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Les vendanges sous le signe du réchauffement climatique

Les températures caniculaires ont fait souffrir les vignes.
Les températures caniculaires ont fait souffrir les vignes.
© Radio France - Nicolas Balu

Les vendanges sont particulièrement précoces dans le vignoble français. Elles ont déjà démarré dans le Mâconnais, le Bordelais notamment avec plusieurs semaines d'avances, sous l'effet du réchauffement climatique. En Bourgogne les vignerons sont contraints de s'adapter.

Année après année, les vignerons bourguignons constatent le réchauffement climatique : lors de la canicule de 2003, Olivier Fichet, viticulteur dans le Mâconnais, à Igé, en Saône et Loire, avait sorti les sécateurs autour du 19 août . Cette année, il l'a fait une semaine plus tôt, record battu, avec également un mois d'avance par rapport à l'an dernier. Plus au nord, à Meursault, Thiebault Huber constate  : 

Mon grand-père a été vigneron entre 1928 et 1976, il a vendangé une seule fois au mois d'août. Je me suis installé en 1994 et pour moi c'est la huitième.

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Le réchauffement du climat a pour première conséquence d'accentuer le niveau de sucre des raisins. Les accidents de maturité se font plus rares. Si les vignerons insistent sur la qualité des millésimes, des vendanges précoces signifient pour l'instant une perte de chiffres d'affaire. Et certains cépages souffrent, particulièrement le pinot noir. Petit raisins, grillés par le soleil, l'eau s'est évaporée. Isabelle Bouchard, viticultrice  à Bussey-Sous-Cruchaud, près de Chalons-sur-Saöne déplore. 

Nous n'avons pas de pieds de vignes faits pour résister à la chaleur, comme dans le Midi.    

Le pinot noir ou l'aligoté souffrent plus que le chardonnay.
Le pinot noir ou l'aligoté souffrent plus que le chardonnay.
© Radio France - Nicolas Balu

Mais le réchauffement climatique se traduit aussi bien par la grêle, que par le fort gel ou la chaleur. Un viticulteur peut perdre 80% de sa récolte d'une année sur l'autre. Une catastrophe économique qui contraint les vignerons a repenser leur modèle. Selon Thiebault Huber, également président de la Confédération des Appellations et des Vignerons de Bourgogne :  

La vigne n'est plus plantée pour le temps d'une vie. Une vigne, on ne l'amortit plus en 30 ou 40 ans, il faut l'amortir sur 10 ans. 

Des recherches doivent être lancées sur les pieds de vignes (les "portes greffes"), qui ont été éclipsées pendant trente ans au profit de la recherche phytosanitaire. Encore faut-il trouver des financements. Un groupe de travail a été lancé associant vignerons, experts techniques agronomes et économistes. Et c'est aussi le modèle économique auquel les viticulteurs sont obligés de réfléchir et l'accompagnement financier. La solution ? Pour le moment, elle n'existe pas selon Thiebault Huber. Autre défi, les virus se font plus présents, les arrachages de vignes plus fréquents. 

Le vignoble augmente d'une centaine d'hectares chaque année et pourtant, le rendement est de plus en plus faible. 

En attendant de trouver des solutions techniques - estimées à l'horizon de la décennie - et financière, le métier des vignerons change et modifie l'organisation du travail, selon Olivier Fichet. Le temps pour travailler la vigne se réduit en hiver comme en été. 

Des vendangeurs dans un domaine de Volnay
Des vendangeurs dans un domaine de Volnay
© Radio France - Thomas Nougaillon