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Lisez la BD "Transperceneige Extinctions - Acte II" pour voir les dernières couleurs du monde

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Transperceneige Extinctions - Acte 2
Transperceneige Extinctions - Acte 2
- Jean-Marc Rochette

Culture Maison. Romain de Becdelièvre, producteur délégué de Par les temps qui courent, vous invite à lire le second tome de la nouvelle trilogie, signé Jean-Marc Rochette et Matz.

Alors que le Transperceneige débarque sous forme de série sur Netflix, Extinctions, paru chez Casterman, raconte l'origine de la catastrophe écologique qui a propulsé le train sur les rails de la survie.

L'histoire de la bande dessinée Transperceneige est, dans son principe, simple et glaçante. Si elle est connue de beaucoup, elle tient en quelques phrases et mérite d'être racontée à nouveau. Après une catastrophe écologique, un hiver glaciaire et mortel s'est répandu partout sur le globe. Les derniers survivants de l'humanité vivent entassés, selon une hiérarchie sociale précise, dans un train long de plus de mille wagons. Le Transperceneige, nouvelle arche de Noé, est condamné à circuler sans relâche tout autour de la Terre. Sur la première page de la première bande dessinée, publiée en 1984, on lisait le poème suivant :

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Parcourant la blanche immensité
D'un hiver éternel et glacé
D'un bout à l'autre de la planète
Roule un train qui jamais ne s'arrête.
C'est le Transperceneige aux mille et un wagons
C'est le dernier bastion d'la civilisation

L'histoire de la création du Transperceneige est tortueuse. Il fut à l'origine imaginé par le scénariste Jacques Lob dans les années 70, associé au dessinateur Alexis, qui meurt précipitamment en 1977. Le projet devra attendre les années 80, et le trait de Jean-Marc Rochette pour connaître son avènement narratif et graphique avec la publication du premier tome. Après la mort de Lob en 1990, deux autres volumes suivront, publiés en 1999 et 2000, avec Sébastien Legrand au scénario, et toujours Rochette au dessin, devenu le garant visuel des aventures du train au mouvement perpétuel. 

L'histoire du Transperceneige a ensuite été rendue célèbre dans le monde entier par le film poignant qu'en a tiré le réalisateur coréen Bong Joon-ho en 2013, sous le titre anglais Snowpiercer. C'est aujourd'hui le géant Netflix qui s'empare du train, pour en tirer une improbable et bizarre série policière dont les premiers épisodes sont actuellement visibles. 

Extinctions, collapsologie et tragédie, les racines du mal

Souvenir du transsibérien, ou peut-être du "séjour où les corps vont" du Dépeupleur de Beckett, le train solution finale du Transperceneige est le type même d'une grande idée de science-fiction, ou d'une grande idée de fiction tout court. Sa simplicité, ses aspects fascinants et terrifiants, épaissis par la crise climatique actuelle, ont hissé le récit, au fur et à mesure des années, à la hauteur du mythe. Avec ses diverses variantes cinématographiques et sérielles, l'histoire partage aussi avec les mythes la fonction de matrice de récits multiples qui dépassent leurs auteurs successifs.  

Le Transperceneige revient, donc. Le Tome II de la nouvelle trilogie Extinctions vient de sortir, toujours dessiné par Rochette, en collaboration cette fois avec le scénariste Matz. Il offre un prologue à la trilogie originale en se proposant de revenir aux origines de la création du train, et de la catastrophe écologique qui l'a lancé sur ses rails. Or les causes de ladite catastrophe nous sont déjà connues, avec une acuité accrue depuis les années 80. On sait dès le début comment cette histoire finira. Extinctions emprunte donc la structure de la tragédie, tout en respectant le genre post-apocalyptique, avec une référence assumée à La Route de Cormac McCarthy.

On y apprend que, dans les premiers temps de son élaboration, le train a été une utopie: le rêve d'un milliardaire chinois à vocation humaniste, nommé Zheng - toute ressemblance avec Elon Musk, et autre milliardaire messianique n’est évidemment pas fortuite. Face à la menace climatique et à l'effondrement de la biodiversité, les groupes terroristes pullulent. Il y a les wrathers, qui s'attaquent au pollueurs et aux chasseurs d'espèces rares, et les apocalypsters, qui décident de devancer les dérèglements de la terre, en accélérant le processus et en provoquant l'effondrement par glaciation. La BD s'interroge sur le rôle des idées de tous bords dans la catastrophe, et même sur celle de "terre-mère" véhiculée par un personnage inquiétant de chef indien amazonien... Elle discute aussi avec un point de vue radical annoncé en exergue : "La terre est ravagée par un mal qui semble incurable : l'humanité". 

Transperceneige Extinctions - Acte 2
Transperceneige Extinctions - Acte 2
- Jean-Marc Rochette, Matz

Les dernières couleurs du monde 

Un noir et blanc implacable régnait en maître sur les premières BD du Transperceneige. A rebours, les deux premiers actes d'Extinctions se singularisent par l'arrivée de la couleur. Comme si Rochette restituait les couleurs d'avant la catastrophe, pour les perdre au fur et à mesure de son récit, noyées dans l'enneigement rapide du monde - ainsi d’anti-cartes postales sidérantes de Rio, de Barcelone et de Paris, congelés sous la glace, des foules se pressant bras tendus vers les portes du train. Le dessin de Rochette accélère, dans une course de vitesse avec l'enfer blanc qui s'installe, et suggère l'horreur plus qu'il ne la montre dans des tableaux ombrageux. Il va aussi chercher des scènes du passé : Cortès devant Tenochtitlan, ou un sacrifice maya du XVème siècle comme autant d'apocalypses d'hier, porteuses d'un savoir (ou d'un non-savoir) pour celle qui se déroule sous nos yeux.

Extinctions offre une méditation sur l'hubris, sur la démesure des hommes qui prend plusieurs formes - celle de Zheng qui veut créer avec son arche le dernier rempart de la civilisation, et celle du chef des apocalypsters qui caresse l'ambition d'être le dernier homme sur terre. Il est toujours étrange, et vain, de considérer que les oeuvres de science-fiction anticipent notre avenir, même si on peut lire aujourd'hui ici où là que le refroidissement de la terre est une hypothèse envisageable, et dangereuse. Transperceneige Extinctions, en tant que matrice mythique, va bien au-delà de la simple prédiction de "ce qui pourrait arriver", même si l'une de ses ambitions fondamentales reste d'alerter en frappant les consciences et de garder, par les traits et la couleur, quelque chose de notre monde. 

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