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Les stocks options de la BNF

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L’édition française va bien, au moins en termes de quantité. En 2014, pas moins de 80 000 livres ont été édités (ou auto-édités), dans l’espoir, pour les maisons d’édition, de proposer des collections éclectiques ou de mettre la main sur le livre qui sera le prochain succès de publication. Ces milliers d’ouvrages, année après année, la Bibliothèque nationale de France a pour mission de les stocker et de les archiver afin de les rendre disponibles pour le public. Un projet pharaonique, quand la production annuelle vient s’ajouter aux 40 millions d’oeuvres qu’elle abrite déjà en son sein.
Tous les matins, c’est le même rituel. Dans les sous-sols de la Bibliothèque nationale de France (BNF) du site François Mitterrand, une camionnette jaune à l’emblème de La Poste arrive à 8 h 30, décharge des chariots puis repart. Dans ces chariots, des livres et des périodiques déposés pour le département du dépôt légal afin d’être triés puis disposés sur les nombreux rayonnages de la BNF.

Arrivée des livres et périodiques au Département du dépôt légal.
Arrivée des livres et périodiques au Département du dépôt légal.

Si quotidiennement les collections de la BNF s’enrichissent de nouvelles acquisitions, c’est parce que, depuis 1537, il est obligatoire de déposer plusieurs exemplaires des documents produits. “C'est une institution multiséculaire. Le dépôt légal a été créé par François Ier pour permettre la conservation de tout ce qui était édité par les libraires à l’époque , retrace Hélène Jacobsen, directrice du département du dépôt légal. L’institution de dépôt légal s’est adaptée au fil des siècles, au fur et à mesure de l’apparition de nouveaux supports de production culturel ” :

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Hélène Jacobsen, directrice du Département du dépôt légal.
Hélène Jacobsen, directrice du Département du dépôt légal.

Chaque jour les nouveaux documents parcourent un chemin identique : ils sont triés, vérifiés. “On les emmène au service de la bibliographie nationale française où ils sont catalogués et ensuite les ouvrages sont transférés aux départements de collection, qui leur attribuent une cote, un numéro d’exemplaire et les rangent en magasins ”, précise Hélène Jacobsen.

40 millions de documents à stocker
En 2014, pas moins de 80 000 livres et 278 000 périodiques ont été classés et rangés de la sorte. Des chiffres pharaoniques, qui donnent le sentiment d’un tri quasi industriel des ouvrages reçus :

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Chaque année, ce sont environ 670 000 documents de tous genres (sons, vidéos,cartes, photos, multimédia, etc.) qui viennent s’ajouter aux 40 millions déjà en possession de la BNF, grâce au dépôt légal mais aussi par acquisition ou par don. Au sommet des hautes tours de Tolbiac, entre les 7e et 18e étages, les magasins suffisent à archiver l’immense majorité de ces documents.

Une mission d’archivage… et de conservation

Bien plus bas, au pied de ces tours de 79 mètres de haut, dans les sous sols de la BnF, la Réserve des livres rares et précieux regroupe plus de 200 000 ouvrages imprimés parmi lesquels les incunables, des formats inhabituels voire certains ouvrages jugés “licencieux”.

C’est [Joseph] Van Praet le premier à avoir fait cette sélection, au XVIIIème siècle ”, raconte Françoise Le Bars, responsable de la conservation des collections de la Réserve :

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La collection de la Réserve s’est récemment étoffée. Depuis 2011, le site historique de la BNF, le “quadrilatère Richelieu”, où sont hébergés tous les manuscrits, est en cours de rénovation pour une remise aux normes visant à assurer une conservation optimale des 20 millions de documents qui y sont entreposés. Pour faciliter les travaux, les collections du site de Richelieu ont été divisées sur plusieurs sites.

Des livres rares, dans la salle Van Praet de la Réserve.
Des livres rares, dans la salle Van Praet de la Réserve.

