Publicité

Les réactions au livre de Bob Woodward "Rage" sur les réseaux sociaux, symboles d'une Amérique divisée

Par
"Rage" de Bob Woodward (à g.) nouveau brûlot contre Donald Trump (à d.)
"Rage" de Bob Woodward (à g.) nouveau brûlot contre Donald Trump (à d.)
© AFP - MANDEL NGAN, JIM WATSON

#USA2020. Le livre du célèbre journaliste Bob Woodward sort ce mardi aux États-Unis. "Rage" comporte de nombreuses révélations sur le Président Donald Trump. L'ouvrage est devenu une tendance sur Twitter. Analyse de John Villasenor, enseignant à UCLA et membre du think tank Brookings Institution.

Le nouveau livre de Bob Woodward sur Donald Trump est publié ce mardi aux États-Unis. Intitulé Rage, il est signé du célèbre journaliste d’investigation qui est à l’origine des révélations du Watergate (avec son collègue Carl Bernstein), qui ont fait tomber le Président de l'époque, Richard Nixon, en 1974. 

Rage est un nouveau brûlot contre le Président en poste. Bob Woodward a enregistré 18 conversations téléphoniques (soit neuf heures d'interviews) qu'il a eues avec le Président pendant plusieurs mois. Des extraits de ces interviews sortent dans les médias depuis la semaine dernière. Ce lundi soir, un nouvel enregistrement a été révélé par la chaîne NBC, à la veille de la sortie du livre. On entend Donald Trump confier à Bob Woodward qu'il "s'entend bien" avec le président turc Recep Tayyip Erdogan : 

Publicité

Je m'entends très bien avec lui même si je ne suis pas sensé (...). Plus ils sont durs et méchants, mieux on s'entend !

On apprend dans d'autres enregistrements que Donald Trump a été prévenu très tôt de la dangerosité du Covid-19 et en a minimisé la gravité devant les Américains. Dès le 7 février, il le reconnaissait lors d'une conversation avec le journaliste.  

Le livre, dont les bonnes feuilles ont été publiées la semaine dernière dans le New York Times, a très vite fait la une des médias. Il est également devenu une tendance sur Twitter.

John Villasenor, professeur à UCLA et expert en politique sur les réseaux sociaux
John Villasenor, professeur à UCLA et expert en politique sur les réseaux sociaux
- John Villasenor

Interview avec John Villasenor, directeur de l'Institut de technologie, loi et politique à UCLA (Université de Californie à Los Angeles), professeur et expert à la Brookings Institution. 

Deux hashtags, #TrumpKnew et #TrumpLiedPeopleDied sont nés sur Twitter quelques heures après la publication des extraits du livre dans le New York Times. Ils font référence aux propos de Donald Trump enregistrés par Bob Woodward dans lesquels, dès le mois de février, il admet connaître la dangerosité du Covid-19... Pourquoi cela déchaîne-t-il autant les passions ?  

Le livre a reçu beaucoup d'attention auprès du public car, bien sûr, en ce moment, tout prend de l'ampleur. De plus, sur ce sujet, tout le monde se souvient des déclarations de Donald Trump pendant des mois : "Oui, les États-Unis gèrent bien la crise", "Nous sommes les meilleurs", "Le virus disparaîtra très vite et tout d’un coup", "N'oublions pas que nous perdons des milliers d’Américains chaque année de la grippe"... 

Sauf que l'on découvre que, le 7 février, il dit au téléphone à Bob Woodward : 

Vous n’avez qu’à respirer et c’est comme ça qu’il se transmet. C’est un truc très épineux, très délicat… Et il est bien plus mortel que les grippes les plus graves.

L'inquiétude, c'est qu'il a continué quasi simultanément  à dire au public "Tout va bien aller", "Le coronavirus est sous contrôle aux États-Unis" etc. 

Journal de 12h30
24 min

Tout devient politique ces jours-ci aux États-Unis, n'est-ce pas ? 

Oui, c'est une conséquence de notre époque. Mais c'est aussi lié au fait que tout est vu à travers le prisme politique en raison de cette campagne. Le Président Trump est unique en termes d'attention, de controverses et de fortes réactions générées sur les réseaux sociaux. Ce large intérêt pour la politique concerne tout le monde. 

Cela dépasse largement des personnes passionnées par la politique ; l'intérêt pour la politique s'est répandu à tout le monde. Où que vous regardiez, les médias traditionnels ET les réseaux sociaux vous inondent d'informations. Vous ne pouvez pas y échapper. L'attrait pour la politique transcende toutes sortes de groupes sociaux. Il n'y a pas que les intellectuels qui soient intéressés, que ce soit à gauche ou à droite. 

La gauche est-elle davantage mobilisée sur les réseaux sociaux ? 

Gauche et droite ont un investissement équivalent dans le domaine. Mais ce qui est très intéressant, c'est que vous voyez un même fait commenté de manière totalement différente à gauche et à droite. Par exemple, les aveux de Donald Trump sur le fait qu'il savait depuis février que le virus était très dangereux. 

Pour les démocrates, cette révélation dans les enregistrements de Bob Woodward est une bombe, une preuve que le Président a intentionnellement menti au public. Chez les républicains, on prend les mêmes déclarations, et on affirme qu'en tant que chef du pays ("commander-in-chief"), Donald Trump a fait son devoir pour éviter de créer la panique au sein de la population. Par exemple, le commentateur conservateur de Fox Sean Hannity a comparé Donald Trump à Franklin Delano Roosevelt et à la manière dont il a géré la Grande Dépression :

Est-ce que le Président Roosevelt a attisé le feu de la misère ? A-t-il provoqué la panique et l'angoisse ? Non, il a en fait rallié une Nation lorsqu'il le fallait. Il a tout fait pour rendre les Américains optimistes et leur éviter de céder à la panique.

Sur les réseaux sociaux, on a l'impression de voir deux pays différents...

Oui, vous voyez deux narrations basées sur le même fait qui, au départ, est exact. Les réseaux sociaux autorisent chacun d'entre nous à créer sa propre bulle et, finalement, nous avons deux visions totalement différentes d'un même pays. Nous sommes entourés de voix un peu plus fortes qui amplifient notre vision du monde. Vous avez ces deux sphères complètement distinctes. C'est l'une des limites, l'une des inquiétudes au sujet des réseaux sociaux. Ils amplifient les divisions entre des gens qui vivent dans un même pays, qui ont accès aux mêmes informations, aux mêmes faits mais qui voient des choses complètement différentes.