Les photos aériennes : témoins du passage du temps

Publicité

Les photos aériennes : témoins du passage du temps

Par
La Grande-Motte en 2018 (à gauche) et quelques décennies plus tôt en 1963, avant le tourisme de masse.
La Grande-Motte en 2018 (à gauche) et quelques décennies plus tôt en 1963, avant le tourisme de masse.
- IGN

Qu'elles aient été prises de montgolfières, d'avions ou de satellites, les images saisies du ciel permettent d'observer les grands bouleversements récents : réchauffement climatique, urbanisation... Revue d'images avec Google Earth, l'IGN ou Swisstopo.

Une nouvelle fonctionnalité est apparue le 14 avril sur Google Earth : baptisé "Timelapse", ce nouvel outil permet d'observer le passage du temps sur près de quatre décennies grâce à la compilation de photos satellites, anciennes et récentes. La mise à jour a été annoncée quelques semaines avant les 20 ans de Google Earth, le 11 juin 2021, mais le géant de la Silicon Valley n'est pas seul à proposer ce type de service : en Europe, l'IGN (Institut national de l'information géographique et forestière) a lancé son portail "Remonter le temps" dès 2016 et la Suisse propose un site équivalent depuis 2017, "Voyage dans le temps", via Swisstopo, l'Office fédéral de topographie. Des fonds extrêmement fournis dans lesquels France Culture a librement choisi quelques clichés marquants.

Google Earth et les effets du développement humain

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.

Montage de photos satellite mise en ligne sur Google Earth montrant le recul du glacier Columbia en Alaska.

Publicité

C'est une mise jour de poids que vient de mettre en ligne Google Earth : 24 millions d’images récupérées auprès de la Nasa et de l’Agence spatiale européenne, soit des pétaoctets d’informations (ou des millions de mégaoctets). Cette quantité astronomique de données couvre la période 1984-2020 soit près de quatre décennies où les villes ont avancé au moins autant que les forêts et les glaciers ont reculé. Au passage, Google n’a pas manqué de signaler la gageure technologique de son travail, expliquant dans un communiqué qu'il a fallu "plus de deux millions d'heures de traitement sur des milliers de machines dans Google Cloud"

Mais ces efforts sont pour la bonne cause, affirme aussi la firme : le rendu permet "de voir objectivement le réchauffement climatique de nos propres yeux", commente la patronne de Google Earth, Rebecca Moore. "Nous espérons que cela pourra ancrer tout le monde dans une compréhension objective et commune de ce qui se passe réellement sur la planète et inspirer l'action."

Pour faciliter l'utilisation de Timelapse, Google a aussi publié une liste de lecture avec 290 vidéos sur YouTube, chacune se concentrant sur des sites et des thèmes particuliers : le recul de la mer d'Aral, l'expansion de Dubaï ou de Las Vegas, la déforestation à Madagascar, au Brésil ou en Bolivie...

La rivière Teles Pires au Brésil en 1984, avant le développement de l'agriculture dans cette partie de la forêt amazonienne.
La rivière Teles Pires au Brésil en 1984, avant le développement de l'agriculture dans cette partie de la forêt amazonienne.
- Google Earth
La même rivière Teles Pires en 2020 : la forêt laisse la place aux cultures.
La même rivière Teles Pires en 2020 : la forêt laisse la place aux cultures.
- Google Earth

Avant Google, l'IGN ou la Suisse ont fait de même

Mais Google Earth n'est pas pionnier en la matière. Dès 2013 en Suisse, l'Office fédéral de topgraphie, Swisstopo, mettait en ligne d'anciennes cartes du pays (près de 8 000): "Une première mondiale", assurait alors son responsable dans un article du journal Le Temps. "On peut ainsi observer au moyen de ces cartes tant le retrait du glacier d’Aletsch que l’extension de la ville de Lausanne à travers les décennies", écrit le journaliste, "à côté d’un bon nombre d’amateurs, l’application devrait selon l’office intéresser les historiens et géographes ainsi que servir à la recherche".

En 2018, Swisstopo ajoutait les photos aériennes à sa collection de cartes, avec des images en noir-et-blanc et en couleur remontant jusqu'à 1979. Une possibilité qu'offre aussi l'IGN depuis 2016, via son portail dédié remonterletemps.ign.fr : "L'objectif initial était de numériser nos archives afin de les conserver et de les manipuler plus aisément", explique Romain Vialle, chargé de ce projet à l'IGN, "et une fois numérisées, il nous a semblé intéressant de rendre accessibles ces archives au grand public."

Paris et le bois de Vincennes en 1949 (à gauche) et en 2018 (à droite) : Le périphérique et l'A4 sont apparus tandis que les entrepôts de vin de Bercy et le no man's land des fortifications de Thiers ont disparu.
Paris et le bois de Vincennes en 1949 (à gauche) et en 2018 (à droite) : Le périphérique et l'A4 sont apparus tandis que les entrepôts de vin de Bercy et le no man's land des fortifications de Thiers ont disparu.
- IGN

Le site s'appuie sur l'impressionnant catalogue de cartes et de photos aériennes possédées par l'IGN et issues de multiples fonds : carte de Cassini (XVIIIe siècle), carte de l'état-major (1825-1866), carte IGN au 1 : 50 000 (1950), carte IGN SCAN Express, photos aériennes historiques (1950-1965)* et actuelles. Aujourd'hui, 3,8 millions de clichés photographiques aériens sont publiés et téléchargeables gratuitement sur le site Remonter le temps. "Nous disposons également de photos aériennes encore plus anciennes, remontant aux années 1920", complète Romain Vialle. 

"Quelques images ont été prises de façon oblique et offrent des vues exceptionnelles sur des monuments, dont on distingue les façades : le château de Versailles en juin 1919 lors de la signature du traité de Versailles, par exemple".            
Romain Vialle, responsable du projet "Remonter le temps" à l'IGN.

Une photo prise de façon oblique du château de Versailles le 27 juin 1919, la veille de la signature du traité de Versailles.
Une photo prise de façon oblique du château de Versailles le 27 juin 1919, la veille de la signature du traité de Versailles.
- IGN

L'IGN détient également des photos jamais-vues de la cathédrale Notre-Dame de Paris prises en oblique et datant de la même époque. L'Institut promet de les mettre en ligne dans les six mois, en même temps qu'une nouvelle interface du site internet : "A la manière de Google Earth, nous voulons proposer des sujets thématiques", annonce Romain Vialle. L'IGN dispose encore de 1,7 million de clichés aériens non publiés.

En 1949, un stade occupait la place de la maison de la radio à Paris.
En 1949, un stade occupait la place de la maison de la radio à Paris.
- IGN