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Littérature : "Les Fleurs du mal" de Charles Baudelaire

Odilon Redon (1840 - 1916), La Sulamite, 1897
Odilon Redon (1840 - 1916), La Sulamite, 1897
© Getty - Sepia Times / /Universal Images Group

France Culture Education. Une sélection d'émissions pour découvrir, ou redécouvrir, le célèbre recueil de Charles Baudelaire qui, par la modernité et le choix de ses sujets, a révolutionné la poésie française dès sa première publication le 21 juin 1857.

Sentiment de solitude, ennui, mélancolie, introspection, ces thèmes résonnent fortement avec notre actualité après les expériences du confinement. Ils sont déjà au centre de l'œuvre de Charles Baudelaire (1821-1867), écrite il y a plus d'un siècle. Comment lire Les Fleurs du Mal aujourd’hui ? Pourquoi ces douze poèmes, admirés par Rimbaud et Verlaine, qui ont ému François Mauriac aux larmes, et dont le poète Yves Bonnefoy dit qu’ils sont "le maître-livre de notre poésie" nous parlent-ils encore aujourd’hui ? Peuplés de créatures sensuelles et de monstres hideux, ils exhalent à la fois le parfum de la myrrhe et l’odeur du sang, célèbrent la beauté du corps des femmes, comme celle de la boue et des immondices. On pourrait résumer ainsi le projet poétique de leur auteur : exprimer la condition tragique de l'homme, partagé entre son désir d'absolu et son penchant pour le vice, et qui alterne entre des moments de sensualité et de volupté intenses, d’ennui, de souffrance et de profonde mélancolie. 

Cette sélection d’émissions propose à la fois une étude des Fleurs du mal, la possibilité de retrouver des éléments biographiques de leur auteur et des lectures de poèmes. Pour tout découvrir ou redécouvrir d'une œuvre qui a laissé une empreinte décisive dans l'histoire de la poésie, et qui nous parle encore aujourd'hui avec une vivacité intacte. 

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1857-1861, les deux parutions des "Fleurs du mal"

Les Fleurs du mal paraissent pour la première fois le 21 juin 1857 et Baudelaire s’attire aussitôt les foudres de la critique. Un journaliste du Figaro écrit que "l'odieux y côtoie l'ignoble, le repoussant s'y allie à l'affect". Le livre est également comparé à un hôpital où se côtoieraient "toutes les démences de l'esprit et toutes les putridités du cœur." Le Ministère de l'Intérieur considère que ces poèmes représentent "un défi aux lois qui protègent la religion et la morale". Quelques mois plus tard, un procès en moralité est instruit contre Baudelaire au cours duquel le procureur Pinard va demander la condamnation du recueil pour "offense à la morale publique, à la morale religieuse et aux bonnes mœurs". Le verdict sera celui d'une censure : Baudelaire est contraint de supprimer plusieurs pièces d'une œuvre qu’il avait conçue avec fureur et patience. Pour le poète, la blessure est immense tant il attendait de cette première publication une véritable reconnaissance. Il récolte à la place une condamnation à une amende et l’obligation de supprimer six des poèmes du recueil. En 1861, paraît la deuxième édition des Fleurs du mal, enrichie des Tableaux de Paris. Si elle est ainsi augmentée, le projet poétique de l'œuvre reste le même : métamorphoser la laideur en beauté, révéler la beauté qui se cache au cœur du mal. En proie au spleen, ce mot anglais que Baudelaire utilise pour décrire la forme d'ennui qui s'empare de lui, le poète va transformer cette humeur noire en une création littéraire étonnamment moderne et bouleversante.

Charles Baudelaire passa sa vie à s'opposer à la morale de son milieu d'origine. Le procès que lui vaut la première publication des Fleurs du mal atteste de cette opposition entre l'art du poète et la morale de son temps. De sa naissance en 1821 dans une famille bourgeoise, qui aurait souhaité qu’il devienne militaire ou diplomate, jusqu'à sa mort en 1867, privé de tous ses biens et jugé irresponsable, cette émission propose de retracer la vie du poète afin de se repérer dans les adjectifs parfois contradictoires avec lesquels on cherche à le qualifier : anticlassique, décadent, révolutionnaire, réactionnaire, chrétien, moderne.

59 min

Réfractaire à la photographie, réinventeur du sonnet, Baudelaire entretient un rapport paradoxal à la modernité. Toute sa vie, ses choix esthétiques et politiques ont oscillé entre modernité et antimodernité. Cette émission propose de mieux comprendre quelle était la définition de la modernité de celui qui écrivait dans Le Peintre de la vie moderne "la modernité, c’est le transitoire, le fugitif, le contingent, la moitié de l’art, dont l’autre moitié est l’éternel et l’immuable".

59 min

Si le thème de la beauté hante Les Fleurs du mal, pour Baudelaire, la beauté est dans la dualité, elle balance sans cesse entre perversion et transcendance, entre éphémère et infini.  Comme en atteste le vers "Ô fangeuse grandeur ! sublime ignominie !" par lequel il conclut son poème consacré à une prostituée, Tu mettrais le monde entier dans ta ruelle. Dans cette émission, Georges Claisse lit le poème Une Charogne, issu des Fleurs du Mal.

59 min

Cette émission s'adresse plus particulièrement à celles et ceux qui préparent le bac de français et propose d'analyser la figure de l'allégorie dans les Fleurs du Mal. Elle propose aussi d'entendre le texte liminaire qui ouvre le recueil "Au lecteur" lu par Elsa Lepoivre de la Comédie-Française.

28 min

L'encens, le musc, le benjoin, l'ambre… voici quelques uns des parfums que l'on respire en lisant Les Fleurs du mal. Mais à cette liste qui évoque le plaisir et la volupté, il faut ajouter l'odeur répugnante de la charogne à laquelle Baudelaire consacre un poème entier. Cette émission propose de parcourir tout l'univers olfactif présent dans Les Fleurs du mal.

À réécouter : Les parfums de Baudelaire
49 min

Cette émission s'adresse plus particulièrement à celles et ceux qui préparent le bac de français. Elle donne à entendre et à comprendre quatre poèmes des Fleurs du Mal, Le Cygne, Les Petites Vieilles, Les Aveugles et À une passante lus par Jacques Gamblin.

28 min

Dédié à Jeanne Duval (1820-1862), la maîtresse de Baudelaire, le poème Hymne à la beauté réunit tous les thèmes des Fleurs du mal : la beauté, l'envoûtement, le gouffre et l'idéal, le beau et l'horrible, le temps saisi dans l'instant. Écoutez ce poème lu par Thierry Hancisse de la Comédie-Française.

2 min