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Livres, films et séries : de la SF et du fantastique pour tous les goûts !

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"On peut définir la Science-Fiction comme la branche de la littérature qui se soucie des réponses de l'être humain aux progrès de la science et de la technologie." Isaac Asimov
"On peut définir la Science-Fiction comme la branche de la littérature qui se soucie des réponses de l'être humain aux progrès de la science et de la technologie." Isaac Asimov
© Radio France - Anselme Calabrese

Pour s’évader durant quelques heures du quotidien, rien de tel qu’un roman, une série ou un film de science fiction. Des chiens qui ont remplacé l'humanité, les Beatles qui deviennent un groupe... d'heavy metal, une humanité à la dérive dans l'espace, faites voyager votre imagination !

L'émission La Méthode scientifique réunit quelques - trop rares - fois des profils singuliers : paléontologue, physicien, directeur de festival SF, écrivain, journaliste amoureux de la SF, directrice d'un studio de jeu vidéo...  Tous ces scientifiques et spécialistes de la SF proposent de véritables pépites, certaines déjà mythiques, et d'autres beaucoup moins connues, véritables antidotes au marasme ambiant.

"On peut définir la Science-Fiction comme la branche de la littérature qui se soucie des réponses de l’être humain aux progrès de la science et de la technologie." Isaac Asimov
"On peut définir la Science-Fiction comme la branche de la littérature qui se soucie des réponses de l’être humain aux progrès de la science et de la technologie." Isaac Asimov
© Radio France

Autobiographie d'un poulpe, de Vinciane Despret : "Les animaux sont nos extraterrestres"

  • De quoi ça parle ?

Dans ce récit d'anticipation Vinciane Despret plonge au cœur des débats scientifiques d'un futur indéterminé. Quelque part entre faits scientifiques et affabulations poétiques se dessine un horizon troublant : et si les araignées, les wombats et les poulpes nous adressaient des messages codés à travers leurs comportements ? Par cette expérience de pensée nourrie des plus récentes découvertes scientifiques, la philosophe imagine des récits où les hommes et les animaux formeraient un monde vivable.

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Pour l'écrivain Ariel Kyrou, même si la philosophe a été parfois critiquée par le monde scientifique, avec cet ouvrage, elle pousse le bouchon tellement loin qu'elle arrive à une logique de science-fiction. "Vinciane Despret largue les amarres. Elle avance l'idée que nos animaux sont nos extraterrestres. On s'en rendra compte peut-être dans deux ou trois siècle, mais ils nous parlaient. Elle utilise des tas d'éléments découverts ces dix dernières années sur le poulpe, sur le wombat ou sur les araignées et elle extrapole pour décaler le regard."

Autobiographie d'un poulpe : et autres récits d'anticipation. Actes Sud, 13,99 euros

Des milliards de tapis de cheveux, d’Andreas Eschbach : "Un grand roman sur le conditionnement politique et religieux des peuples et leur emprisonnement mental"

  • De quoi ça parle ?

Sur une planète aride et inhospitalière perdure une très ancienne et très étrange coutume, le tissage de tapis de cheveux. C'est un tel travail que chaque tisseur ne peut en produire qu'un seul au cours de sa vie. Pourtant, il est obligé de le faire pour survivre car le tapis sert à payer le tribut réclamé par l'empereur. L'identité de l'empereur et le motif de sa requête demeurent mystérieux.

Pour le scénariste et réalisateur Romain Daudet-Jahan, "c'est un grand roman, sur le conditionnement politique et religieux et sur la façon dont on peut emprisonner mentalement des peuples entiers dans l'adoration, dans le totalitarisme et le fascisme. Il y a des scènes et des chapitres de ce roman sublimes et terribles à la fois, qui explorent cette question du sacrifice de sa vie à une foi, une croyance dont on sait très peu de choses."

Des milliards de tapis de cheveux, d’Andreas Eschbach. Atalante. 19,90 euros

Le premier souper : fragments de monde, d'Alexander Dickow : "C'est une gifle monumentale"

  • De quoi ça parle ?

Plusieurs personnages évoluent dans des pays très variés, de Taranque où l'on se nourrit de minéraux, à l'Empire phonide où les humains combattent des usurpateurs de chair, en passant par le monde cannibale de la société aurède. C'est dans ce dernier monde que l'intendant du royaume, Ronce Albène, fait scandale en écrivant un livre questionnant les mœurs alimentaires locales...

Pour Simon Riaux, rédacteur en chef d’Écran Large : "Il y a une appréhension de la science fiction qui éclate à peu près tous les codes auxquels on est habitué. C'est une science fiction qui est à la fois poétique, et simultanément noire et très lumineuse, traversée par un texte et un poète mystérieux qui existerait simultanément dans ces trois mondes." 

Alexander Dickow arrive à convoquer des grandes figures du cinéma d'horreur ou de science-fiction pour les conjuguer avec de la poésie. C'est un mélange que je n'avais jamais rencontré.

La fondatrice et directrice du Diable Vauvert Marion Mazauric raconte avoir rencontré l'auteur à la demande d'Alain Damsio, dont il est le traducteur aux États-Unis, pour l’accueillir en résidence. "C'est un écrivain qui vient à la science-fiction par la poésie explique l'éditrice. C'est un très beau livre, hypnotique, écrit par un Américain qui possède un français sublime."

Le premier souper : fragments de monde, d'Alexander Dickow. La Volte. 18 euros

Le livre écorné de ma vie, de Lucius Shepard : "Une noirceur sublime, d'une grande poésie"

  • De quoi ça parle ?

Thomas Cradle, écrivain qui a troqué ses rêves pour le succès financier, découvre un jour un roman écrit par un homonyme. Faisant mine d'effectuer un repérage pour un prochain ouvrage, il part au Laos sur les traces de ce double avec qui il accumule les ressemblances troublantes...

C'est le coup de cœur de Nicolas Martin, le producteur de La Méthode scientifique : "C'est une longue descente le long d'un fleuve, dans un enfer de chair, de sensualité, malade et toxique. C'est extrêmement court, c'est d'une grande poésie C'est d'une espèce de noirceur assez sublime, et ça m'a vraiment beaucoup bouleversé."

Le livre écorné de ma vie, de Lucius Shepard. Le Bélial. 4,99 euros

Eden. It's an Endless World, de Hiroki Endo : "C'est une œuvre somme d'un auteur qui a voulu faire son Akira"

Un grand classique
Un grand classique
- ©Hiroki Endo / kodansha Ltd.
  • De quoi ça parle ?

La Terre, dans un futur proche. Un terrible virus d'origine inconnue a décimé 15% de la population, bouleversant l'ordre mondial. Isolés du monde extérieur, Hannah et Enoa, deux adolescents immunisés, cherchent à créer leur propre Eden. Mais ils croisent bientôt la route d'individus prêts à tout pour assouvir leur soif de pouvoir, et se retrouvent entraînés malgré eux dans le chaos auquel ils tentaient d'échapper.

Mathieu Pinon, journaliste spécialisé pop culture japonaise, se réjouit de la réédition de ce manga qui date de 1998, longtemps en rupture de réimpression. "Vous avez du cyberpunk, vous avez de la science, vous avez des histoires de mafia et de prostitution. C'est vraiment une œuvre [complète]. 

L'auteur Hiroki Endo a lu Akira et s'est dit : '"Je veux faire mon Akira à mon tour."

"Il a passé dix ans avant de prendre les crayons, prenant le temps de tout préparer de A à Z au niveau scénaristique. Il est allé enquêter auprès des plus grands scientifiques, pour ne pas dire de bêtises. C'est plus que magnifique. Et ce n'est pas souvent qu'on peut dire ça quand on voit des corps qui se font éventrés dans des scènes extrêmement violentes. Je ne saurais trop vous recommander sa lecture."

Eden. It's an Endless World, de Hiroki Endo. Volume 1 à 5 chez Panini manga. 16 euros

Carbone & Silicium, de Mathieu Bablet : "Une réflexion existentielle à travers les yeux de deux robots"

Mathieu Bablet dénonce les ravages du capitalisme et les illusions du transhumanisme dans un ambitieux récit de SF. Ankama / Label 619
Mathieu Bablet dénonce les ravages du capitalisme et les illusions du transhumanisme dans un ambitieux récit de SF. Ankama / Label 619
  • De quoi ça parle ?

