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Les ventes d'armes dans le monde se portent bien malgré la crise

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Un militaire sud-africain teste un système de lancement de missile ultra court en 2014. L'Afrique du Sud qui développe de plus en plus sa propre industrie d'armement.
Un militaire sud-africain teste un système de lancement de missile ultra court en 2014. L'Afrique du Sud qui développe de plus en plus sa propre industrie d'armement.
© Maxppp - Zhai Jianlan / Xinhua News Agency / Newscom

La face cachée du globe. Les États-Unis, la Russie et la France forment le trio de tête des pays qui exportent le plus d’armes. Les pays du Moyen-Orient sont les premiers importateurs, alors que plusieurs pays importateurs se sont lancés dans la fabrication. Des ONG demandent davantage de transparence à la France.

Le Sipri, l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm, a publié en début de semaine son rapport sur les dépenses militaires mondiales. Les exportations d'armes sont restées stables en volume sur la période 2016-2020 par rapport à la période 2011-2015, rapporte l'organisme, qui privilégie des données sur cinq ans pour une meilleure représentation. Une stabilisation inédite depuis le début du siècle qui s'explique notamment par le fait que plusieurs pays importateurs se sont lancés dans la fabrication. Quand les exportations d'armes de l'Hexagone ont bondi de 44% pendant ces quatre années.

Mais les exportations d’armes dans le monde restent proches de leur niveau le plus élevé depuis la fin de la guerre froide en 1991. Et les ONG demandent davantage de transparence et de contrôle parlementaire sur ces ventes d’armes. 

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Nathalie Hernandez s'est entretenue avec Tony Fortin, chargé d'études à l'Observatoire des armements.  

La stabilisation dont parle le Sipri ne veut pas dire pour autant qu'on vend moins d'armes dans le monde ? 

Pour un certain nombre de pays exportateurs tels que la Russie, la tendance est à la hausse d'un point de vue structurel et même, on peut aussi l'évoquer pour l'ensemble des exportateurs d'armes. On est sur une tendance qui est la poursuite de ses exportations, puisque le Moyen-Orient importe à peu près 25% en plus d'armements par rapport aux quatre années précédentes.  

On constate donc encore le risque que cela alimente des zones de crise et de conflits liés au Moyen-Orient.

Les dix plus gros vendeurs et acheteurs d'armes dans le monde, d'après le Sipri.
Les dix plus gros vendeurs et acheteurs d'armes dans le monde, d'après le Sipri.
© AFP - John Saeki

À lire aussi : Les exportations d’armes russes se tournent vers une nouvelle clientèle

On remarque que plusieurs pays se sont lancés dans leur propre fabrication ?

C'est évidemment la conséquence de nos exportations d'armement. On leur transfert toute une partie des technologies et on voit apparaître effectivement un certain nombre de pays qu'on connait bien. Tels que les Émirats arabes unis, l'Afrique du Sud qui n'auraient pas pu développer une telle industrie. Et dans le cas des Émirats arabes unis, ils n'auraient pas pu mener des opérations militaires si on n'avait pas exporté autant de technologie ces soixante dernières années.

On voit aussi que l'Allemagne a plus acheté d'armements sur ces quatre dernières années ?

Oui, tout à fait. L'Allemagne est sur une tendance à la hausse. On en parle dans notre rapport sur le contrôle des exportations d'armes. Non seulement l'Allemagne exporte, mais en plus elle a appliqué un moratoire sur les ventes d'armes à l'Arabie saoudite et aux Émirats, qui est insuffisant et qui ne permet pas d'agir sur ces tendances lourdes. 

On constate cependant qu'un débat augmente sur les exportations d'armes en Allemagne, effectivement sur ces tendances lourdes. Avec un très fort investissement des députés qui a quand même abouti à des résultats tels que l'annulation d'un contrat de vente de chars vers l'Arabie saoudite en 2013 et surtout une chute drastique des exportations d'armes légères vers les pays tiers. Or on sait que ces armes légères alimentaient un grand nombre de pays en guerre tels que la Colombie, l'Arabie saoudite et qu'elles sont responsables d'énormément de victimes civiles. Même si cela représente peu en volume - plusieurs dizaines de millions d'euros - cela a quand même un effet sur les populations civiles. 

