Louvre : le déménagement titanesque de 250 000 œuvres dans le nouveau Centre de conservation de Liévin

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Louvre : le déménagement titanesque de 250 000 œuvres dans le nouveau Centre de conservation de Liévin

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Une partie de la réserve du sous-sol du Louvre avait été évacuée dans l'une des salles du département Antiquité lors de la crue de la Seine en juin 2016 à Paris
Une partie de la réserve du sous-sol du Louvre avait été évacuée dans l'une des salles du département Antiquité lors de la crue de la Seine en juin 2016 à Paris
© AFP - Geoffroy Van Der Hasselt

Le fil culture. Le Centre de conservation de Liévin (Pas-de-Calais) a été inauguré ce mardi, à quelques pas du Louvre-Lens. Ce nouvel espace de 18 500 m² fermé au public accueillera d’ici quatre ans 250 000 œuvres de la réserve du musée du Louvre, dont une majorité jusqu’à présent stockées en zone inondable.

Un déménagement unique en son genre débute à la fin du mois, entre le musée du Louvre de Paris et Liévin, dans les Hauts-de-France. "C’est la plus grande opération de transfert de collections depuis l’évacuation du Louvre en 1940 lors de l’avancée des troupes allemandes pendant la Seconde Guerre mondiale", commente Brice Mathieu, le directeur délégué du Centre de conservation du Louvre. En quatre ans, 250 000 œuvres vont quitter les réserves actuelles du musée parisien pour rejoindre ce nouveau centre inauguré mardi et conçu spécialement pour les accueillir. C’est la première fois qu’un tel flux doit être géré pour "mettre des œuvres à l’abri" d'après le directeur délégué. Car c’est l’objectif principal de ce centre flambant neuf : préserver des œuvres actuellement stockées dans les sous-sols du musée du Louvre, autrement dit en zone inondable.

La réserve R1, la plus haute des 8 réserves du Centre de conservation, va accueillir les pièces les plus lourdes. Liévin, le 25 septembre 2019.
La réserve R1, la plus haute des 8 réserves du Centre de conservation, va accueillir les pièces les plus lourdes. Liévin, le 25 septembre 2019.
© Radio France - Anne Chépeau

150 000 œuvres jusqu’à présent stockées en zone inondable

Face au risque de crue centennale de la Seine, le besoin de trouver un autre lieu pour conserver les œuvres en réserve était une priorité. Actuellement, elles sont 150 000 à loger dans les sous-sols du Louvre à Paris. Elles seront donc transférées en priorité à Liévin lors de la 1re phase du déménagement qui débute le 28 octobre et qui doit durer un an. Les autres pièces, qui ne sont pas situées en zone inondable, rejoindront le Centre de conservation d’ici fin 2023. 

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Depuis plusieurs années, les équipes du Louvre étaient à la recherche d’une solution pérenne pour le stockage des pièces non exposées. Seule une infime partie des œuvres est visible par le public : 35 000 sont exposées sur les 620 000 conservées par le musée. Celles qui ne sont pas placées en réserve sont prêtées pour des expositions temporaires ou conservées par d’autres institutions. Mais les réserves du Louvre ne sont pas un endroit unique et le musée fait face à une multiplicité des lieux de conservation. Outre la zone de stockage de 10 000 m² située dans les sous-sols du musée, le Louvre compte une soixantaine de lieux dans Paris et six à l’extérieur (tous en France) en guise de réserve, où ont été déplacées de manière anticipée un certain nombre de pièces du musée pour les mettre à l’abri en vue du risque d’inondation. Dans cette même idée de sauvegarde, des espaces muséographiques à l’intérieur du Louvre ont également été fermés et sont utilisés comme réserve dans l’attente de l’ouverture du lieu adéquat. Cette multiplicité des lieux de conservation complique leur gestion logistique. Leur uniformisation va aussi permettre des conditions de conservation identiques, notamment en termes de température et d’hydrométrie. "L’objectif à terme est d’avoir un seul et même lieu de réserve", explique Brice Mathieu. 

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Le centre de Liévin, voisin du Louvre-Lens

Le choix de ce lieu s’est donc porté sur Liévin, situé juste à côté de Lens. Trouver un espace permettant d’accueillir les 250 000 pièces en zone non-inondable était impossible à Paris et très compliqué en proche banlieue.

Le musée du Louvre-Lens qui a ouvert en 2012 est déjà un deuxième lieu de travail pour les personnels scientifiques et administratifs du Louvre à Paris. Plutôt que de créer un troisième site, nous avons préféré centraliser ce deuxième point qui existait déjà. Nos deux terrains, situés à Lens et Liévin, sont voisins et se situent à dix minutes à pied l’un de l’autre. Ils ont deux fonctions complémentaires : le Louvre-Lens qui est un musée et nous derrière, nous sommes un centre de conservation.                            
Brice Mathieu, directeur délégué du Centre de conservation du Louvre

Mais le centre n’est pas uniquement dédié à la conservation. Une partie doit accueillir un atelier pour travailler sur les collections, les dépoussiérer, les photographier, etc. Des salles de consultation seront aussi à la disposition des chercheurs.ses extérieur.es au musée qui souhaitent travailler sur les collections. 