2046. La population humaine vieillissante a construit des robots pour prendre soin d'elle. Carbone et Silicium sont les prototypes d'une nouvelle génération. Avides de découvrir le monde extérieur, ils s'échappent et se retrouvent séparés durant plusieurs siècles ponctués de catastrophes climatiques et de bouleversements dans la société humaine.

Pour le directeur de la Maison d'Ailleurs, musée de la science-fiction, Marc Atallah, il est relativement rare de lire une bande dessinée d'une aussi grande qualité, autant narrative, esthétique que poétique. "Cette réflexion profonde, existentielle est possible grâce à la lecture de notre histoire humaine à travers les yeux de ces robots que sont Carbone et Silicium. Des robots dysfonctionnels, un peu problématiques, un peu mélancoliques. Bablet fait tout : le scénario, le dessin, l'encrage. On a vraiment une œuvre personnelle."

C'est le sens de l'ellipse qui fait le charme de cette BD pour Mathilde Fontez, rédactrice en chef du tout nouveau Epsiloon. "Cette manière que l'auteur a eu de scander la trajectoire de ces deux robots permet d'aborder des questionnements, soit philosophiques, soit existentiels, et toujours avec un regard un peu distant par rapport à l'humanité. Nous lecteurs, assistons à la trajectoire robotique qui va être un témoin de la progressive désagrégation du monde humain, mais avec des problématiques tout à fait spécifiques aux robots."

Carbone & Silicium, de Mathieu Bablet. Ankama. 16,99 euros

Diaspora, de Greg Egan : "C'est de la hard SF chimiquement incroyable. C'est absolument stupéfiant"

Vingt ans après sa parution en Australie, "Diaspora" de Greg Egan, chef-d'œuvre de la science-fiction, est enfin traduit. Au XXXe siècle, l'humanité s'est divisée en trois branches : les enchairés, de chair et d'os, les gleisners, des androïdes, et les citoyens des polis, des humains numérisés dans des cités virtuelles tournant sur des serveurs enfouis sous terre. Un jour survient un déluge de rayons gamma qui stérilise la Terre, forçant les gleisners et les citoyens des polis à fuir vers les étoiles.

C'est de la hard SF chimiquement incroyable. C'est absolument stupéfiant. Je pense que même si on n'est pas scientifique, on peut suivre l'oeuvre et il faut être sensible à la poésie des mots scientifiques. Roland Lehoucq, astrophysicien au CEA et patron du Festival Les Utopiales.

Sans être scientifique peut-on se frotter à l'oeuvre de Greg Egan et ne pas être effrayé par son coté très hard SF ? Pour le paléontologue Jean-Sébastien Steyer, il faut peut-être commencer par son livre "Axiomatique", un recueil de dix-huit nouvelles sur un monde où l'homme peut acheter un enfant en kit, ou encore peut se réveiller dans le corps d'un autre dont il ne sait rien, où les dauphins génétiquement modifiés communiquent par la poésie... 

Ce sont des petites perles de dystopie, où l'espèce humaine est très présente, dans plusieurs futurs. On est effectivement dans la hard SF, mais c'est peut être un peu plus digeste parce qu'on peut piocher différentes nouvelles. Jean-Sébastien Steyer

Demain les chiens, de Clifford D. Simak : "Un portrait de l'humanité à la dérive"

"Le soir après le travail, les chiens feraient cercle pour parler de l'homme. Ils dévideraient les vieilles histoires, les vieux récits, et l'homme y acquerrait une stature divine."
"Le soir après le travail, les chiens feraient cercle pour parler de l'homme. Ils dévideraient les vieilles histoires, les vieux récits, et l'homme y acquerrait une stature divine."
© Getty

C'est le chef-d'oeuvre de cet ancien cultivateur, devenu journaliste. Vous allez découvrir un futur où l'homme a enfin cessé de maltraiter la nature, de tuer ses semblables et d'éradiquer toutes formes de vie "inférieures". Impossible ? Si, en faisant disparaître l'humanité tout simplement. Les hommes ont disparu depuis si longtemps de la surface de la Terre que la civilisation canine, qui les a remplacés, peine à se les rappeler. Ont-ils véritablement existé ou ne sont-ils qu’une invention des conteurs, une belle histoire que les chiens se racontent à la veillée pour chasser les ténèbres qui menacent d’engloutir leur propre culture ?

J'ai été particulièrement marqué par la poésie du texte, par sa beauté de cette science fiction qui est à la fois radicale et assez douce. Le livre qui date de 1952, anticipe nos sociétés actuelles et leurs rapports à la violence, à la mort, au statut des animaux et au statut de l'être sensible. Et c'est un texte incroyablement facile d'accès et d'une très, très grande poésie. Simon Riaux, rédacteur en chef du site Ecran Large

Pour Catherine Dufour, autrice, Grand Prix de l’Imaginaire pour "Le Goût de l’immortalité", c'est un chef d'oeuvre surtout connu dans le milieu de la SF pour être la seule utopie qui tienne la route. "Comment Clifford D. Simak a fait pour qu'une utopie tienne la route sur terre ? Eh bien, il s'est débarrassé des êtres humains, ces singes nues en colère. Ce n'est pas facile d'imaginer une utopie où se trouvent les humains. D'où son choix de conserver uniquement les chiens et les chats, les ours et les loups qui s'entendent très bien ma foi."

  • "Demain les chiens" de Clifford D. Simak, J'ai lu, 8 €.

Les Furtifs, d'Alain Damasio : "Un livre monde d'une dimension hors du commun"

"Le furtif, dans les représentations qui émergent, c'est le clandestin, l'insaisissable, le migrant intérieur." Couverture du livre publié aux éditions La Volte
"Le furtif, dans les représentations qui émergent, c'est le clandestin, l'insaisissable, le migrant intérieur." Couverture du livre publié aux éditions La Volte

"Ils sont là parmi nous, jamais où tu regardes, à circuler dans les angles morts de la vision humaine. On les appelle les furtifs. Des fantômes ? Plutôt l’exact inverse : des êtres de chair et de sons, à la vitalité hors norme, qui métabolisent dans leur trajet aussi bien pierre, déchet, animal ou plante pour alimenter leurs métamorphoses incessantes." Les Furtifs vous plonge dans un futur proche et fluide où le technococon a affiné ses prises sur nos existences. Une bague interface nos rapports au monde en offrant à chaque individu son alter ego numérique, sous forme d’IA personnalisée, où viennent se concentrer nos besoins vampirisés d’écoute et d’échanges. Partout où cela s’avérait rentable, les villes ont été rachetées par des multinationales pour être gérées en zones standard, premium et privilège selon le forfait citoyen dont vous vous acquittez. La bague au doigt, vous êtes tout à fait libres et parfaitement tracés, soumis au régime d’auto-aliénation consentant propre au raffinement du capitalisme cognitif.

Quinze ans après "La Horde du Contrevent", voici "Les Furtifs", le nouveau et volumineux roman d'Alain Damasio. Un roman dystopique et anticapitaliste, qui nous promet le pire en nous plongeant dans un futur où le numérique a raison de nos existences…

Pour Cécile Lestienne, directrice de la rédaction de Pour la Science, "ce livre questionne notre paresse quotidienne qui consiste, tous les jours, en échange d'un confort technologique, à laisser traîner nos données partout au lieu d'arbitrer. [...] Je n'arbitre pas tous les jours en disant : "je coche, je ne coche pas les données confidentielles". Je ne le fais pas. Et effectivement, on risque de se retrouver dans une société qu'on n'a pas peut-être pas voulu du tout."  

Quand on a aimé, adoré "La Horde du Contrevent", faut-il absolument lire "Les Furtifs" ? Sans aucun doute, pour le directeur des éditions ActuSF, Jérôme Vincent. "ll faut absolument lire ce livre explique l'éditeur_, c'est un livre pensé au niveau de son histoire, de ses personnages, au niveau politique, qu'Alain Damasio a mis plus de quinze ans à écrire. C'est un livre monde d'une dimension hors du commun où l'auteur va jusqu'à penser sa police de caractère. Il faut s'y frotter, c'est indispensable._"

François Angelier, producteur de Mauvais Genre, conseille toutefois de ne pas se lancer tête baissé dans le dernier Damasio. Sans connaissance préalable de son oeuvre, la lecture de "La Horde du Contrevent" doit être vécue comme une initiation à sa littérature. "Avec Les Furtifs vous êtes au contact de la charte esthétique, politique, poétique, typographique d'Alain Damasio, explique le journaliste. Ce qui est vraiment impressionnant dans le roman, c'est que c'est une expérience à la fois intellectuelle, esthétique et en même temps presque sensorielle, puisque tout est travaillé : la typographie, la ponctuation, l'accentuation des mots. On parle "le Damazien". C'est vraiment un des rares auteurs à avoir à ce point un univers global, un univers qui épouse toutes les dimensions possibles pour un écrivain."

