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Lettonie : le Parlement coupe les amarres avec Moscou

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Le Premier ministre letton Krisjanis Karins participe au sommet informel de l'UE à Prague, le 7 octobre 2022.
Le Premier ministre letton Krisjanis Karins participe au sommet informel de l'UE à Prague, le 7 octobre 2022.
© AFP - JOE KLAMAR

C’est un raz-de-marée. Les partis russophones, jusqu’ici confortablement installés au parlement letton, ont été balayés, alors même qu’ils représentent près du tiers de la population du pays. Un message nationaliste puissant, chez un voisin exposé de la Russie.

La Lettonie désignait samedi 1er octobre ses représentants à la Saeima, son parlement. Et dans les urnes, le message s’est révélé radical : le parti Harmonie (Saskana en letton), qui disait parler au nom des quelque 30 % de russophones lettons et qui se sortait régulièrement en tête des législatives, a été balayé. Le prix à payer pour ne pas avoir condamné assez tôt et assez fort le déclenchement de la guerre en Ukraine.

Harmonie a bien décidé de renoncer à ses relations avec Russie unie, le parti de Vladimir Poutine, mais trop tard. Avec 4 % des suffrages exprimés, contre 1 voix sur 5 par le passé, le parti est écarté du parlement. Une descente aux enfers, après la perte de la mairie de Riga, où habitent majoritairement des Russophones, perdue en 2020 pour une sombre affaire de corruption.

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Le nouveau gouvernement sera constitué autour du parti centriste du Premier ministre Karins, Nouvelle Unité (JV), qui devra composer avec trois mouvements modérés, proches des écologistes. Mais Alliance nationale, le parti nationaliste, qui a été de pratiquement tous les gouvernements depuis 1995, est également à la table.

Les législatives du 1er octobre 2022 ont écarté les partis russophones du parlement letton.
Les législatives du 1er octobre 2022 ont écarté les partis russophones du parlement letton.
© AFP - GINTS IVUSKANS

Un fort sentiment national

Mais qu’on ne s’y trompe pas : ce ne sont pas les russophones qui sont montrés du doigt. C’est le sentiment national qui l’emporte. Si Alliance nationale symbolise la peur des Lettons face à l’ours russe, le parti nationaliste a les faveurs du Président de la République actuel, Egils Levits, pourtant juif russophone marié à une Germano-Baltique.

C’est que, justement, le chef de l’État incarne l’unité et la diversité de la Lettonie actuelle et passée. Les déportations de Lettons par les Soviétiques, en 1941 et en 1944, en particulier, mais aussi jusqu'à la fin de l’URSS en 1991, sont ancrées dans les mémoires. Dans la sienne, en particulier. En 1972, la famille d’Egils Levits a été déplacée par les Soviétiques en Allemagne de l’Ouest. Leur tort : avoir été « Refuzniks », ces Juifs à qui l’autorisation d’émigrer avait été refusée.

Des russophones très lettons

Au fond, les russophones ne sont pas toujours russes, et ils peuvent venir d’anciennes régions de l’ex-URSS. Des Ukrainiens, par exemple, installés de longue date, ou des Bélarussiens, implantés, autour de Daugavpils, dans le sud-est de la Lettonie.

Cultures Monde
58 min

Mais les véritables Russes de Lettonie, eux, habitent à Riga, depuis les Tsars, depuis des siècles. Depuis tellement longtemps qu’ils parlent letton, qu’ils sont lettons. Au retour de l'indépendance, en 1991, le passeport letton leur a d’ailleurs été attribué automatiquement. Ces ressortissants russes parlent évidemment letton mais aussi allemand, et accueillent volontiers les opposants à Vladimir Poutine : des journalistes de l’opposition, par exemple, issus des rédactions de Dojd TV, Meduza ou de la Novaia Gazeta, des médias désormais en exil.

Lorsqu’on leur demande où va leur allégeance, ils sont clairs : les 4 % d’Harmonie, pas assez critique à l’égard du Kremlin, et les 3 % de l’Union russe de Lettonie (LKS en letton), arrimé à Moscou, en témoignent. Russophones ou pas, les Lettons sont avant tout pro-européens.