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Littérature : 7 écrivains de la guerre

Maurice Genevoix, Colette, Ernest Hemingway, John Steinbeck, Vassili Grossman, Svetlana Alexievitch, Edna O'Brien. 7 écrivains racontent la guerre
Maurice Genevoix, Colette, Ernest Hemingway, John Steinbeck, Vassili Grossman, Svetlana Alexievitch, Edna O'Brien. 7 écrivains racontent la guerre
© Getty - Thyme

France Culture Education. Maurice Genevoix, Colette, Ernest Hemingway, John Steinbeck, Vassili Grossman, Svetlana Alexievitch, Edna O'Brien : de la Première Guerre mondiale à aujourd'hui, ces grands écrivains ont été les témoins des guerres de leur temps. Cette sélection d'émissions propose de découvrir leur œuvre engagée.

Avec ses deux conflits mondiaux qui ont fait des millions de victimes et bouleversé très profondément les frontières de l'Europe, le XXe siècle apparaît comme le siècle des guerres. La littérature elle aussi s'est fait l'écho de ce siècle tumultueux et les écrivains ont été nombreux à s'engager politiquement, pour défendre, armés de leur plume, les valeurs auxquelles ils croyaient et qui se trouvaient menacées par les conflits. 

Qu'ils y aient pris part directement en tant que soldats, qu'ils aient observé les zones de combats en tant que reporters de guerre, relaté la vie à l'arrière des lignes de front, ou encore qu'ils aient cherché à rendre compte des souffrances post-traumatiques de celles et ceux qui avaient enduré la violence de ces conflits, les écrivains ont laissé des témoignages de grande valeur, tout aussi précieux parfois que des travaux d'historiens sur la réalité vécue par leurs compatriotes. 

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"Notre métier n'est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort, il est de porter la plume dans la plaie en mettant dans la balance son crédit, son honneur, sa vie", écrivait le journaliste français Albert Londres dans Terre d’ébène en 1929. S'ils n'étaient pas à proprement parler des journalistes de métier au départ, Maurice Genevoix, Colette, Ernest Hemingway, John Steinbeck, Vassili Grossman, Svetlana Alexievitch ou Edna O'Brien ont chacun à leur manière fait leur la célèbre profession de foi énoncée par le journaliste français. Cette sélection d'émissions propose de découvrir leurs œuvres de ces sept écrivains qui ont été aussi, de 1914 à aujourd'hui, les témoins et les dénonciateurs des guerres de leur temps.

Auteur d’une cinquantaine de romans parmi lesquels La Dernière Harde ou Rémi des Rauches, prix Goncourt en 1925 pour Raboliot, Maurice Genevoix fut l’un des grands hommes de lettres du XXe siècle. Mobilisé dès le début de la Première Guerre mondiale, il participe aux combats jusqu'à ce qu'il soit grièvement blessé en avril 1915. Ses compagnons d’armes lui inspirèrent son premier livre_, Ceux de 14_, paru en 1949. Et "ces jeunes fantômes laissés derrière soi", comme il les appelait, continuèrent de l’accompagner jusqu’à sa mort en 1980. Toute sa vie, l’écrivain aura célébré les valeurs éprouvées dans les tranchées : la fraternité, la solidarité, la dignité, l’humanité… Cette émission propose de découvrir les multiples facettes de l’écrivain entré au Panthéon le 11 novembre 2020, qui fut un "Poilu" avant de devenir académicien.

58 min

Au cours de sa vie, Colette (1873-1954) a écrit plus de 1 200 articles publiés dans une centaine de journaux différents. Mais pendant la Première Guerre mondiale, la romancière, déjà connue pour la série des Claudine, écrit dans la presse sur les conditions matérielles de la vie à Paris. En 1915, un an après le début des combats, elle accompagne en forêt de Rambouillet une patrouille militaire qui dresse des chiens destinés à secourir les soldats français blessés au front. Et en rapporte pour le journal Le Flambeau un reportage empreint d'empathie pour le travail de ceux que l'on appelle les "chiens sanitaires".