Vous avez comparé le contrôle parlementaire sur les exportations d'armement dans trois pays, dont l'Allemagne, les Pays-Bas et le Royaume-Uni, quel est le résultat de cette étude ?

C'est vrai que les pays, au début, étaient au même niveau de transparence et de contrôle. Ils ont mis en place, suite au scandale de l'Angolagate, du Rwanda, de la guerre du Golfe, un rapport annuel qui détaillait le montant des exportations d'armement. Tout cela sous la pression de la société civile. Il existe des systèmes de notification de décisions d'exportation en Allemagne et aux Pays-Bas qui permettent en effet aux parlementaires d'être informés sous quinze jours dès lors qu'il y a une décision d'exporter de l'armement. D'autre part, quand ils posent  une question à leur gouvernement, ils reçoivent des réponses très détaillées. Tout cela aboutit à inverser la charge de la preuve. 

C'est ce qu'on explique dans le rapport réalisé avec la Fondation Rosa Luxemburg, c'est-à-dire qu'en France, c'est aux ONG, aux parlementaires, de prouver que la France a bien vendu tel armement suspect à tel pays. Alors que dans ces pays là, c'est au gouvernement de se justifier. Cela pousse le gouvernement, au final, à mener une politique plus restrictive. 

Par exemple, aux Pays-Bas, sur la guerre au Yémen, il a été appliqué un principe de présomption de refus d'exportation. Il s'applique vis-à-vis de l'Arabie saoudite, des Émirats arabes unis et de l'Égypte.  

En Allemagne, il n'y a pas un dispositif institutionnel très élaboré. Par contre, il y a un certain nombre de députés, issus des partis Die Linke et Verts, qui posent énormément de questions très documentées au gouvernement. Ils font tout un travail de suivi et cela pousse vraiment le gouvernement à se justifier et à donner les détails sur un certain nombre de contrats d'armement. 

Des militants d'Amnesty international rassemblés sur la place de la République, à Paris, contre les ventes d'armes par la France pour les pays en guerre, dont le Yémen. Le 25 février 2021.
Des militants d'Amnesty international rassemblés sur la place de la République, à Paris, contre les ventes d'armes par la France pour les pays en guerre, dont le Yémen. Le 25 février 2021.
© Maxppp - Sadak Souici

Enfin au Royaume-Uni, il y eu là aussi des décisions récentes ? 

Ce qui intéressant, c'est que la société civile s'est très tôt mobilisée sur ce sujet puisque le Royaume-Uni est un des principaux fournisseurs d'armes à l'Arabie saoudite dans cette guerre au Yémen, notamment de bombes responsables de massacres. Les associations ont mené une action de justice auprès de la cour britannique. Avec succès, puisqu'en 2019, la Cour d'appel britannique a ordonné la suspension des ventes d'armes à Riyad, elle a demandé au gouvernement britannique de réévaluer ses décisions d'exportation, que ces dernières ne se basent pas uniquement sur des informations données par l'Arabie saoudite. 

À lire aussi : Selon une note classée "confidentiel défense", des armes françaises sont bien utilisées au Yémen

Ailleurs dans le monde

2021 : l’année internationale de l’élimination du travail des enfants

L’Assemblée générale de l’ONU a décidé de faire de cette année 2021 l’année internationale de l’élimination du travail des enfants. Le travail des enfants et le travail forcé vont généralement de pair. Aujourd’hui, dans le monde, un enfant sur dix travaille sous la contrainte. En Europe, le travail forcé des enfants était en baisse mais depuis la crise du Covid, il recommence à augmenter.

