Publicité

Les "Réunionnais de la Creuse" auditionnés

Par
"Enfants de la Creuse" devant l'Assemblée nationale pour demander la reconnaissance de la responsabilité de la France dans leur migration forcée (18/02/2014)
"Enfants de la Creuse" devant l'Assemblée nationale pour demander la reconnaissance de la responsabilité de la France dans leur migration forcée (18/02/2014)
© AFP - Eric Fererberg

Ce vendredi et ce dimanche, une commission d'information va entendre les anciens enfants réunionnais déplacés en métropole, entre 1963 et 1982, pour repeupler les territoires ruraux. Retour sur l'histoire de cette migration forcée avec un documentaire de "La Fabrique de l'histoire".

Les “enfants de la Creuse” : c’est ainsi que l’on appelle ces enfants de La Réunion, déplacés en métropole entre 1963 et 1982 afin de repeupler des départements touchés par l’exode rural - et notamment la Creuse. Ils seront auditionnés vendredi 6 janvier à Paris et le 8 janvier à Guéret (dans la Creuse) par la Commission nationale d'information et de recherche historique, chargée depuis février 2016 d’enquêter sur cette migration forcée.

Ces déplacements d'office avaient été remis en lumière en 2002, quand certains de ces enfants avaient porté plainte contre l’État. C'est sur cet épisode, alors relaté par les journaux de France Inter, que débute Les pupilles réunionnais : un aller sans retour pour la métropole, un documentaire de Jean-Louis Rioual et Renaud Dalmar diffusé dans La Fabrique de l’histoire le 30/03/2010.

Publicité

Les pupilles de la Réunion : un aller sans retour pour la métropole

52 min

A l’origine de cette politique, il y a Michel Debré, alors député gaulliste de La Réunion. Confronté à la crise de l'île, marquée par la grande pauvreté et le chômage, Michel Debré préconise la ponction d'une partie de la jeunesse réunionnaise qu'il fait venir en métropole, surtout dans les zones rurales (Creuse, Lozère, Gers, Lot, etc.). La préfecture de La Réunion et le service de la DDASS sont chargés d'orchestrer le travail de terrain consistant à choisir les enfants « abandonnés » ou délinquants dont on ne sait que faire, d'en faire des « pupilles de l'Etat », de les placer dans des institutions, des familles d'accueil ou d'adoption, en France métropolitaine.

Ce documentaire raconte la figure emblématique de Michel Debré et sa vision de la France, de la République, une certaine idée d'Empire dans cette île du bout du monde. Le zèle administratif de certains fonctionnaires convaincus d'enlever des enfants à la misère mais aussi motivés par la politique du chiffre. Sans oublier le traumatisme irréversible de ces jeunes qui ont été coupés de leurs origines.

En 1965, devant l'école du village de Quézac en Lozère
En 1965, devant l'école du village de Quézac en Lozère
- Génération Brisée-Jean-Charles Pitou

Lancée par l'ancienne ministre des Outre-mer George Pau-Langevin, la Commission nationale d'information et de recherche historique d’experts est présidée par le sociologue, Philippe Vitale, spécialiste de cette question et co-auteur de Tristes tropiques de la Creuse. A ses côtés, deux historiens (Gilles Gauvin et Prosper Eve), un ancien député de la Réunion (Wilfrid Bertile) et un ancien fonctionnaire de l'Igas, l'Inspection générale des affaires sociales (Michel Verneray).
Les premières auditions à la Réunion ont permis d'établir que plus de 2000 enfants avait été concernés. La commission doit les aider à retracer leurs parcours et à faire face aux difficultés qu'ils rencontrent aujourd'hui (comme accéder à leur dossier). Et éclaircir les conditions de ces transferts.