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Loïc Blondiaux : "les civic tech ont un fort potentiel de transformation démocratique"

Par
Loïc Blondiaux
Loïc Blondiaux
© Radio France - H.G.

Pour le professeur de science politique à l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne, les technologies et innovations au service de la démocratie ont un fort potentiel de transformation. Mais leur effet réel reste encore limité.

Quelles types d’initiatives rassemble-t-on derrière le terme de « civic tech » ?

On a affaire à une véritable prolifération de nouvelles applications et innovations qui se proposent de renouveler le numérique par la politique. Mais toutes ces initiatives n’ont pas le même statut ; elles ne poursuivent pas non plus le même objectif. Certaines sont davantage tournées vers le marché, avec l’idée qu’il y a une commercialisation possible de la discussion entre élus et citoyens. A l’autre extrémité du spectre, il y a des dispositifs qui pourraient changer le paysage institutionnel de manière plus profonde. Ce sont des pôles et des formes d’organisation assez opposés, qui vont des start-up de l’économie collaborative aux associations.

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Quelle place prend la critique de la démocratie représentative dans ces initiatives ?

Et il y a un autre continuum partant des civic tech qui visent l’amélioration de la représentation, en donnant aux institutions une meilleure connaissance des citoyens. (Cela peut être le cas de Parlement et citoyens, pour ne citer qu’un exemple.) A celles qui essayent, à l’inverse, de promouvoir d’autres formes. Comme faire collaborer élus et citoyens – dans l’élaboration d’une loi par exemple. Ou, plus loin, permettre une action plus directe des citoyens.

Qu’y a-t-il alors de commun dans ces nouvelles manières d’aborder la politique à l’ère d’Internet ?

L’existence de ces différences ne signifie pas qu’il n’y a pas de lien entre ces initiatives. Elles sont portées par une série de valeurs communes, et une logique de coalition, avec le sentiment que l’on va progresser ensemble. En outre, les valeurs portées par les communautés numériques sont assez antagonistes de celles des acteurs politiques traditionnels. Comme par exemple l’horizontalité, l’inclusion, la contribution. Cette dernière est un élément clé de la légitimité : ceux qui contribuent ont le droit de se faire entendre.

Dans quelle mesure ces initiatives vous semblent-elles remplir leur promesse, qui est de rapprocher les citoyens de la politique ?

Le potentiel de transformation est là, et il est bien réel. Mais aujourd’hui, les utilisateurs ne se comptent qu’en milliers . Autant dire qu’ils ne sont pas encore assez nombreux pour avoir un effet de levier sur les institutions. Ces dernières sont à l’image du géant Gulliver : attaqué par des Lilliputiens qui lui lancent des filets, il n'est pas vraiment atteint.