BonheurTM, de Jean Baret :  "Un roman d'anticipation à pleurer de rire et d'effroi"

"L’expérience humaine n’a aucun sens. Or, la société, en fournissant une infinité de distractions, donne l’illusion d’un sens, celui du ludique. Les hommes idolâtrent les algorithmes parce que ces derniers leur fournissent du divertissement. Et les hommes sont dépendants de divertissements, et donc des algorithmes, ce qui donne l’illusion d’un sens et asservit l’humanité."

Toshiba est policier à la section des crimes à la consommation, sous-section idées. Son nom est celui de son "sponsor de vie" et sa femme fonctionne sur batterie. Il vit dans un monde saturé de publicités et d'hologrammes imposant leur présence et leurs messages dans l'espace public comme dans l'espace privé. Voilà le cadre est posé. Le monde inventé par Jean Baret est notre monde de réseaux sociaux poussé à son paroxysme où règne une société de consommation extrême dont l’un des commandements est "Avez-vous consommé ?"

Le roman BonheurTM est le premier tome d’une trilogie conceptuelle, la trilogie Trademark. "Je consomme donc je suis", tel pourrait être la raison ou l'obligation infernale de vivre des personnages du monde inventé par Jean Baret. Sa force, selon Simon Riaux, rédacteur en chef du site Ecran Large, "c'est d'inventer un vocabulaire. C'est une forme qui peut très vite devenir désuète, voire ratée en SF. Et là, il arrive non seulement à créer quelque chose d'infiniment drôle, d'infiniment crédible, mais avec son cynisme et son humour trash, il dénonce le culte du LOL, le culte du divertissement, de la petite phrase, de la punchline qui fait le sel des réseaux sociaux aujourd'hui, et de les amener vraiment à leur point de rupture ou de fusion."

Ça n'est jamais du clin d'œil pour lecteurs avertis. Il y a vraiment un plaisir de démolition qui est extrêmement communicatif quand on lit le livre. Et je trouve qu'il y a un travail stylistique de fausse légèreté, de fausse vulgarité. C'est un travail sur la vulgarité qui la met en lumière et qui l'exprime. Et vraiment, c'est un bouquin qui fonctionne un peu comme un révélateur des dérives de notre monde ultra connecté. C'est vraiment un très beau texte. 

L'univers développé par "BonheurTM" pourrait être comparé une sorte de Matrix revu par Zuckerberg, une sorte de réseau social permanent. Le héros suicidaire, termine tous les chapitres en tentant de se suicider en se tirant une balle dans la tête. L'intelligence artificielle lui dit : "Nous avons constaté que vous vous suicidiez beaucoup. Voulez-vous déduire le suicide de votre temps de loisirs ?" Mais la journée se répète, encore et toujours...

La fausse bienveillance est à ce point exacerbée, à ce point présente, qu'elle est devenue une mécanique sociale proprement monstrueuse. Ce monde en fait une espèce de prison Instagram à ciel ouvert où tout le monde se like et tout le monde s'interconnecte, s'interpénètre, au propre comme au figuré. Tout le monde a des rapports sexuels, obscènes, totalement délirants et exponentiels. Et là aussi, il y a encore un travail littéraire. Il y a une quantité de néologismes qui sont proprement géniaux. Je reste impressionné par le texte, impressionné par sa profondeur, sa férocité et son apparente légèreté.  

Philip K. Dick Goes to Hollywood, de Léo Henry : "Des uchronies hilarantes et brillantes"

Tandis que Philip K. Dick échange des lettres avec David Lynch pour la production de Blade Runner, les Beatles choisissent Lemmy Kilmister pour remplacer Paul McCartney à la mort de celui-ci. Ailleurs un groupe de tueurs traque un marin amoureux des jurons...

Bienvenue dans les univers uchroniques de Léo Henry. À travers cinq nouvelles, l’auteur de Rouge gueule de bois, du cycle Yirminadingrad et de Sur le fleuve tord l’Histoire pour offrir ses versions personnelles folles, déjantées et jouissives.

Un livre enthousiasmant pour Jean-Philippe Uzan, physicien théoricien au CNRS, qui permet de revisiter Philip K. Dick, mais pas seulement :  "Ce que j'ai beaucoup aimé, c'est qu'on plonge dans la pop culture des seventies que nos ados aujourd'hui sont en train de redécouvrir. Ils ont tous vu le film sur Queen, donc ils vous disent qu'il n'y a pas aujourd'hui un groupe qui est aussi bon que Queen. Ils ont vu le dernier Spielberg. Ils redécouvrent les jeux électroniques avec mon Apple 2 et ainsi de suite. On ne peut qu'espérer qu'ils découvrent K. Dick, les Beatles, Lynch ou encore "Blade Runner" grâce à ces nouvelles, pour certaines, hilarantes."

Ce qui a retenu l'attention de Jérôme Vincent, directeur des éditions ActuSF, c'est une nouvelle "absolument géniale" dans le recueil : "Paul McCartney serait mort en 1967 et c'est Lemmy Kilmister, le bassiste de Motörhead qui le remplace. Les Beatles deviennent un groupe... d'Heavy metal, le tout vu par un John Lennon dépressif, camé et assassin. Ca résume toute la folie et le génie de Léo Henry qu'il faut lire et découvrir."

  • "Philip K. Dick Goes to Hollywood", de Léo Henry, aux éditions actusf.

Le Fini des mers, de Gardner Doizos : "Un récit assez sombre sur l'incapacité humaine à communiquer"

Dozois a écrit de nombreuses nouvelles de SF, dont plusieurs furent primées(avec les prestigieux prix Hugo et Locus), et a édité de très nombreuses anthologies mélangeant ou croisant des genres variés
Dozois a écrit de nombreuses nouvelles de SF, dont plusieurs furent primées(avec les prestigieux prix Hugo et Locus), et a édité de très nombreuses anthologies mélangeant ou croisant des genres variés
- Editions Le Bélial

Ils étaient quatre, quatre vaisseaux extraterrestres à la dérive. Le jour se levant sur le continent américain, c'est là qu'ils atterrirent : un dans la vallée du Delaware vingt-cinq kilomètres au nord de Philadelphie, un dans l'Ohio, un dans une région désolée du Colorado, et un (pour un motif inconnu) dans un champ de cannes des abords de Caracas, au Venezuela...

Ce texte écrit au début des années 1970 vient d'être traduit pour la collection "Une Heure de lumière" aux éditions Le Bélial', et croise, selon Franck Selsis, chercheur CNRS au laboratoire physique de Bordeaux, de nombreux thèmes de la science-fiction, tels que l'invasion extraterrestre, les intelligences artificielles ou les temps relatifs, sans oublier d'y ajouter une touche de fantasy

L'histoire débute à peu près comme le film "Premier contact" : des vaisseaux extraterrestres apparaissent sur Terre et on tente vainement de communiquer avec eux, notamment avec l'aide d'intelligences artificielles. On a une vue globale sur cet événement et, en même temps, on a un témoignage intimiste d'un enfant un peu particulier. C'est un récit assez sombre, assez pessimiste, puisque c'est un récit sur l'incapacité de communiquer, et qu'on pourrait résumer de la façon suivante : si un enfant terrien n'est pas capable de communiquer avec les adultes qui l'ont en charge, comme ses parents, ses éducateurs, son psychologue, est-ce vraiment envisageable de pouvoir comprendre, d'appréhender, de communiquer avec d'autres intelligences, qu'elles soient extraterrestres ou artificielles ?

Outresable, de Hugh Howey : "Un roman visuel pour un monde post-apocalyptique englouti par le sable très stimulant"

Le sable a englouti le monde. Un autre s'est créé et les plongeurs des sables descendent à de grandes profondeurs pour récupérer les vestiges de l'ancien monde utilisés pour le troc - certains plongent pour ramener un sommier - et la survie à la surface. Trois frères et une sœur se retrouvent loin les uns des autres. Leur père, ancien plongeur des sables, les a abandonnés et a disparu dans le no man's land.