A l’occasion du déménagement du site Richelieu sur le site Mitterrand, nous avons fait un véritable récolement des livres qui pouvaient passer à la Réserve, de façon plus adéquate que dans les magasins généraux ”, explique Françoise Le Bars. Près de 50 000 ouvrages ont ainsi porté la collection de la Réserve à un total d’environ 250 000 références.

Pour prendre soin des documents, qu’ils soient rares ou non, tous les magasins de la BNF ont une température et une hygrométrie stables, comme l’explique Françoise Le Bars :

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285 kilomètres de stockage
Méconnu du grand public, le Centre de technique de conservation de Bussy-Saint-Georges est l’autre lieu qui a accueilli une partie des documents de Richelieu. Là où la BNF permet de stocker 285 kilomètres linéaires d’ouvrages, la bibliothèque Richelieu et le Centre technique ne peuvent abriter “que” 40 kilomètres linéaires. Les collections envoyées au Centre technique de Bussy sont celles qui sont peu susceptibles d’être demandées. Sur les étagères des magasins, faisant parfois jusqu’à 9 mètres de hauteur, beaucoup de presse ancienne, des monographies voire des manuscrits, qui n’ont pas vocation à être consultés sur place.

Ce que nous avons comme stockage qui est moins connu, c’est la filmothèque, c’est-à-dire tous les documents mis sur microfilms ou microfiches, précise Gilles Beddok, chef du Centre technique de conservation. Ce sont des originaux qui ont été faits depuis la Seconde Guerre mondiale jusqu’à aujourd’hui. On gère tout ce qui a été produit sur support argentique. Ca c’est la filmothèque générale, entièrement à Bussy, c’est 1 300 000 documents.

Avant de stocker, comme son nom l’indique, l'objectif du Centre technique de conservation est avant tout d'entretenir puis réparer les livres. “On a un laboratoire scientifique et technique très spécialisé sur ce qui touche les collections ”, détaille Gilles Beddok :

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L’objectif principal du Centre technique de conservation est de réparer les collections en restaurant les livres ou le papier (affiches, tracts, etc.). “Pendant un moment, ici ça s’est appelé l’Hôpital du livre, se rappelle Gilles Beddok. On préserve aussi les documents en les communiquant moins, car on va les numériser ou les reproduire sur support argentique. C’est ce qu’on appelle la préservation des documents : c’est 1 300 000 images par an, dont 70 % de numérisation ”.

Numériser les ouvrages et archiver le web
La numérisation des ouvrages est devenue un enjeu de taille. C’est la raison même de l’existence - et du succès - de Gallica, la bibliothèque numérique. Dix-sept ans après son lancement, en 1997, Gallica dispose ainsi de plus de 3 millions de livres consultables en ligne, ou à la BNF même lorsqu’ils ne sont pas libres de droit.

Des indications, sur un mur de la BNF.
Des indications, sur un mur de la BNF.

Depuis 2006, en plus de la numérisation des ouvrages, le département du dépôt légal a également une mission de taille : collecter et conserver les sites internet du domaine français, c’est-à-dire les sites dont l’extension est celle du territoire français (.fr, .re, .nc, etc.) ou dont les contenus sont produits en France. Chaque année, comme l’explique Hélène Jacobsen, ce sont ainsi plus de 120 terraoctets de données qui sont “moissonnées” automatiquement à l’aide de robots :

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Les archives web de la BNF se comptent maintenant en petaoctets, d’autant que les e-books, ou livres numériques, sont soumis aux mêmes modalités que celles du dépôt légal d’Internet. Mais s’il existe une version papier ou électronique (USB, CD-rom) du document, elle est également soumise au dépôt légal “classique”, un format ne se substituant pas à un autre.

La nécessité de classer le web et les documents numériques augmente considérablement le champ d’action de la BNF. Non seulement la masse totale des documents croît constamment, mais surtout la quantité et le type de documents à indexer augmentent d'une année sur l'autre. Conçu en 1995, le site François Mitterrand avait été pensé pour anticiper l’accroissement constant des collections : qu’il s’agisse de magasins ou de serveurs ce n’est, dans l’immédiat, pas la place qui manque.