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Littérature, spectacle vivant, cinéma, musique, musées : la culture confrontée au Covid en 2021

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Dans une salle de cinéma à Lorient en août 2021.
Dans une salle de cinéma à Lorient en août 2021.
© AFP - Maud Dupuy / Hans Lucas

Une nouvelle fois l'an dernier, le monde culturel a dû composer avec les soubresauts de la situation sanitaire. À la merci des évolutions du Covid et des décisions gouvernementales. Bilan global et pour la littérature, le spectacle vivant, le cinéma, la musique, les musées et les plateformes.

L'année 2021 est restée marquée en France comme ailleurs par le Covid-19. Des dizaines de milliers de morts supplémentaires et des hôpitaux et leur personnel sous tension, des restrictions plus ou moins renforcées au fil des mois avec notamment un troisième confinement national du 3 avril au 3 mai, le développement de la vaccination ou encore l'instauration d'un passe sanitaire contesté. Un passe sanitaire élargi pendant l'été à tous les lieux de culture et de loisirs rassemblant plus de 50 personnes, à partir de 12 ans. Quel tribut justement pour le monde culturel ? 

Tour d'horizon général puis par secteur, alors que les principaux représentants du spectacle vivant viennent de publier dans Le Figaro une tribune intitulée "Les mots de soutien du gouvernement ne peuvent plus suffire !".

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"Un grand ennemi, peut-être mortel, pointe son nez : le canapé"

Emmanuel Négrier est directeur de recherche CNRS au Centre d’Etudes Politiques Et Sociales de l’Université de Montpellier. Il était l'invité de la rédaction dans le journal de 12h30 de Thomas Cluzel le vendredi 31 décembre pour évoquer les conséquences de cette crise sanitaire qui se prolonge sur le secteur de la culture. Le lundi précédent, le gouvernement avait notamment annoncé le rétablissement de jauges et l'interdiction de concerts debout. Les discothèques, fermées pour un mois début décembre, restant fermées trois semaines supplémentaires en janvier. Une nouvelle série de coups durs pour la culture alors que ses pertes de chiffres d'affaires sont estimées pour 2021 à 80-85%. De quoi à nouveau s'interroger sur la façon de vivre et de partager l'art en pareille situation :

"Nous sommes dans une situation extrêmement complexe, avec en plus un grand ennemi, peut-être mortel, qui pointe son nez : le canapé. Avec le transfert d'une partie significative des pratiques culturelles vers une consommation à distance qui ne satisfait finalement personne."

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Le coût pour la culture, pour le secteur culturel et en particulier pour le spectacle vivant et la musique est un coût exorbitant. Il n'est pas que financier d'ailleurs. Il s'agit aussi d'un secteur massivement non lucratif dans sa manière de fonctionner et qui court après un système hybride de financement (subventions, dotations privées, participation des publics). Et aujourd'hui, la question de repenser le spectacle vivant est au centre des angoisses réflexives du milieu culturel. Parce que toutes les voies envisagées, notamment de transfert d'une partie de l'offre culturelle sur les réseaux, par des plateformes numériques, par des formes distancielles de spectacles, ont été globalement vécues sur le mode de l'expérimentation mais aussi de l'ersatz par rapport à ce qu'est une expérience culturelle complète. C'est aussi valable pour les offreurs de culture que pour ceux qui la pratique. Et enfin, sur le plan économique, cela entraîne des coûts tout à fait considérables.

Pour Emmanuel Négrier, "la difficulté demeure et c'est tout à fait normal dans la mesure où l'expérience culturelle, par principe, est multisensorielle et particulièrement rétive aux 'distanciations', sociales, sécuritaires, etc.". D'estimer que "nous sommes dans une situation extrêmement complexe, avec en plus un grand ennemi peut-être mortel, qui pointe le bout de son nez : le canapé ! Avec le transfert d'une partie significative des pratiques culturelles de l'expérience vivante, sociale, artistique et culturelle vers une consommation à distance qui ne satisfait finalement personne".

Un marché du livre résilient au Covid !

