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Les repentis de Facebook

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Depuis août dernier, d'anciens cadres de Facebook critiquent ouvertement le réseau social et dénoncent un "effet nocif".
Depuis août dernier, d'anciens cadres de Facebook critiquent ouvertement le réseau social et dénoncent un "effet nocif".
© Maxppp - Jens Buettner

Une vidéo agite le net depuis quelques jours. Un ancien vice-président de Facebook y affirme que le réseau social est "en train de détruire la société". Il le qualifie même de "merde". Ce n’est pas une première et Barack Obama en personne a exprimé publiquement ses inquiétudes il y a peu !

Les chiffres donnent le vertige. Facebook revendiquait deux milliards d’utilisateurs actifs en juin dernier, sachant que la population mondiale est de 7,4 milliards d’êtres humains. En France, 25 millions de personnes se connecteraient chaque jour sur la plateforme et remontent leur fil d’actualité. Mais son image commence à pâtir de critiques et d'inquiétudes venant d'anciens hauts cadres du réseau social et même de Barack Obama !

Le côté obscur de Facebook

Depuis plusieurs semaines, des voix s’élèvent, et pas n’importe lesquelles : d’anciens cadres de Facebook s’interrogent sur le côté néfaste du réseau social. Le dernier date d’il y a quelques jours. Chamath Palihapitiya a travaillé en tant de vice-président en charge de la croissance de l’audience de Facebook en 2007. Il a quitté son poste en 2011, en claquant la porte. Lors d’un débat organisé en novembre par la Stanford Graduate School of Business, signalé par The Verge, l’ancien cadre avoue ressentir "une immense culpabilité", il explique qu’il interdit à ses enfants d’utiliser "cette merde" :

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Je me sens extrêmement coupable. Nous avons créé des outils qui déchirent le tissu social qu’avait fondé notre société. C’est vraiment là où nous en sommes. Vous n’en n'avez pas conscience, mais vous êtes programmés. Maintenant, c’est à vous de décider à quel point vous êtes prêts à renoncer à votre indépendance intellectuelle. Nous organisons notre vie autour de cette fausse image de la perception, parce que nous sommes récompensés par des signaux instantanés "cœur, "likes", pouce bleu", et on leur donne de l’importance. Et on les confond avec la vérité, c’est juste mauvais. 

Quelques minutes plus tard, devant la même assemblée, l’ancien vice-président a tout de même nuancé ses propos en indiquant que Facebook faisait "majoritairement du bien dans le monde".

Jusqu'à présent silencieux face aux critiques, Facebook a cette fois pris la peine de répondre à son ancien cadre via un communiqué : 

En grandissant, nous avons réalisé combien nos responsabilités avaient grandi aussi. Nous prenons notre rôle très au sérieux et nous travaillons très dur pour nous améliorer. Nous avons beaucoup travaillé avec des experts extérieurs et des universitaires pour comprendre les effets de nos services sur le bien-être. (...) Nous sommes prêts à réduire nos profits pour être sûrs que les bons investissements soient faits.

"L'exploitation de la vulnérabilité de l'humain et sa psychologie”

Mais l’inquiétude exprimée publiquement n’est pas isolée. Début novembre, elle est aussi venue de celui qui fut l'éminence grise du réseau à ses débuts ! Sean Parker, le co-fondateur de Facebook, et ancien président, confiait "Dieu sait ce que ça fait au cerveau de nos enfants". "Les inventeurs, les créateurs – comme moi, Mark Zuckerberg, Kevin Systrom, d’Instagram, et tous ces gens - avions bien compris cela, c’était conscient. Et on l’a fait quand même", ajoute-t-il.

L’influence et l’exploitation du réseau social sur la psychologie de l’utilisateur revient également dans la bouche de celui qui dit continuer à utiliser le réseau, mais sans que le réseau ne l'utilise ! 

Nous donnions un peu de dopamine à l'utilisateur de temps à autre, lorsque quelqu'un "like" ou commente une photo par exemple. Ce qui vous donnera envie de poster plus de contenu, qui rapporteront plus de "likes" et de commentaires, etc. 

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6 min

Critique de l’économie de l’attention

L’un des créateurs du bouton "like", "j'aime", Justin Rosenstein, ancien développeur chez Facebook, dit être conscient d’avoir encouragé le développement de l’économie de l’attention. Il plaide pour une désintoxication des réseaux sociaux.