Les dunes sont mouvantes et les plongeurs des sables descendent à de grandes profondeur... On se surprend à bloquer sa respiration au cours de la lecture. Pour Olivier Lascar, chef du pôle numérique de Sciences et Avenir, c'est un roman séduisant pour son aspect visuel : "Hugh Howey a traduit cet univers de la plongée sous le sable d'une façon très colorée. Lorsque ces plongeurs revêtent une sorte de visière, leur réalité est  augmentée par des filtres de couleurs pour traduire une profondeur, la chaleur. Les objets sont plus au moins proches ont une couleur plus ou moins chaude par exemple. Visuellement, c'est très, très stimulant. Que ce soit Arrakis ou Tatooine, le motif de la planète des sables en science fiction, est souvent exploré. Donc, ce n'était pas évident de renouveler le jeu. Il me semble que Hugh Howey le fait de façon assez brillante."

L'Homme aux yeux de Napalm et La Nuit du Bombardier, de Serge Brussolo : "Un délire imaginatif, complètement fou"

Extraordinaire, sur le fond comme sur la forme, Serge Brussolo est un écrivain prolifique, adepte de l’absurde et de la démesure, qui a su s’imposer à partir des années 1980 comme l’un des auteurs les plus originaux de la SF française. Pour l'écrivain Jean Baret, il s'agit de "livres très courts et très denses, dont on sort parfois épuisé" :

L'Homme aux yeux de Napalm... Je ne peux pas trop en parler parce que si on fait un pitch ça risque de paraître un peu plat. En réalité, c'est une œuvre extraordinaire dans laquelle on retrouve un détournement de la période de Noël, et du père Noël, qui est ébouriffante. Et à mon avis, ne peut vraiment pas laisser indifférent. Et dans La Nuit du Bombardier, on a des passages enfiévrés, un délire imaginatif, complètement fou, qui mérite vraiment l'attention du lecteur...

Le Bot qui murmurait à l'oreille de la vieille dame, de Serge Abiteboul : "Un Black Mirror littéraire"

Quand votre bot s’appelle Fanny et possède la belle voix grave de Fanny Ardant, et que vous voulez le déconnecter définitivement, activer le fameux code 777 suffit-il vraiment ? Pas facile de redevenir un Universel anonyme... Nouvelle après nouvelle, Serge Abiteboul explore ce que pourrait être notre vie future, entre objets hyperconnectés, greffes de cerveau artificiel et robots presque aussi insaisissables que certains de nos semblables... La science et l’imagination s’allient pour nous faire réfléchir aux possibles – et au souhaitable.

Cécile Lestienne, directrice de la rédaction du magazine Pour la Science, conseille ce recueil de nouvelles considéré comme une sorte de "Black Mirror littéraire en bien moins noir" : 

Dans ce recueil, Serge Abiteboul propose des nouvelles de science-fiction, mais qui ne sont pas dystopiques. C'est drôle, assez cocasse, et ce n'est pas loin dans l'avenir. Ça pourrait même ressembler un petit peu à ce que nous vivons aujourd'hui. La nouvelle qui a donné son nom au recueil est une conversation hallucinante entre une mamie, son petits fils et son chat, le chat étant un robot agent conversationnel qui se moque totalement de mourir. Il y a une autre nouvelle assez rigolote où l'on voit l'équipe de France de football, dans laquelle joue le petit-fils de Zinedine Zidane. Ça se passe en Corse, où les robots parlent corse couramment, et sont tous indépendantistes. 

C'est un livre qui peut se lire juste comme un recueil de nouvelles. Mais il fait également réfléchir. Serge Abiteboul fait une sorte de petite chronique sur l'état de l'art du numérique, ce que c'est que les algorithmes d'intelligence artificielle, la gestion des données, les problèmes que posent les archives personnelles... C'est très facile à lire et c'est peut-être justement le moment de se poser la question : qu'est-ce qui nous plaît et ne nous plaît pas dans le monde numérique ? 

"Les auteurs de science-fiction prévoient l’inévitable, et bien que les problèmes et les catastrophes puissent être inévitables, les solutions, elles, ne le sont pas." Isaac Asimov
"Les auteurs de science-fiction prévoient l’inévitable, et bien que les problèmes et les catastrophes puissent être inévitables, les solutions, elles, ne le sont pas." Isaac Asimov
© Radio France

Foundation, série créée par David S. Goyer et Josh Friedman, d’après Isaac Asimov : "C'est parce qu'elle n'est pas fidèle que cette adapation est intéressante"

La série a été diffusuée sur Apple TV
La série a été diffusuée sur Apple TV

En 1966, le cycle de Fondation d'Isaac Asimov est déclaré meilleure série de tous les temps par le jury du prix Hugo. Ce "prix Nobel de l'imaginaire" vient récompenser l'une des œuvres les plus riches, les plus complexes, les plus ambitieuses de l'histoire de la science-fiction. Écrite par Isaac Asimov entre 1940 et 1990, l'œuvre est réputée inadaptable tant elle est complexe et foisonnante. Le scénariste David S. Goyer s'y est pourtant risqué et la première saison de cette série Foundation vient de se conclure sur Apple TV.  Est-il possible de retranscrire en images un récit avant tout intellectuel dont l'ambition était de proposer un syncrétisme entre sciences sociales, sciences dures et religions ? 

  • Alors, de quoi parle la série ?

Les prévisions du psycho-historien Hari Seldon sont formelles : l'empire galactique regroupant 25 millions de planètes va s'effondrer. Pour réduire au minimum la période de trente mille années de barbarie qui va fatalement s'abattre sur la civilisation, il met au point un plan ingénieux qui permettra de réduire la décadence à mille ans, et crée la Fondation, une planète destinée à recueillir les savoir-faire techniques de l'humanité.  

  • Les avis de nos critiques

Le défi est en effet de taille pour adapter une œuvre en forme de mosaïque titanesque, mais pour le sociologue et philosophe Anthony Vallat, "le résultat est satisfaisant. L'architecture thématique et ce qu'a voulu faire passer comme message Asimov est très bien retranscrit dans cette série, ça fonctionne très bien." La capitale Trantor, une planète située près du centre de la galaxie, entièrement recouverte d’infrastructure urbaine de plusieurs kilomètres d’épaisseur et peuplée de 40 milliards d’habitants est difficile à imaginer pour le lecteur. "La série permet de bien visualiser et de donner corps à beaucoup de scènes qui s'y déroulent".  

Pour Ugo Bellagamba, il ne fallait surtout pas une adaptation servile et fidèle. "Il fallait une adaptation libre qui ose s'éloigner de la structure même de Fondation tel que Asimov l'avait écrite" explique l'auteur de science-fiction_. "Et c'est ce qu'ont fait le scénariste et le réalisateur. Je pense que c'est parce qu'elle n'est pas fidèle que cette adaptation est intéressante. La série peut être vue par des gens qui ne connaissent pas 'Fondation' d'Asimov et qui vont s'attacher aux personnages et aux enjeux. Les problématiques de la psycho-histoire par exemple ne sont pas traitées de la même manière qu'Asimov. Donc, il y a des atteintes à l'orthodoxie Asimovienne, mais je pense qu'elles permettent à la série d'être visible et d'être intéressante jusqu'au bout, jusqu'au dixième épisode de la première saison_."

La Méthode scientifique
58 min

Loki, mini-série américaine de six épisodes créée par Michael Waldron : "Pour Tom Hiddleston et l'humour british qui nous permet d'échapper au combo grosses bastons et gros pathos"

 Loki est une mini-série américaine de six épisodes créée par Michael Waldron diffusée depuis le 9 juin 2021 sur la plateforme de streaming Disney+ © Marvel
Loki est une mini-série américaine de six épisodes créée par Michael Waldron diffusée depuis le 9 juin 2021 sur la plateforme de streaming Disney+ © Marvel

Qui l'eût cru ? _La Méthode scientifiqu_e s'empare de l'univers de Marvel pour en dire... du bien. La série Loki parvient à mêler la science-fiction à une forme de comédie, comme l’a fait la mythique série Doctor Who, voyages dans le temps inclus.

Loki, mort des mains de Thanos au début du film Avengers : Infinity War, est encore en vie mais dans une réalité alternative créée en 2012, lors de son évasion, alors que les Avengers voyageait dans le passé. Rattrapé par une sorte de "police temporelle" qui lui reproche d'avoir créer une ligne de temps alternative, le dieu de la malice va tenter de réparer la succession de désastres qu'il pourrait causer et corriger les choses tant qu'il le peut encore.

