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Lettonie : à peine ouverte, la page populiste est peut-être déjà tournée

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Artuss Kaimiņš, le fondateur du parti populiste KPV LV, en 2017 à la Saeima, la diète de la république de Lettonie.
Artuss Kaimiņš, le fondateur du parti populiste KPV LV, en 2017 à la Saeima, la diète de la république de Lettonie.
- KPV LV TV

En moins de deux ans, le parti populiste d’Artuss Kalmiŋš est passé de l’ombre à la lumière. Créé en 2016, il entre au gouvernement letton dès 2018, après une poussée éclair aux législatives. Un choc dans un pays de tradition modérée. Mais deux ans après, il ne reste pas grand-chose du KPV LV.

Depuis 2018, le gouvernement letton, modéré et, comme très souvent en Lettonie, pro-européen et favorable à l’Otan, devait s’accommoder de la présence en son sein des populistes, eurosceptiques, et "antisystème" du KPV LV, 'Qui possède l’État'. Mais début juin, le Premier ministre letton, Krišjānis Kariňš, n’a pas hésité à demander au président de la République Egils Levits de former un nouveau gouvernement excluant les populistes.

Il faut dire que, entretemps, le KPV LV est retombé dans les tréfonds des intentions de vote. Fort de 14 % des suffrages aux élections parlementaires d’octobre 2018, il plafonnait à 1,5 % dans un sondage fin mai 2021 ! L’histoire d’un parti passé en un éclair de l’ombre à la lumière.

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'Qui possède l’État', "Kam pieder valsts ?" en letton, KPV LV en abrégé, a été créé en 2016 par Artuss Kaimiņš, qui a alors 40 ans. Cet acteur du Théâtre national letton a fait une partie de sa carrière aux États-Unis, avant de devenir un animateur de radio – très populaire –, puis de se faire élire député sous les couleurs de l’Association lettone des régions en 2014. Il quittera ce parti en 2015 pour fonder KPV LV, nettement moins centriste que l’Association lettone des régions.

'Qui possède l’État' trouve très rapidement une audience chez les jeunes hommes, lettonophones, peu éduqués, et antisystème. Ce mouvement se présente comme le parti des contribuables lettons honnêtes mais qui paient trop d'impôts. Et le succès est au rendez-vous, au grand dam de l'establishment politique centriste letton.

Clé de coalition

À la faveur d’une règle très particulière, KPV LV rejoint le gouvernement après les législatives d’octobre 2018. En Lettonie, aucun parti russophone ne saurait être représenté dans l’exécutif. Pas question de leur faire confiance, du fait du souvenir de la déportation des Lettons en 1941 et 1944-45, de la crainte d’un nouvel expansionnisme russe… Les sociaux-démocrates d’Harmonie, le premier parti du pays (18 %), représentant la communauté russophone, sont donc tenus à l’écart.

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Mais pour former un gouvernement entièrement lettonophone, dans un pays où les russophones représentent le quart de la population, il faut parfois consentir des coalitions très larges. Ce qui a impliqué, pour la majorité aux affaires – le Nouveau Parti conservateur (JKP), centre-droit, Développement/Fort ! (AP!), libéral, Unité (Vienotiba), le parti des dirigeants de l’Europe, la Nouvelle Alliance, un mouvement conservateur et nationaliste et anti-russe - d’intégrer les populistes. 

Mais rapidement ce mouvement s’est essoufflé. La majorité des compagnons de route d’Artuss Kalmiŋš – journalistes, artistes, avocats – ont quitté l'aventure. Ils lui reprochent sa manière solitaire et dictatoriale de diriger. À tel point que l'année dernière, 'Qui possède l’État' a décidé d’expulser son propre fondateur. Depuis, les populistes plongent dans les sondages. Le signe que leur discours avait moins de public que de son seul tribun. Au plus grand soulagement de la vie politique classique lettone.