L’économie de l’attention, est, selon le chercheur Yves Citton, basée sur nos sociétés actuelles, riches en informations : 

Nous avons tous désormais accès à une quantité d’informations pertinentes bien supérieure aux capacités attentionnelles dont nous disposons pour en prendre connaissance. Il convient donc de mettre au premier plan de nos analyses une nouvelle rareté : l’attention. Cette rareté se situe du côté de la réception des biens culturels, et non plus seulement du côté de leur production. Tout le monde sait que la principale difficulté, aujourd’hui, n’est pas tant de produire un film, un livre ou un site web, que d’attirer l’attention d’un public submergé de propositions, souvent gratuites, plus attrayantes les unes que les autres.

Dans le cas de Facebook, l’idée pour l’entreprise est d’attirer le plus possible l’internaute, de capturer le maximum de son temps de cerveau disponible, via par exemple le "j’aime", les notifications etc. 

"On a renoncé à avoir le choix"

"Facebook et les autres services de ce type se développent de plus en plus contre les gens", affirmait ce jeudi Sébastien Soriano, le président de l’Autorité de Régulation des Communications Électroniques et des Postes (ARCEP), dans les Matins de France Culture

Nous sommes dans une économie de l’attention, donc ce qui est monétisé, c’est le temps que peuvent passer les gens à scruter des choses. Que peut-on faire contre cela ? Ce qui me fascine avec les géants de l’Internet, c’est que l’on a renoncé à une chose simple : avoir le choix. Il faut réintroduire l’autodiscipline du marché.

Réintroduire de la concurrence permettrait, selon le président de l’ARCEP, d'encourager les alternatives, "qui seront plus éthiques et respecteront mieux les individus". 

Agir sur le marché ? Non, rétorque Benjamin Bayart. Pour le président de la Fédération des Fournisseurs d’Accès à Internet associatifs et cofondateur de la Quadrature du net :

Il y a en fait un problème d’inversion de valeurs. Sur Facebook, vous êtes la marchandise, pas le client. Donc, Facebook sert les intérêts de ses clients en vendant la marchandise le moins cher possible, quitte à la maltraiter. C’est ce que font tous les commerçants. Un commerçant, ça sert son client. 

Benjamin Bayart propose plutôt de rendre les réseaux sociaux payants : 

Si Facebook me propose de m’abonner à deux, trois euros par mois, j’arrêterai d’être une marchandise publicitaire. Or, ce modèle n’existe pas à l’heure actuelle, et il est même dissuadé. Car la grande masse économique, les investisseurs, ont besoin de la publicité. Car derrière les grands réseaux sociaux qui vivent de publicité, il y a les grands industriels. Ce n’est pas seulement Facebook qui est en fait la pointe qui vous transperce et vous fait du mal, mais derrière, il y a des gens qui poussent. Tous les gens qui ont besoin d’acheter votre attention parce qu’ils veulent vous vendre, ils veulent vous expliquer qu’une voiture c’est plus écologique que de marcher à pied. Ils ont besoin de vous répéter beaucoup le faux message pour que vous finissiez par l’avaler.

4 min

Et qu’en pense Mark Zuckerberg lui-même ? 

Le patron de Facebook, assis sur un empire, avec une fortune qui le place parmi les plus riches de la planète, presque 50 milliards de dollars, pourrait bien être contaminé par cette vague d’inquiétude. Le trentenaire à qui certains prêtent des envies de Maison Blanche ne l'a bien sûr pas exprimé publiquement. Mais c’est ce qu’a rapporté Barack Obama, début décembre, lors de sa conférence à Radio France

Je m'inquiète parce qu'aux Etats-Unis cela devient la plateforme principale par laquelle les nouvelles sont transmises et reçues par les gens. Et donc, je connais bien Mark Zuckerberg, c'est une personne extraordinaire, il a une véritable inquiétude, authentique, sur le rôle de Facebook. Et il veut encourager une communauté démocratique. Mais à l'heure actuelle, le processus des algorithmes et les mécanismes par le biais desquels les informations sont distribuées dans Facebook renforcent les problèmes. A savoir que si vous êtes un conservateur vous n'allez avoir que les nouvelles qui vous concernent. Donc vous êtes soumis à des formes de propagandes. Et pour moi, c'est une inquiétude démocratique à avoir.

À réécouter : L'attention, travaux
30 min

"Facebook, les algoritmes, les mécanismes de diffusion de l'information, c'est une inquiétude démocratique à avoir"

1 min

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