Pour Catherine Dufour, romancière et auteure de science-fiction, la série vaut d'abord pour l'acteur qui interprète Loki : Tom Hiddleston. Mais aussi par "un humour avengérien qui est extrêmement agréable et qui fait que l'univers Marvel échappe au combo grosses bastons et gros pathos. Officiellement bisexuel, c'est visiblement une grande découverte pour le public, alors que ça fait quand même un peu 3000 ans que Loki a accouché de Sleipnir, le cheval à huit pattes, du serpent Jörmungand et de Hel, la déesse de l'enfer. Loki a toujours été totalement gender fluid." Bref, on s'ennuie pas une seule seconde, il y a de la baston, un passage "obligé parce que c'est du Marvel. Mais on a effectivement l'impression de voir plutôt un Sherlock."

Pour Simon Riaux, rédacteur en chef d’Écran large, c'est aussi une réussite mais à condition d'apprécier et d'accepter ce qui semble être désormais la recette Marvel pour leurs séries : s'approcher d'un univers de grands codes et se l'approprier. "La référence à Doctor Who est nette, explique le journaliste, mais dans les premiers épisodes, lorsque Loki est face à la bureaucratie complètement folle des gardiens du temps, on est très proche de Terry Gilliam aussi. Et il faut accepter qu'on ne va pas forcément créer des formes, mais tout simplement les recycler, les réciter et le faire avec une certaine technicité."

Star Trek : Picard, d’Alex Kurtzman : "Voilà enfin une série avec un héros cacochyme !"

Vous êtes un peu plus âgé que je ne l'imaginais" |Copyright Aaron Epstein/CBS
Vous êtes un peu plus âgé que je ne l'imaginais" |Copyright Aaron Epstein/CBS

Patrick Stewart, acteur anglais de 80 ans, ré-enfile la tenue du capitaine Picard âgé lui de... 92 ans dans la série. Jugé responsable d'un terrible accident, il avait été sommé de quitter Starfleet. Il coulait depuis des jours tranquilles dans son château bourguignon, où il s'occupait de ses vignes en compagnie de deux amis vulcains et de son chien baptisé "Numéro 1". Mais le voici de retour dans l'espace. 

Pour le plus grand plaisir d'Ariel Kirou : "Cette idée du héros cacochyme dans notre époque de vieillissement et d'économie sociale et solidaire, me semble être une idée tout à fait pertinente pour sortit de ces beaux héros et ces belles femmes pleines d'entrain."Ne serait-ce pas pourtant encore une série qui tire un peu sur la franchise, sur la marque, sur la nostalgie plutôt que de tenter de renouveler les imaginaires ?

Pour le rédacteur en chef d’Écran large, Simon Riaux "ce corps âgé, cette physicalité différente dans un univers ultra-technologique induit quelque chose d'autre. C'est assez intéressant de le tester dans l'univers de Star Trek, qui a toujours été pensé comme allant vers le progrès, vers une forme de prospective humaine, philosophique et explorationnelle. C'est très beau de voir dans Star Trek, un homme qui ne pense qu'à ses vignes sur Terre."

Neon Genesis Evangelion, d'Hideaki Anno : "Une œuvre  absolument fantastique, complètement en dehors des clous, qui se moque des clichés"

Sortie en 1995, cette série animée, hissée au rang de chef d’œuvre de l’animation japonaise est diffusée sur Netflix.
Sortie en 1995, cette série animée, hissée au rang de chef d’œuvre de l’animation japonaise est diffusée sur Netflix.

Imaginez un peu : des monstres mythologiques, appelés Anges, parfois abstraits, contre des robots humanoïdes qui s’avèrent être eux-mêmes des monstres, mais pilotés par des enfants dépressifs qui luttent autant contre leurs phobies que dans leurs rapports avec des adultes torturés et pervers. Préparez-vous à plonger dans Neon Genesis Evangelion, série anime japonaise cultissime, véritable tragédie grecque accessible à tous – sauf aux enfants.

Alors pourquoi (re)voir cette série qui a déjà 25 ans ?

Pour le maitre de conférences en langue et civilisation du Japon contemporain Julien Bouvard, il s'agit d'abord de son côté avant-gardiste, voire expérimental. "D'un côté, c'est une série comme les autres, insérée dans une industrie qui joue sur la répétition et les figures imposées. Une série de gros robots où figurent des combats, des personnages adolescents, de la romance. Mais c'est aussi, en fait, une œuvre qui sur le plan graphique est extrêmement ambitieuse dans sa réalisation, avec un montage original, des plans magnifiques, des partis pris visuels qu'on ne voit d'ordinaire que dans des festivals de courts métrages, de films expérimentaux - entre un film avec la pellicule ratée et puis d'autres aux couleurs tellement saturées qu'on n'y voit plus rien. Evangelion, c'est ça : la possibilité de diffuser ces images qui sont normalement limitées à un public d'experts à la télévision japonaise sur un créneau horaire destiné aux jeunes. Et c'est pour ça que cette série est absolument fantastique."

Nicolas Martin n'est plus à convaincre non plus : "Ça commence assez classiquement, comme ce qu'on connaît, c'est à dire du film de Mecha vs Kaïju, et puis, très vite, Hideaki Anno va commencer à subvertir le genre en y introduisant des éléments extrêmement adultes, presque incongrus par rapport à ce qu'on peut attendre du genre du dessin animé de Kaïju. C'est à la fois mystique, violent, trouble, parfois abstrait."

Bien au-delà d'une histoire de robots, l'anime Evangelion est reconnu pour son travail très riche sur la psychologie de ses personnages : "Dans ce type de dessin animé, on avait tout le temps un pilote qui était ravi de rentrer dans un robot géant pour aller casser la margoulette aux méchants. Il criait ses attaques, il était fou de joie. Et là, on a un gamin de 14 ans complètement dépressif, qui ne va pas bien du tout" explique Matthieu Pinon, journaliste spécialisé en pop culture japonaise. Au delà des robots, on comprend rapidement que l'intérêt de l'anime réside dans la psychologie de Shinji et de toute la galerie de personnages que l'on va suivre.

Love, Death and Robots : accrochez-vous, la série divise !

Quand certains puristes y voient de la « chair à binger » pour millennials, des amateurs de science-fiction, certes moins chevronnés, crient au génie.
Quand certains puristes y voient de la « chair à binger » pour millennials, des amateurs de science-fiction, certes moins chevronnés, crient au génie.
- Netflix

Love, Death and Robots est une anthologie d’animation coproduite par David Fincher (Seven, Fight Club) et Tim Miller (Deadpool). Elle réunit 18 courts métrages réalisés par des talents venant du monde entier. Netflix précise : "Les histoires couvriront une variété de sujets matures, notamment le racisme, la gouvernance, la guerre, le libre arbitre et la nature humaine". Le programme de 185 minutes arpente divers genres, parmi lesquels la science-fiction, l’horreur ou encore la comédie dans une forme 2D ou 3D photoréaliste.

Pour Guillaume Baychelier, docteur es arts et sciences de l’art, "c'est une sorte d'état de l'art de ce qui peut se faire en animation, sachant qu'on a des studios qui viennent d'un peu partout sur la planète, avec des techniques assez variable, assez différentes. On a de la 3D comme on pourrait s'attendre à en voir sur des longs métrages de type Pixar, mais on a aussi des choses beaucoup plus expérimentales avec de la rotoscopie. Donc on apprend des choses très, très différentes. Et c'est justement ça qui est intéressant."

Olivier Lascar, chef du pôle numérique de Sciences et Avenir, préfère se situer dans une position médiane. "Formellement, c'est assez stupéfiant dans la variété des modes de traitement. Mais si on enquille les épisodes les uns après les autres, on a l'impression de faire une séance de "chewing-gum des yeux" tellement tout ça est très varié, trop varié peut être. Au niveau des scénarios, ce sont plus des variations sur des motifs de science fiction. Par exemple, Alien adapté dans un monde de fermiers. Bon, voilà, on a l'impression qu'ils rejouent les gammes. Mais formellement, c'est quand même très, très étonnant. Le conseil que j'aurais par rapport à cette série, c'est peut être d'aller voir quels sont les épisodes qui sont conseillés et de les regarder comme on sirote un alcool fort. Il ne faut pas siffler toute la bouteille d'un coup."