Fin février 2021, après une longue mobilisation et alors qu'elles étaient fermées lors des précédents confinements, les librairies deviennent enfin "essentielles" par un décret qui les autorise à ouvrir en cas de confinement. "C'est une victoire pour le monde du livre et pour tous les lecteurs" se réjouit le Syndicat national de l'édition. L'amour renforcé entre les Français et la littérature depuis l'apparition de la maladie se confirme, malgré ces derniers mois une crise du papier due à une - trop - forte demande en matière première après le freinage de la crise sanitaire. Et le SNE a annoncé fin décembre une augmentation des ventes de livres de 19% par rapport à 2019, avant le Covid.

Au top 5 : la BD Astérix et le Griffon, le prix Goncourt 2020 L’Anomalie d’Hervé le Tellier, les deux romans de l’auteur à succès Guillaume Musso : La vie est un roman et l’Inconnu de la Seine, ainsi que le roman Tout le bleu du ciel, de Mélissa Da Costa.

Chez Denoël, par exemple, le chiffre d'affaires a quasiment doublé en deux ans et la directrice Dorothée Cunéo explique que "depuis 2020, les prix littéraires sont très suivis. Nous l'avons vu avec le prix Nobel de littérature Abdulrazak Gurnah, un auteur inconnu vendu à 500 exemplaires il y a vingt-cinq ans en France et que nous avons déjà réimprimé deux fois".

"On a pu voir que le livre est un produit tout à fait résilient par rapport aux autres produits culturels. Nous avons bien tiré notre épingle du jeu."

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Présidente du groupe littérature générale au Syndicat national de l'édition et directrice des éditions de l'Observatoire, Muriel Beyer a également évoqué cette bonne santé du livre dans notre journal de 22h du 4 janvier. Interrogée par Stanislas Vasak, elle estime que la surabondance de nouveaux romans en cette rentrée en est un signe. La rentrée littéraire de janvier s'annonce en effet très fournie avec 545 nouveaux romans à l'affiche, dont 385 écrits en français. Selon le magazine Livres Hebdo, il s'agit du nombre le plus élevé depuis 2015. Une rentrée dominée par le nouveau Michel Houellebecq, Anéantir. Mais il y a aussi le nouveau roman de Nicolas Mathieu, Connemara, Nicolas Mathieu, prix Goncourt 2018 avec Leurs enfants après eux, ou Le Grand Monde de Pierre Lemaître. 

Muriel Beyer : "Michel Houellebecq n'est pas le seul à tirer le secteur de l'édition"

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Des réalités très différentes pour théâtres (privés ou publics) et opéras

Mais en octobre le ministère de la Culture a publié ce chiffre : près d'un Français sur deux ne s'était pas rendu depuis le mois de juillet dans un lieu culturel, alors qu'ils étaient 88% à le faire avant la crise du Covid. Dans l'enquête de la rue de Valois parue à l'automne, 75% du public n'était pas revenu voir un spectacle entre juillet et octobre. Le bilan donné pour 2021 par les théâtres publics, subventionnés ou privés, des petites et des grandes salles, dans les grandes et les petites villes, est finalement à l'image du secteur : contrasté. Le théâtre privé ayant perdu les 3/4 de son chiffre d'affaires depuis 2019 selon le Prodiss, le syndicat d’employeurs représentant les principales entreprises du spectacle musical et de variété en France. Précisions de Cécile de Kervasdoué :

Difficile de prendre le pouls d'un secteur dont les chiffres de fréquentation recensés par le ministère sortent avec trois ans de retard.

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Cinéma : 138 jours de fermeture mais de l'espoir avec un rebond de fin d'année

Les salles ont d'abord vu le bout du tunnel le 19 mai dernier. Ouvertes avec des jauges puis avec un couvre-feu jusqu'à fin juin et enfin sans jauges mais avec un passe sanitaire, elles ont vécu une année bousculée, entre fortes affluences et grandes difficultés. Après un démarrage en force au printemps dernier, elles ont observé une chute drastique de leur fréquentation avec la mise en place du passe sanitaire (-50%). Mais les chiffres de l'année publiés jeudi 30 décembre par le Centre national du cinéma et de l'image animée (CNC) restent encourageants : 96,17 millions d'entrées. Soit une hausse de 47% par rapport à 2020, mais un recul de 55% par rapport à 2019.