L’arrivée du nouveau centre à Liévin doit aussi permettre de poursuivre le travail de dynamisation du bassin minier, lancé avec l’ouverture du Louvre-Lens. "C’est un projet de conservation pour la pérennité des collections du musée et donc du patrimoine national et mondial mais aussi pour changer l’image et renforcer l’impact du Louvre-Lens sur son territoire", détaille le directeur délégué du Centre. Actuellement, 14 personnes y travaillent, elles devraient être entre 40 et 60 chaque jour sur le site lorsque le déménagement aura commencé. Le site n’est pas ouvert au public, hormis lors d’opérations spécifiques comme les Journées du patrimoine, par exemple. Toutefois, d’ici début 2020 et pour la première fois, près de 70% des œuvres conservées par le musée du Louvre seront mises en ligne, ce qui permettra de rentre les collections plus visibles et accessibles. Jusqu’à présent, une base baptisée Atlas permettait de consulter les collections exposées dans le musée. 

Un centre semi-enterré imaginé spécialement

La préparation de ce déménagement qui va durer quatre ans, a été lancée en 2016.

Il a fallu aller dans chaque réserve, prendre chaque œuvre, la dépoussiérer, la consolider, la photographier, la marquer si ce n’était pas le cas, compléter la base documentaire et la conditionner, c’est-à-dire l’emballer pour qu’elle soit prête à être transférée.                            
Brice Mathieu, directeur délégué du Centre de conservation du Louvre

À Liévin, chaque œuvre sera rangée sur une étagère spécialement conçue pour l’accueillir. "Nos meubles sont construits et installés avec des niveaux de hauteur de tablettes qui correspondent à la hauteur des œuvres qui y seront installées", précise Brice Mathieu. L’idée est de rendre accessibles les pièces dès leur transfert effectué et de ne pas avoir à les stocker dans des cartons pour une durée indéterminée. 

Tous les départements du musée sont concernés par ce déménagement et vont transférer des collections à Liévin. Si bien que le nouveau Centre de conservation abritera très prochainement, des peintures, des tapis, des céramiques, des tapisseries, des colonnes de marbre, etc., de toute taille et de tout poids, datant parfois de plusieurs milliers d’années puisqu’il y a aussi bien des antiquités orientales de l’époque de Babylone (-2 000 ans avant Jésus-Christ) que des éléments plus récents datant de 1848 et au-delà. 

Pour permettre leur conservation optimale, il était important d’éviter les brusques variations de températures auxquelles nous sommes de plus en plus confronté.es. Alors, le bâtiment en béton, conçu par un cabinet d’architectes britanniques, est semi-enterré ce qui lui permet d’absorber "remarquablement les variations extérieures". Sa température oscille entre 18 et 22 degrés pour un taux d’humidité entre 40 et 60%, excepté dans les deux réserves conçues spécialement pour les métaux où il n’est que de 30%. Ainsi, les huit salles permettront aux différentes typologies de collections d’être regroupées : les peintures seront par un exemple dans un endroit et les statues et colonnes de marbre dans un autre. Les 250 000 dessins du département des arts graphiques resteront eux dans les réserves du Louvre, construites récemment, dans les années 1990, elles ne se trouvent pas en zone inondable. Pour des raisons logistiques et permettre le remplacement d’œuvre prêtée, chaque département va également garder des œuvres à Paris, tout comme celles qui sont en cours d’étude par les conservateurs. 

Quant aux anciens sous-sols du Louvre, une fois le déménagement achevé, ils seront réaffectés pour stocker du matériel ou installer des bureaux qui sont actuellement à l’extérieur du site. 

La réserve des syndicats et de conservateurs

Dans un communiqué, les syndicats réunis en intersyndicale ont dénoncé les "impacts négatifs" d'un projet conçu "contre l'avis des personnels du Louvre". D'après un conservateur qui souhaite garder l'anonymat, c'est avant tout le choix du lieu qui pose problème car "trop éloigné du musée". "Des solutions plus proches étaient envisageables", explique le conservateur du Louvre. Il s'inquiète aussi des déplacements fréquents que va impliquer ce déménagement pour les personnels et de leurs conséquences écologiques. Pour les syndicats, "les interventions et la recherche menées sur les œuvres seront rendues particulièrement difficiles, voire impossibles selon la nature des collections, en raison de l'éloignement". Ils ajoutent que les Archives nationales, le Centre national des arts plastiques et le musée d'archéologie nationale de Saint-Germain-en-Laye ont pour leur part trouvé des locaux en Île-de-France. 

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