Pour le rédacteur en chef du site Ecran Large Simon Riaux, le visionnage a en revanche été un "cauchemar absolu". "Au delà de la curiosité et des divers thèmes qu'elle aborde, l'anthologie ramène à ce vieux cliché de la science fiction : un truc d'ado un peu bas du front avec des gamins qui veulent regarder des gros robots qui explosent et des petites pépées sans culottes. Et j'ai vraiment l'impression que l'anthologie a vraiment été pensée par trois espèces de gros bourrins. Ce n'est pas le cas dans tous les courts métrages, certes, mais il y en a carrément une bonne dizaine. J'ai vraiment l'impression de voir des gens qui n'aiment pas tant la science fiction que ça et qui essayent de coller aux clichés qu'on a accolé au genre. Ça a été une grande souffrance."

  • Love, Death and Robots disponible sur Netflix.

"Good Omens", une fin du monde british et gourmande

Au commencement était un roman : "Good Omens" ("De bons présages" en français), paru en 1990 en Grande-Bretagne.
Au commencement était un roman : "Good Omens" ("De bons présages" en français), paru en 1990 en Grande-Bretagne.

Disponible sur Amazon Prime Vidéo et en VOD, "Good Omens" est une mini-série adaptée du roman homonyme signé Neil Gaiman et Terry Pratchett. Dieu et Satan ont décidé que l'Apocalypse aurait lieu demain. A Londres, un ange secondaire, libraire, et un petit démon, dandy amateur de rock et de grosses cylindrées, envoyés permanents de Dieu et Satan sur terre, sont chargés de son organisation. Habitués aux joies de la vie terrestre, ils décident de saboter cette entreprise et d'abuser leurs patrons.

C'est peu dire si Jehanne Rousseau, fondatrice du studio de jeu vidéo Spiders hésitait à se lancer dans le visionnage de la série tant elle avait aimé le livre. Rassuré par le fait que l'adaptation soit signée par Neil Gaiman lui-même, à la demande de Terry Pratchett peu de temps avant sa mort, la découverte de cette série hommage a été réjouissante :  "Ça a été un régal. Un régal du début jusqu'à la fin. J'étais au départ un peu abasourdie par les choix graphiques, et puis ça passe tout seul. David Tennant, ex Doctor Who est extraordinaire. C'est anglais jusqu'au bout des ongles. C'est délicieux. C'est génial. Vraiment, je suis folle amoureuse de cette série."

Un avis partagé par Catherine Dufour, autrice :

C 'est très drôle. C'est un humour anglais que j'adore. La voix de Dieu, c'est une voix féminine, il y a plein de choses biens vues et originales et très drôles. Par exemple, quand l'ange et le démon boivent ensemble, une fois vraiment ivre mort, ils se concentrent, et d'un coup, ils désaoulent et les bouteilles se re-remplissent. C'est génial !"

  • Good Omens disponible sur Prime Vidéo.

"Battlestar Galactica", la meilleure série SF de la galaxie ?

Au départ, c’est un space opera, dans la lignée du succès de Star Wars, diffusé à partir de 1978 sur le réseau ABC aux Etats-Unis. Allociné
Au départ, c’est un space opera, dans la lignée du succès de Star Wars, diffusé à partir de 1978 sur le réseau ABC aux Etats-Unis. Allociné

"Les Cylons ont été créés par l'homme.
Ils se sont rebellés.
Ils ont évolué.
Ils ressemblent à des humains et ressentent comme des humains.
Certains sont programmés pour penser qu'ils sont humains.
Il y a plusieurs copies.
Et ils ont un plan."

C'est le 18 octobre 2004 que résonnait pour la première fois à la télévision britannique, les notes de ce générique culte. Celui de la toute première saison de "Battlestar Galactica", remake de la série de Glenn Larson de 1978, ouvrant une toute nouvelle ère de science fiction télévisuelle pour quatre saisons. L'histoire, sans rien dévoiler de l'intrigue et de ses multiples rebondissements, peut tenir en trois lignes. Les Cylons, des robots créés par l'homme, décident l'anéantissement de la race humaine. Une poignée de rescapés guidés par le dernier vaisseau de guerre, le Galactica, tentent de survivre en entreprenant le voyage de la dernière chance, pour trouver leur mythique planète d'origine qui porte le nom de "Terre" tandis que les cylons se lancent à leur poursuite, déterminés à les exterminer.

Son concepteur Ronald D. Moore, écrit en 2003 un manifeste dans lequel il expose sa conception de son projet en terme de science fiction. Ce sera décisif selon Mehdi Achouche, maître de conférences à Lyon 3 en civilisation américaine et études culturelles.

Ronald D. Moore a cette volonté de se dissocier dès le départ de ce qu'il appelait "la planète de la semaine", c'est à dire vraiment de faire un space opéra mais basé sur de la SF naturaliste, qu'il appelle aussi SF réaliste. Même s'il respecte beaucoup Star Trek, il souhaite cesser avec les voyages dans le temps, les jumeaux diaboliques, la planète de la semaine, les aliens de la semaine... Il veut montrer quelque chose de réaliste, comme par exemple l'impact psychologique que peut avoir le fait d'être perdu très loin dans l'espace, la plus grosse partie de l'humanité, a été détruite. 

Le plus marquant pour Jean-Claude Heudin, directeur du laboratoire de recherche de l’Institut International du multimédia Léonard de Vinci, c'est que la série cesse d'un seul coup, d'être de la SF télévisuelle filmée comme de la SF.

La série est filmée comme un documentaire, certaines parties quasiment comme un documentaire "embeded". La représentation des créatures artificielles est extrêmement soignée de manière à les rendre crédibles, ce qui n'est pas toujours le cas dans des séries ou des films de science fiction.

Nicolas Martin, le producteur de l'émission La Méthode scientifique, évoque lui un aspect de la série qui l'avait particulièrement marqué au moment de sa découverte, les combats dans l'espace.

Il n'y a pas de laser, on tire à munitions réelles. D'ailleurs, parfois, les munitions manquent, ça devient des enjeux militaires et économiques. Et surtout, cette guerre dans l'espace est filmée quasiment dans le silence. On cherche l'action. 

Un autre aspect important qui renforce lle réalisme de "Battlestar Galactica" : sa dimension éminemment politique. Dans un contexte post 11 septembre et l'intervention des forces armées américaines en Afghanistan, la série propose ce que la  meilleure SF sait faire : transfigurer l'actualité pour mieux parler des enjeux contemporains à travers le prisme du futur et de la science fiction.

Pour Mehdi Achouche, dès le début, le 11-Septembre est très présent :

On ne peut pas ne pas penser aux attaques de New York. On a un mur dans le vaisseau avec des photographies des victimes et des bougies qui font penser aux murs similaires à New York. On a sans, trop spoiler la suite, des attentats suicides à bord de la flotte. On a une sorte d'équivalent de Patriot Act qui est passé, qui instaure des tribunaux d'exception. On parle de chasse aux sorcières, la paranoïa s'installe puisque désormais, les Cylons nous ressemblent, ils sont infiltrés à bord de la flotte. Personne ne sait qui est un terroriste, mot qui est employé tout au long de la série. Et puis finalement, on a bien sûr, dès la première saison, la question de la torture. Faut-il l'utiliser ou non ? Comment fait-on pour assurer la sécurité tout en respectant les libertés individuelles ? 

Mais il y a aussi une réflexion sur les religions extrêmement importantes avec cette opposition entre monothéisme et polythéisme :

D'un côté les 50.000 humains qui restent sont polythéistes, et ont une religion tout à fait développée avec une prophétie qui fait penser aux anciens polythéismes de l'Antiquité, tandis que les Cylons, eux, sont monothéistes. Il va y avoir une guerre des religions en sourdine et parfois évidemment de manière très brutale. Jean-Claude Heudin

  • Battlestar Galactica disponible sur Prime Vidéo et en dvd

"Rick et Morty", de Justin Roiland et Dan Harmon : entre nihilisme et concepts SF

La série utilise le concept des multi-univers. Cela signifie qu'il existe une infinité de mondes, donc une infinité de Rick et Morty. Netflix
La série utilise le concept des multi-univers. Cela signifie qu'il existe une infinité de mondes, donc une infinité de Rick et Morty. Netflix

La série Rick et Morty est bien plus qu'une simple série animée comique. Le show américain de la chaîne Adult Swim déploie un univers vertigineux dans un mélange fructueux de cynisme, d’humour et de science fiction. La série créée par Justin Roiland et Dan Harmon présente les aventures d’un grand père Rick, génie et alcoolique, et de son petit fils Morty, timide et insouciant. Ils visitent des univers parallèles grâce à l'une de ses inventions : "le pistoportail". Ces voyages sont autant d'occasion d'explorer des oeuvres et des concepts de SF.