Les têtes d'affiche de fin d'année comme Spider-man ou Matrix ont participé à ce rebond. Et c'est le mois de décembre qui a permis de générer le plus d'entrées avec 20,43 millions de Français au rendez-vous selon des données provisoires, contre 14,47 millions le mois précédent et 14,32 millions en octobre.

Mais "le préjudice est très important" déplore Marc-Olivier Sebbag, le délégué général de la Fédération nationale des cinémas français (FNCF) : "On va perdre encore cette année autour de 800 millions à un milliard d'euros de chiffre d'affaires". Alors que l'Etat ne verse désormais plus d'aides aux exploitants. Éclairage de Louise Joyeux :

Les salles vont enregistrer moitié moins d'entrées pour 2021, estime Marc-Olivier Sebbag, délégué général de la Fédération nationale des cinémas français (FNCF).

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Le casse-tête dans la musique

Fin décembre, les annonces de Jean Castex ont sonné beaucoup de professionnels et amateurs de musique. Interdiction de concerts debout et de nouvelles jauges pour trois semaines depuis le 3 janvier : 2 000 personnes pour les événements en intérieur, 5 000 en extérieur. Plus de 150 salles, le réseau des zéniths, les palais des sports ou parc expo et les arenas seraient touchés, explique Le Monde. Le rappeur Orelsan a en conséquence été contraint de reporter les quatre premières dates de sa tournée. Et le festival itinérant Garosnow a dû donner rendez-vous en mars.

Aujourd'hui, l'industrie musicale vit, mais la boule au ventre. Car il ne faut pas non plus oublier les artistes, techniciens ou autres professionnels malades ou cas contact Louise Joyeux :

Malgré les difficultés et la lassitude face au Covid, artistes, producteurs et professionnels de la musique veulent continuer à garder le lien avec le public.

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Le port du masque est obligatoire dans les salles de spectacles et pendant les concerts.
Le port du masque est obligatoire dans les salles de spectacles et pendant les concerts.
© Maxppp - Jean-Marc Quinet

Dans les musées

Le nombre de visiteurs l'an dernier demeure ridicule comparé à avant le Covid. Seules 2,8 millions d'entrées au Louvre contre un peu plus de 10 millions en 2018, l'année record pour le musée parisien. Au château de Versailles, même constat : 2 millions de visiteurs par an depuis le Covid, contre plus de quatre fois plus avant. les touristes américains et asiatiques ont été quasi absents, relève le Louvre, qui note que six visiteurs sur dix sont désormais français. "Les établissements patrimoniaux dont l’activité est façonnée par le tourisme étranger ne devraient pas voir leur fréquentation repartir avant 2023 voire 2024", reconnaît-on au cabinet de Roselyne Bachelot d'après Le Monde.

La fréquentation est malgré tout repartie à la hausse : + 30% dans l'établissement qui gère le musée d'Orsay et de l'Orangerie, même si là encore on reste très loin de l'avant pandémie. Tendance identique au Centre Pompidou, au musée du quai Branly ou encore au Centre des monuments nationaux qui regroupe une centaine de sites en France comme le Mont Saint-Michel ou l'Arc de Triomphe. 

La période a en tout cas vu une explosion du nombre d'abonnés aux musées sur les réseaux sociaux, avec de plus en plus de nouveaux contenus. Le Louvre a ainsi lancé il y a quelques jours "Louvre +", un nouvel espace qui regroupe plus de 500 vidéos, podcasts, conférences et concerts disponibles gratuitement, dont plusieurs spécialement dédiés aux enfants.

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Le succès confirmé des plateformes de streaming

Grandes "gagnantes" de cette crise sanitaire, les plateformes de streaming sont devenues en deux ans un véritable phénomène culturel et économique. Leur boom a surtout eu lieu en 2020, en particulier lors des premiers confinements. Pour les vidéos par exemple, le chiffre d'affaires des plateformes avait doublé ! Mais la consommation des plateformes a continué à augmenter cette année, avec un chiffre d'affaires qui a augmenté de presque 15% d'une saison sur l'autre pour les tenants du marché, Justine Leblond : 

Boom des plateformes de streaming

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Avec la collaboration de Caroline Bennetot