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Ces petites mains représente une force de travail qui génère 150 milliards de de dollars de profit illicite selon l’OIT, l’organisation internationale du travail. L’OIT, Cartooning for peace et l'ONG Ressources humanitaires sans frontières ont lancé un concours de dessins pour agir contre ce fléau. Martine Combemale, fondatrice et présidente de RHSF :

Martine Combemale : " le dessin permet de donner un outil pédagogique sur ce qu'est le travail forcé des enfants"

1 min

Éthiopie : un premier pas vers la vérité

Une femme est assise à côté d'un lit pillé à l'hôpital général de Wukro, prétendument par les forces érythréennes, dans la ville de Wukro, au nord de Mekele, le 28 février 2021.
Une femme est assise à côté d'un lit pillé à l'hôpital général de Wukro, prétendument par les forces érythréennes, dans la ville de Wukro, au nord de Mekele, le 28 février 2021.
© AFP - Eduardo Soteras

Une enquête conjointe Éthiopie-Onu va débuter pour examiner les conséquences humanitaires du conflit du Tigré qui a opposé en novembre dernier les forces de sécurité nationales et les forces du Front de libération du peuple du tigré (TPLF). Des accusations de massacres, de violences sexuelles à grande échelle ont été émises après l’intervention militaire lancée par le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed, prix Nobel de la paix 2019. Plusieurs ONG dont Médecins sans frontières ont constaté que "les hôpitaux, les centres de santé avaient été pillés, vandalisés et détruits de façon délibérée et généralisée pour les rendre non fonctionnel". MSF estime que dans la région du Tigré seuls 13% des établissements de soins peuvent travailler.

À lire aussi : Éthiopie : une lutte historique de cultures politiques territorialisées

USA : la pandémie du Covid tue en prison en silence

A Philadelphie, dans l’état de Pennsylvanie, les prisons cachent la pandémie du Covid-19. Elles ont restreint drastiquement les contacts des prisonniers avec l’extérieur : plus de mail, plus de courrier, plus de visite, ¼ quart d’heure de téléphone par semaine. Depuis le mois de mars, les va-et-vient des gardiens qui entrent et sortent sans être testé anti-Covid contaminent les prisonniers. 1 300 cas d’infections sont recensés, et 100 morts, 96 prisonniers et 4 geôliers. Les prisonniers atteints du Covid se sont plaints de la dégradation de leur état de santé.

Mumia Abu Jamal, prisonnier noir américain,  témoigne de sa dégradation physique. A l'infirmerie de la prison de Philadelphie. Mars 2021.
Mumia Abu Jamal, prisonnier noir américain, témoigne de sa dégradation physique. A l'infirmerie de la prison de Philadelphie. Mars 2021.
- Infirmier

C’est notamment le cas pour Mumia Abu-Jamal, l’un des prisonniers noirs américains les plus connus, citoyen d’honneur de 26 villes françaises dont Paris. Il souffre. Son corps est rongé par la maladie. Les photos prises à l'infirmerie de la prison témoignent de sa dégradation physique. Mumia Abu-Jamal a des éruptions cutanées incessantes qui provoquent de graves lésions et des plaies béantes, donnant à sa peau l’aspect d’un cuir craquelé. Il n’a pas un centimètre carré de son corps qui ne soit couvert de sang et de plaies ouvertes.

Jordanie : les dettes entrainent des peines de prison

Selon la loi jordanienne, si vous ne pouvez plus payer un prêt, vous risquez d'être emprisonné.  L'emprisonnement pour des questions de dettes plane aujourd'hui sur plus de 250 000 Jordaniens. Peu de pays imposent cette peine, la plupart des États l'ont abolie.

Dans de nombreux cas, les gens contractent des prêts pour payer le loyer, les courses, les factures médicales. Mais au lieu d'aider ceux qui en ont besoin, les autorités les jettent en prison, dénonce Human Rights Watch.

L'ONG rappelle les statistiques gouvernementales : "Face à la détérioration de l'économie nationale, le nombre de personnes qui risque d'être emprisonnées pour des dettes impayées a décuplé en seulement quatre ans. Environ 2 630 personnes, soit 16% de la population carcérale jordanienne, se trouvaient derrière les barreaux pour non-paiement de prêts". L'emprisonnement pour dette est controversé en Jordanie. Certains créanciers soutiennent que la sanction serait garante du remboursement. Ce que conteste HRW qui soutient l'abolition "de cette peine qui est extrêmement sévère et viole le droit international des droits de l'homme".

En collaboration avec Caroline Bennetot