Pour l'écrivain de SF Jean Baret, il faut regarder cette série pour deux raisons essentielles :

La première, pour tout amateur de SF, c'est une série absolument géniale, parce qu'il y a des concepts de SF par dizaines dans chaque épisode qui sont souvent détournés d'une façon humoristique et cynique. Mais malgré tout très bien traités. Je trouve ça extraordinaire. Deuxième raison, c'est que le grand-père Rick, est un pur nihiliste. Il y a une vraie recherche de ce que ça peut présenter d'être nihiliste dans la vie de tous les jours. C'est suffisamment rare pour être souligné et pour mériter l'attention du spectateur.

La créativité du scénariste Dan Harmon, que ce soit pour ses personnages, la structure narrative des scénarios ou le traitement des concepts scientifiques ou de SF est assez époustouflante, estime Simon Riaux, rédacteur en chef d'Ecran large.

Dan Harmon s'intéresse à des personnages souvent toxiques. Il n'est pas là pour les excuser. Il n'est pas là pour leur trouver de justifications. Il essaye de les comprendre et de voir comment ils interagissent avec les autres. Je trouve ça assez passionnant. Harmon, c'est un vrai architecte en termes de scénario, il travaille sa structure, il travaille son tempo et quand il les marrie à des concepts de SF, notamment les univers parallèles par exemple, il est face à des possibilités scénaristiques infinies. Ce qui est sidérant, c'est que face à des concepts où on se dit, "mais moi en 2h20 de long métrage, je n'arriverais pas à l'explorer", lui arrive a en faire une proposition sérieuse, extrêmement profonde en 20 minutes. Et ça, c'est brillant.

  • Rick et Morty disponible sur Netflix.
"Je ne vous mentirai pas sur vos chances de survie mais… vous avez ma sympathie."  Alien - Le huitième passager, Ash
"Je ne vous mentirai pas sur vos chances de survie mais… vous avez ma sympathie." Alien - Le huitième passager, Ash
© Radio France

Dune, film de Denis Villeneuve, d'après l'oeuvre de Frank Herbert : "Villeuneuve signe un film très réussi"

Timothée Chalamet et Rebecca Ferguson dans une scène de « Dune » dans le désert de Jordanie  PHOTO : CHIABELLA JAMES WARNER
Timothée Chalamet et Rebecca Ferguson dans une scène de « Dune » dans le désert de Jordanie PHOTO : CHIABELLA JAMES WARNER

Avec plus d'un million d'entrées, le film de Denis Villeneuve a rencontré son public en France, mais aussi dans le monde. Tant et si bien qu'une suite a été annoncée pour octobre 2023 ! Ce qui n'était pas gagné d'avance, car deux réalisateurs, et pas des moindres s'étaient cassés les dents, tant l’œuvre est jugée inadaptable au cinéma. Il y a près de 40 ans, le film de David Lynch s'était conclu par un fiasco commercial complet. Quant à celui de Jodorowsky, il n'a jamais vu le jour et nous ne le connaissons que via le documentaire que lui a consacré Frank Pavich en 2013...

  • Alors, de quoi parle le film ?

Dans un avenir lointain, en 10 191, Paul Atréides a le destin de son peuple entre les mains. Ce jeune fils de duc aux pouvoirs particuliers, doit se rendre sur la planète la plus dangereuse de l’univers, Arrakis, aussi connue sous le nom de Dune, où l’on retrouve l’Épice, précieuse ressource aux vertus multiples que tous s’arrachent.

  • Les avis de nos critiques

Face à cette œuvre intemporelle, quasi visionnaire, aucune adaptation satisfaisante n'avait été réalisée, "sauf la trilogie de la Guerre des étoiles de Lucas qui s'en est librement inspiré et pouvait satisfaire les fans de Dune" estime Nicolas Allard, professeur de lettres modernes. Attendre 2021 pour adapter ce monument de la science fiction se justifie aussi par l'arrivée de progrès techniques : "Les moyens visuels n'étaient pas à la hauteur, de ce point de vue là, Villeneuve signe un film très réussi." Mais demeure une difficulté majeure : comment retranscrire à l'écran des pensées philosophiques, parfois ésotériques, mais également la dimension écologique ? "Tout cela est assez difficile, on ne peut pas s'en tenir simplement à l'action puisqu'elle n'est pas toujours présente." 

L'utilisation de la voix off en début du film fonctionne, de la même manière que Le Seigneur des anneaux de Peter Jackson, pour présenter les enjeux de l'histoire et des personnages. Cette scène d'ouverture "dévoile non seulement le programme plastique du film, selon Simon Riaux, rédacteur en chef d’Écran Large, mais aussi ses capacités à condenser une œuvre connue pour sa richesse et son aridité." En revanche Denis Villeneuve n'a pas toujours réussi dans son film "à faire tenir à la fois un récit de science fiction de l'ordre du Space Opéra, où il y a des civilisations qui entrent en jeu, des grandes familles du pouvoir, mais aussi de pures questions spirituelles et mystiques."

Face à la complexité de cette œuvre, Denis Villeneuve a opté "pour une sobriété de l'intrigue et il a presque respecté la règle des trois unités théâtrales, explique la chercheuse Natacha Vas Deyres. Une planète, un lieu : Arrakis. Une intrigue : la prise de pouvoir et en même temps la transformation de Paul. Et une temporalité : ce moment rapide où les Atréides arrivent sur Arrakis et se font attaquer par les Harkonnen."Les trois s'accordent à vanter les mérites et la qualité du design sonore du film, qui, couplé à la musique de Hanz Zimmer, rendent "l'univers de Dune spectaculaire." Une mélopée d’outre-espace "écrasante" qui fonctionne peut-être mieux encore "sans image" comme le précise Simon Riaux sans cynisme.

À réécouter : Dune : le ver de trop ?
La Méthode scientifique
58 min
La Méthode scientifique
59 min

Coherence, de James Ward Byrkit : "Un petit bijou de science fiction minimaliste, avec un scénario à toute épreuve"

Méfiez vous des comètes !
Méfiez vous des comètes !
- Allociné

Le réalisateur James Ward Byrkit a invité huit comédiens à venir chez lui dans sa maison. Le film est tourné chez lui en une semaine à peine avec un micro-budget d’à peine 50.000 dollars. Aucune star n'est présente au générique. Les comédiens n'avaient pas de script, mais chaque jour, il leur donnait une feuille avec quelques indications sur leur personnage et à partir de là, il pouvait complètement improviser. L'histoire : alors qu'une comète s'apprète à passer près de la terre, quatre couples se réunissent pour passer une soirée agréable. Tout se passe bien, jusqu'à ce que des phénomènes étranges surviennent : les téléphones portables se craquellent, panne de courant, la maison au bout de la rue ressemble à la leur et leurs habitants également...

Pour Matthieu Pinon, journaliste spécialisé en pop culture japonaise, ce qui est très très intéressant, c'est de voir "les réactions diverses des personnages, mais toujours cohérentes, face à ces choses très étranges qui arrivent autour d'eux. On se rend compte alors que finalement l'être humain cherche toujours à trouver quelque chose de mieux dans un environnement qui n'est pas forcément le sien."

"Pas de budget, mais c'est un petit bijou de scénario, incroyablement construit, ciselé, une sorte de puzzle de multivers qui se déploie dans un temps assez court car le film dure une heure et demie." Nicolas Martin

Pour Simon Riaux, rédacteur en chef du site Ecran Large, Coherence n'est pas un film de "petit malin" qui voudrait être démonstratif, qui déroulerait son concept en nous donnant des petits coups les côtes, en nous disant : "Mais qu'est ce que je suis intelligent, tu as vu ma belle idée ?" "Le film laisse exister ses personnages, explique le journaliste,  jusque dans le montage, dans l'ellipse ou dans les effets de vertige, d'écho. Les comédiens peuvent exister et moi, je trouve assez remarquable de réussir à être aussi rigoureux, aussi carré en termes d'architecture, de narration et de parvenir à laisser exister de la chair au milieu de tout ça."

