyptienne. Depuis Napata, il lance ses armées à la conquête des villes de la vallée du Nil pour rétablir les cultes égyptiens. Une épopée dont on connaît les détails grâce à la stèle de Piânkhy.

Dominique Valbelle : "À chaque fois, cette stèle nous précise qu’ils ont débarrassé des différents temples les soldats qui les occupaient, qu’ils ont rétabli les offrandes, ce qui était un geste fondamental dans l’idéologie monarchique égyptienne et qu’ils ont rétabli les cultes et le calme de ville en ville. Donc ce n’est pas une revanche contre les Égyptiens, c’est au contraire le souci de mettre en valeur et restaurer une culture qu’ils considéraient également comme la leur."

Reproduction de la stèle de Piânkhy
Reproduction de la stèle de Piânkhy

La 25e dynastie : le retour aux sources

Les descendants de Piânkhy,  devenus pharaons, fondent la 25e dynastie. Ils se placent sous la protection des dieux égyptiens et produisent des stèles pour réaffirmer les éléments fondateurs de la religion.

Dominique Valbelle : "Ce qui est particulièrement intéressant et émouvant c’est que non seulement ils connaissaient bien cette culture égyptienne mais ils ont cherché à revenir aux sources de cette culture, à s’informer dans les archives égyptiennes selon un mode de fonctionnement typiquement égyptien des textes théologiques les plus anciens qu’ils ont fait recopier sur pierre. Ça se voit aussi dans l’art de cette époque-là qui va se laisser influencer par les plus beaux modèles de l’Ancien Empire, par exemple."

Ce retour à l'art et à l'architecture de l'Ancien Empire égyptien (-2700 à -2200 avant J.-C.), est très fort sous le règne de Taharqa qui fait construire plusieurs temples en Égypte et en pays Kouch.

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Mais malgré ce retour aux sources, il existe des spécificités dans l'art des pharaons noirs, en particulier dans leurs représentations, comme en témoignent les magnifiques statues découvertes en 2003 par Charles Bonnet et Dominique Valbelle, reconstituées dans l'exposition du Louvre.

Vincent Rondot : "Il y a des critères stylistiques qui permettent de reconnaître les reliefs et les statues de cette époque. Il y a des critères anatomiques, notamment des visages particulièrement ronds, il sont coiffés d’une couronne très particulière qu’on appelle la coiffe kouchite qui se présente à nos yeux comme une espèce de casque qui enserre le crâne et ils ont au front deux cobras côte à côte."

Sphinx de Chépénoupet. Berlin ÄM 7972
Sphinx de Chépénoupet. Berlin ÄM 7972
- © BPK Berlin_dist. RMN-Grand Palais_Jürgen Liepe
Copie 7 scupltures des 5 pharaons (Taharqa,Tanouétamani, Senkamanisken, Anlamaniet et Aspelta)
Copie 7 scupltures des 5 pharaons (Taharqa,Tanouétamani, Senkamanisken, Anlamaniet et Aspelta)
- © TrigonArt Ingenieurbüro - Pawel Wolf

Ces deux cobras représentent les deux terres sur lesquelles règnent ces pharaons : le pays Kouch et l'Égypte. Ils sont le symbole de ces pharaons noirs, les seuls à porter deux uræus.

Malgré sa puissance, la dynastie des pharaons noirs finit par abdiquer devant les conquêtes assyriennes. Le fis du grand Taharqa, dernier pharaon de cette dynastie, est vaincu lors du sac de Thèbes en -663.

L'héritage de ces pharaons noirs a été en partie détruit par leurs successeurs, placés au pouvoir par les Assyriens. Mais la "Renaissance" qu'ils ont initiée est perpétuée par les dynasties suivantes, contribuant ainsi à la grandeur de l'Égypte antique.

À voir :
Pharaon des deux terres, exposition au Louvre, jusqu’au 25 juillet 2022

À lire :
Des pharaons venus d’Afrique. La cachette de Kerma, Ch. Bonnet et D. Valbelle (2005)
Le Jujubier, ville sacrée des pharaons noirs, Ch. Bonnet, D. Valbelle et S. Marchi, Paris,  (2021)