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Les vertus sanitaires des films de contagion

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 Assigné à l’isolement ce type de film nous permet de vivre une communion émotionnelle à distance. Allociné
Assigné à l’isolement ce type de film nous permet de vivre une communion émotionnelle à distance. Allociné
- SL

#LaThéorie. Si La Peste de Camus a enregistré un pic de ventes parallèle à la propagation de l’épidémie de coronavirus, les films de contagion, comme celui de Steven Soderbergh, rencontrent un succès notable sur les sites de streaming et de vidéos à la demande. Mais pourquoi se faire tant de mal ?

Que recherche-t-on dans ces fictions tandis que la réalité, selon la formule consacrée, semble les dépasser ? Bien sûr la peur ne prévient pas du danger et on pourrait, à juste titre, penser que ce n’est pas la peine de se rajouter une dose de psychose. 

Si chacun est appelé au calme et au civisme face aux nouvelles règles de confinement, pourquoi nourrir la panique ? A quoi sert par exemple de se plonger dans l’angoisse des hôpitaux débordés et les affres de la quarantaine en regardant Pandémie de Suong Soo-kim ? Bref pourquoi vivre le mal « au carré » ?

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Ma théorie c’est que les films de contagion peuvent avoir des vertus sanitaires.

Remettre l'expertise scientifique au centre

Appelé récemment à réagir, le scénariste du film Contagion, Scott Z. Burns, regrettait que les scientifiques, surtout aux Etats-Unis, ne soient pas suffisamment écoutés. Face au déni de certains dirigeants, ou d'une partie de la population, Contagion de Steven Soderbergh s’avère très utile pour endiguer la pandémie car il remet vraiment l’expertise scientifique au centre. 

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Très précis et très réaliste sur les mécanismes de propagation, il permet de visualiser parfaitement ce que peuvent être les modes de transmission du coronavirus. On y voit concrètement les risques engendrés par le moindre contact - la « non distanciation sociale » - mais aussi le danger que constitue toutes les surfaces qui sont, dans la vie comme dans le film, porteuses du virus pendant plusieurs heures. La recherche du patient zéro (en l’occurrence Gwyneth Paltrow) permet également de prendre conscience de l’arborescence de l’épidémie, et du poids statistique qu'a représenté chaque sortie ou chaque interaction avant la phase de confinement. Bref le film exerce une forme de paranoïa positive sur les spectateurs et spectatrices. Sans oublier qu’à travers le personnage de Jude Law, youtoubeur complotiste, Contagion met en garde contre l’épidémie de fake news. 

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Exorciser l'angoisse

Autre vertu du film de contagion : ses bienfaits psychiques. C’est vieux comme la tragédie, il remplit une fonction cathartique. Aussi le film de contagion n’a pas vocation à entretenir l’angoisse mais à l’exorciser. La hantise d’une humanité décimée, le fatum d’une épidémie qui frappe injustement les uns ou les autres, les individus face à des choix moraux, tout cela est «  testé en laboratoire » par la fiction. A ce jeu 28 jours plus tard de Danny Boyle remporte la palme cathartique car le virus du film est celui qui transforme les malades en zombies affamés. Il cumule donc la charge politique de deux genres : le film de contagion et le film de zombie. Un cocktail puissant pour nous mettre face au plus inavouable, et pour interroger nos comportements individualistes et nos dépendances.

En savoir plus : Anthropologie du zombie
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Se projeter dans l'avenir

Le film de contagion a également une dimension réflexive, comme le fait aujourd’hui la pandémie de coronavirus, il remet en question nos modèles et nos croyances pour en tirer des leçons à l'avenir.

Par exemple L’armée des douze singes de Terry Gilliam met en scène Bruce Willis qui revient dans le temps pour tenter d’alerter la population sur les dangers qui se préparent. On comprend alors que certaines conceptions théoriques du « bien », comme de libérer les animaux d’un zoo au nom de la cause animale, ont pu avoir des conséquences désastreuses. Dans Contagion, c’est la déforestation et la destruction de l’habitat naturel des chauves souris qui sont mis est en cause dans la scène finale (attention spoiler). Avec « Problemos » d’Eric Judor, ce sont les zadistes qui peuvent réinventer la société de demain puisque ce sont les seuls survivants d’une pandémie. Mais cette comédie met les individus face à l’échec de toute règle absolutiste qui ne tiendrait pas compte des ambiguïtés humaines.

Lutter contre l'isolement

Enfin, si le film de contagion met souvent en scène le scepticisme et la bassesse de certains individus en situation de survie, il constitue en même temps une formidable expérience communautaire. Assigné à l’isolement, ce type de film nous permet de vivre une communion émotionnelle à distance, un solidarité par écrans interposés, qui permet de se sentir moins seul. 

Alors n'hésitez plus ! Reste à convenir d'une certaine posologie pour gérer son stock de films et éviter les abus.