Razorback de Russell Mulcahy : un peu de bestialité dans un monde cartésien

Razorback est le bébé du producteur australien Hal McElroy qui découvre le roman de Peter Brennan en 1982 et en achète aussitôt les droits d’adaptation. Allociné
Razorback est le bébé du producteur australien Hal McElroy qui découvre le roman de Peter Brennan en 1982 et en achète aussitôt les droits d’adaptation. Allociné

Au fin fond du désert australien vit une créature mutante capable de déchiqueter un homme en deux et de détruire une maison en quelques secondes. Plus de 400 kilos de défenses et de muscles avec pour unique objectif de terroriser la petite communauté isolée, et qui souhaite le rester, de Gamulla, une ville tout aussi violente et primitive que la bête qui la menace…

Razorback est le projet du producteur australien Hal McElroy. En 1982, il découvre le roman de Peter Brennan et en achète aussitôt les droits d’adaptation. Il va donner sa chance au jeune réalisateur de vidéo clip Russel Mulcahy qui espère percer au cinéma. Cette plongée crasse et suintante au cœur du bush et de l’outback australien ravi le producteur François Angelier :

Il ne peut déjà pas se passer grand chose, ni grand chose de bon à Gamulla, qui vit essentiellement d'une usine de nourriture pour animaux tenue par deux dégénérés rednecks absolument grandioses et totalement baroques. Et l'autre élément important à Gamulla, c'est Razorback. On est à un croisement bizarre entre, d'une part, Moby Dick, puisqu'il y a cette espèce de dimension mythique d'un animal qui est tout le temps présent, tout le temps absent, qu'on entrevoit en permanence. On peut penser à Alien qui est à un moment cité dans le film. Mais aussi au film Wake in fright de Ted Kotcheff. On est au cœur d'une richesse cinématographique, qu'on appelle la Ozploitation. Ce sont les films d'exploitation produit en Australie qui vont des années 70 jusqu'aux années 85. C'est un cinéma complètement parti, barré, immaîtrisable, délirant, qui laisse le cinéma américain, en matière de délire et de folie, loin derrière. 

  • Razorback, disponible sur Prime Vidéo.

"Alien, le huitième passager" : monument, film culte, chef d'oeuvre, bijou... mais pourquoi le revoir en famille ?

En 1979, Alien sortait sur les écrans français, révélant au grand public son actrice principale, Sigourney Weaver, dans le rôle de l'inoubliable Ellen Ripley...
En 1979, Alien sortait sur les écrans français, révélant au grand public son actrice principale, Sigourney Weaver, dans le rôle de l'inoubliable Ellen Ripley...
© Getty - Sunset Boulevard

"Dans l'espace, personne ne vous entendra crier"... Il y a peu d’accroches de films aussi célèbres que celle d’Alien. Cette seule phrase permet de faire jaillir devant nos yeux les membres d'équipage du Nostromo qui vont successivement devoir faire fasse à ce fameux 8ème passager. Monument, film culte, chef d'oeuvre, bijou... tout le monde a vu ce film majeur de la SF. Pourquoi faudrait-il, plus de 40 ans après sa sortie le revoir ? Pourquoi est ce qu'il est important de replonger dans cet univers ? Voici quelques bonnes raisons de se faire une soirée Alien en famille !

"Alien", c'est de la SF, évidemment, mais c'est d'abord une œuvre d'art du plasticien Hans Ruedi Giger. Et en termes de biologie, d'épidémiologie, d'évolution, de développement, c'est une parfaite réussite. "Alien" concentre cette espèce d'entité biologique à elle seule, tous les traits dégueulasses et ignobles du monde vivant et des mondes fossiles. Pour moi, paléontologue, c'est un chef-d'oeuvre ! Sébastien Steyer, paléontologue CNRS au Muséum d’Histoire Naturelle.

L'infinie richesse du film

Le film développe un méta discours sur une espèce de masculinité toxique à laquelle se confronte Sigourney Weaver, qui est absolument passionnant. Je ne le voyais peut être pas il y a quatre, cinq ans. C'est un film dont la richesse et les strates semblent absolument infinies. Simon Riaux, rédacteur en chef du site Ecran Large.

"Parce que Ripley, tout simplement"

Parce que Ripley tout simplement. Je l'ai vue pour le coup avec ma fille de 13 ans et ça a été pour elle, comme cela avait été pour moi bien plus jeune, une révélation. Enfin, ce personnage féminin passionnant qui est à la fois extrêmement fort, mais qui a des faiblesses, qui est multiple. Ellen Ripley évolue tout au long du film, et ça, c'est génial. Rien que pour ça, il faut revoir "Alien"." Jehanne Rousseau, fondatrice du studio de jeux vidéo Spiders.

"Alien, c'est la création d'une ésthétique"

_"_Alien", c'est la création d'une esthétique. Jusqu'à là, tous les vaisseaux spatiaux étaient propres comme des sous neufs. Et là, tout d'un coup, on a eu cette espèce de vapeur gothique, avec un vaisseau qui quasiment vit et respire. C'est absolument terrifiant. Et depuis, absolument tous les vaisseaux spatiaux en SF s'en sont inspirés. Catherine Dufour, autrice, Grand Prix de l’Imaginaire pour Le Goût de l’immortalité.

Un clin d’œil à Joseph Conrad

"Il faut rappeler que le vaisseau d'Alien s'appelle le Nostromo, joli clin d'œil à Conrad. C'est le titre d'un des plus grands chefs d'œuvre romanesque de Conrad. L'espèce de bateau militaire dans Apocalypse Now est un proche parent du Nostromo. Ce qui rend sympathique cette histoire, c'est qu'on n'est pas sur ces espèces de vaisseaux irrespirables où tout le monde est beau, intelligent, où toute la technique est maîtrisée à mort. On est sur une espèce de rafiot foireux qui s'en va crever aux confins de l'univers, et qui, en plus de ça, choppe une bestiole dont personne ne veut et qui va mettre le feu à la terre. Je trouve ça trrrrrès sympathique." François Angelier, producteur de Mauvais genre.

  • Alien, le huitième passager, disponible sur Prime Vidéo.

"Sunshine", de Danny Boyle : un flop flamboyant à redécouvrir

A trop s’approcher du soleil, on se brûle les ailes ! Allociné
A trop s’approcher du soleil, on se brûle les ailes ! Allociné

En 2057, le soleil s’éteint peu à peu, condamnant l’Humanité. Après une première expédition avortée, un second groupe de scientifiques est envoyé en vaisseau spatial pour faire imploser une charge thermonucléaire sensée réveiller l’astre solaire...

"Sunshine brille de mille feux avant d'imploser en un dramatique trou noir" écrivait le journal Variety en 2007 au moment de la sortie du film. C'est peu dire que l'incursion dans l'espace du cinéaste britannique a été peu appréciée à l'époque. Pourtant, ce film amoché par la critique, voire le public, a été mésestimé selon Simon Riaux, rédacteur en chef du site Ecran Large et Olivier Lascar, chef du pôle numérique de Sciences et Avenir.

C'est un grand film de SF qui se lance un défi incroyable : retrouver de la sensorialité dans l'espace. Ce n'est pas un film froid, ce n'est pas un film de pur concept, au contraire. Parce que justement quand le film commence, ils sont dans l'espace depuis sept ans et ça fait sept ans que leur seul point de mire dans l'espace, c'est le soleil. On les voit se poser une question à laquelle le film se garde bien de répondre : est ce que la lumière, c'est autre chose que des photons ? Est ce que la lumière, ça contient quelque chose qui est surnaturel, qui est de l'ordre du divin ? Qu'est ce que la lumière et comment elle me permet de faire de l'image, c'est forcément une réflexion de quelqu'un qui crée des images, des photogrammes. Pour Danny Boyle c'est un bonheur qui l'emmène jusqu'à l'abstraction. On commence dans la hard SF et les vingt dernières minutes du film sont purement, quasiment abstraites, purement sensorielles, très expérimentales. Boyle s'autorise une liberté formelle qui est rarissime dans les films hollywoodiens. Simon Riaux

Danny Boyle parvient à faire de Sunshine un vrai film d’auteur à la beauté plastique indéniable où le soleil est un personnage à part entière pour Olivier Lascar, chef du pôle numérique de Sciences et Avenir.

Le Soleil, qui est le personnage principal de ce récit, est campé dans une dimension qui dépasse celle de la science. Evidemment son contact, quasi charnel dans le film, nous rappelle à quel point sa fonction est vitale. Mais le film pose le soleil comme un personnage divin. On pense à une mise en forme de toutes ces légendes égyptiennes ou incas avec ce dieu soleil qui est le maître des vies humaines mais qui, dans cette société hyper techno, invente un nouveau rapport.