4 min

Décembre 1937. La guerre d’Espagne fait rage. Les soldats du général Franco et les militants républicains s’affrontent. La petite ville de Teruel, sur le front de l'Aragon, va devenir le théâtre de l’une des plus furieuses batailles de la guerre civile entre le 15 décembre 1937 et le 22 février 1938. Les reporters des grands journaux du monde entier y accourent. A 39 ans, Ernest Hemingway (1899-1961), écrivain américain déjà connu pour des romans comme L'Adieu aux armes ou Le Soleil se lève aussi, qui aime l’Espagne et ses corridas notamment, hésite à prendre les armes pour rejoindre les rangs des républicains espagnols. Il décidera finalement de renouer avec le reportage de guerre et arrive en Espagne, le 23 décembre 1937, accompagné du photographe Robert Capa. 

28 min

Correspondant de guerre pour le New York Herald Tribune en 1943, John Steinbeck (1902-1968) s'est mêlé aux troupes de GI sur les bases d'Angleterre, partageant le quotidien des soldats. Ces dépêches mémorables, exhumées des archives américaines en 1958, témoignent de son talent de journaliste et d'écrivain. Cette émission propose de découvrir la façon dont l'écrivain américain, prix Nobel de littérature en 1962, a fait le récit dans ses articles des combats menés par les armées alliées sur les fronts d'Afrique du Nord, et du débarquement allié en Italie.

28 min

Vassili Grossman (1905 – 1964) fut au cœur des combats de la Seconde Guerre mondiale entre 1941 et 1945. Lorsqu’il prend la casquette de correspondant de guerre, il est un écrivain déjà connu, qui sert le régime soviétique, encensé par la presse aux ordres de Staline. Mais la bataille de Stalingrad (17 juillet 1942-2 février 1943), qu’il va couvrir pour L’Etoile rouge, l’organe officiel de l’armée soviétique, va changer sa vision politique. Après la bataille, Grossman est l’un des premiers à découvrir l’horreur nazie lors de la libération du camp d’extermination de Treblinka par l’Armée rouge. 

Ces deux expériences traumatisantes vont lui permettre de dénoncer la barbarie nazie, comme la barbarie stalinienne. En 1952, Vassili Grossman entreprend la rédaction de Vie et destin, vaste fresque consacrée à la bataille de Stalingrad, qu'il achèvera en 1959. Saisie par le KGB, disparue pendant vingt ans, cette œuvre, considérée comme le Guerre et paix du XXe siècle, n'a été sauvée que par miracle de la destruction de la censure soviétique, et publiée en Europe de l'Ouest qu'en 1980. Ce documentaire permet de saisir ce que fut le projet littéraire de celui qui a été l’un des premiers écrivains à établir un parallèle entre les crimes de masse perpétrés au nom de l’idéologie nazie et ceux perpétrés au nom du stalinisme.

28 min

Née en 1948 en Ukraine, Svetlana Alexievitch a suivi des études de journalisme avant d'enseigner l'histoire. Au milieu des années 1980, elle entame une pratique d'écriture qui vise à élargir le domaine de la littérature : elle enregistre sur un magnétophone des heures de témoignages de personnes avec lesquelles elle s'entretient, puis compose ses ouvrages à partir d’un collage de citations. Elle utilise cette technique dans son ouvrage sur la Grande Guerre patriotique menée par l'Armée rouge de 1941 à 1945 contre l'armée nazie (La guerre n'a pas un visage de femme, 1983), comme dans celui sur la guerre menée en Afghanistan par l'URSS de 1979 à 1989 (Les Cercueils de zinc). Dans cet entretien, Svetlana Alexievitch revient sur ce livre, paru en 1990, dans lequel elle évoque les exactions commises par les soldats dans les villages afghans et démonte le mythe construit par la propagande soviétique de jeunes soldats libérateurs et héroïques. 

Dans la nuit du 14 au 15 avril 2014, 276 élèves du lycée de Chibok au Nigéria, âgées de 12 à 17 ans, sont enlevées et réduites en esclavage par les terroristes du groupe islamiste Boko Haram. Trois ans après ce rapt de masse qui a ému toute la communauté internationale, la romancière irlandaise Edna O’Brien s'est rendue au Nigeria pour enquêter, rencontrer des survivantes de la violence du terrorisme islamique, et leur donner une voix. Elle publie en 2019 Girl, qui commence ainsi : "J’étais une fille autrefois, c’est fini". Ce roman d'une puissance inouïe porte la voix de Maryam, une jeune fille enlevée, violée et retenue captive. Dans cet entretien, Edna O'Brien revient sur la façon dont elle a écrit cette voix de douleur et de résistance à la fois, mais qu'elle voit aussi comme une voix de lumière au milieu du chaos guerrier et de la violence terroriste.