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Les réfugiés sont aussi des cerveaux

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La photo qui orne les bureaux du programme Pause au Collège de France
La photo qui orne les bureaux du programme Pause au Collège de France

Depuis plus d'un an, à l'initiative de l'ancien ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, Thierry Mandon, la France accueille les chercheurs en danger. Ce programme dispose d'un budget de trois millions et demi d'euros par an et prend en charge une centaine de chercheurs exilés.

Accueillir les chercheurs exilés, les États-Unis, la Grande Bretagne et l’Allemagne le font depuis parfois des décennies. En s'inspirant de leur dispositif la France a créé le programme Pause, le programme national d'aide à l'accueil en urgence des scientifiques en exil. L'idée : sauver des hommes et des femmes des dangers qu'ils encourent dans leur pays d'origine en permettant à divers laboratoires de recherche d'enrichir leur offre. 

Les réfugiés sont aussi des cerveaux

2 min

Un programme pour l'instant réservé à l'enseignement supérieur

Au départ le ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche a voulu répondre à la mobilisation disparate mais forte des chercheurs français pour leurs homologues mis en danger, notamment en Syrie et en Turquie.  L'alerte avait été donnée en 2015 par des archéologues français pour leurs collègues syriens. Ces chercheurs demandaient que soit organisé un accueil en France, parce que tous leur collègues fuyaient vers l'Allemagne, (où ils sont accueillis par la fondation Humboldt).

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L'idée, c'était de changer le regard sur les migrants. Ce ne sont pas des gens qui prennent, mais des gens qui apportent énormément en termes économiques et scientifiques à notre pays. S'ils n'ont plus la possibilité de mener leurs recherches à bien, c'est une très grosse perte pour le patrimoine. - Laura Loheac, responsable du programme Pause.

Laura Loheac, responsable du programme Pause au Collège de France
Laura Loheac, responsable du programme Pause au Collège de France

Le ministère a donc mis sur la table dés la fin 2016, un million d'euros et trois postes qu'il a rattachés au collège de France avec pour mission  de mettre en relation les établissements de recherche avec des chercheurs en danger, leur proposer un poste d'enseignement ou de recherche et des outils d'intégration (cours de français, aide au logement, etc.).

Une chance inouïe pour les lauréats du programme

Après un an d'existence et trois appels à candidature, le programme a ouvert la porte à 98 chercheurs dont 60 % de Turcs, 48 % de femmes et un tiers de chercheurs en sciences exactes pour deux tiers en sciences humaines.

Premier bilan du programme d'accueil des chercheurs en exil
Premier bilan du programme d'accueil des chercheurs en exil
- Pause

En moyenne les chercheurs réfugiés disposent de 35 000 euros, par an, pris en charge par le Collège de France et par l'établissement qui les accueille. Mais ce n'est pas une bourse. Chaque dépense est budgétée avec des justificatifs. 

Mohammed Al Salahi est Yéménite. Chercheur en Littérature yéménite il s'est engagé pour les droits humains dans le Yémen en Guerre depuis 2011. Il a fui son pays en novembre dernier parce qu'il était cerné et vivait caché. C'est son réseau de chercheurs amis qui lui a permis d'être lauréat du programme Pause. Aujourd'hui, il enseigne le yéménite à l'Inalco, a trouvé un petit appartement dans la banlieue parisienne et apprend le français grâce à des amis chercheurs.

Mohammed Al Salahi et son amie Marcella Rubino, enseignante en arabe à la Sorbonne
Mohammed Al Salahi et son amie Marcella Rubino, enseignante en arabe à la Sorbonne
© Radio France - Cécile de Kervasdoué

J'ai conscience d'avoir beaucoup de chance par rapport à la majorité des réfugiés. Je n'ai pas subi la migration clandestine, je suis arrivé avec un travail, j'ai des amis. Je n'ai eu aucune difficulté dans mon exil. - Mohammed Al Salahi, chercheur yéménite

Même son de cloche chez Esmaray Yogun, chercheure turque en Sciences humaines qui a rejoint le Cnam pour mener une recherche sur l'accueil des réfugiées hautement qualifiées en Europe. 

Bien sûr je suis loin de chez moi, mais la France est en train de devenir mon chez moi. En Turquie, je ne pouvais plus travailler et j'étais isolée pour avoir signé une tribune qui demandait la paix. 

Esmeray Yogun, fait partie des nombreux chercheurs turcs mis en danger par le régime d'Erdogan et réfugiés en France
Esmeray Yogun, fait partie des nombreux chercheurs turcs mis en danger par le régime d'Erdogan et réfugiés en France
© Radio France - Cécile de Kervasdoué

Alors pourquoi ne pas ouvrir ce programme au monde culturel ? C'est petit à petit ce qui est en train de se produire mais sans publicité. En piochant dans des crédits encore non-alloués, le ministère de la Culture a pu participer au programme Pause à hauteur de 200 000 euros pour 2018. 

Cette année donc, des écoles d'architecture ou de dessin vont pouvoir accueillir des doctorants et/ou des chercheurs en exil. Mais l'objectif c'est d'ouvrir le programme aux artistes étrangers parce que c'est dans la tradition française et c'est ce qui fait son rayonnement culturel. C'est le propos de Luc Gruson, longtemps directeur du musée national de l'immigration, il est aujourd'hui en charge de l'accueil des migrants, rue de Valois.

Accueillir les artistes réfugiés. Luc Gruson traite la question des migrants au ministère de la culture

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