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Luc Lang remporte le Prix Médicis 2019 pour "La Tentation"

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Luc Lang en 2016
Luc Lang en 2016
© AFP - JOEL SAGET

Le fil culture. Luc Lang a obtenu ce vendredi le prix Médicis pour "La Tentation", cette "tragédie moderne". L'écrivaine islandaise Audur Ava Olafsdottir reçoit elle le Médicis étranger pour "Miss Islande", tandis que la comédienne Bulle Ogier obtient avec Anne Diatkine le Médicis de l'essai pour "J'ai oublié".

Comme chaque année, les annonces des grands prix littéraires de l'automne se suivent. Lundi, Jean-Paul Dubois recevait le prestigieux Prix Goncourt pour son roman Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon (L'Olivier), et Sylvain Tesson, le Prix Renaudot pour La Panthère des neiges (Gallimard). Le lendemain, Sylvain Prudhomme remportait le Prix Femina pour son roman Par les routes (Gallimard). Aujourd'hui, c'est le Prix Médicis récompense Luc Lang pour son roman La Tentation (Stock). 

Luc Lang est l’auteur d’une dizaine de romans, dont Mille six cent ventres (Gallimard), roman qui narre la vie d'un chef cuisinier d’une prison sous Margaret Thatcher, lauréat du Prix Goncourt des lycéens en 1988. Dans La Tentation, l'écrivain raconte le destin d’un chirurgien âgé de 50 ans qui voit son monde s’écrouler. Il observe, impuissant, son épouse en proie à une crise mystique, son fils s’éloigner et devenir un avide banquier qui fait carrière dans la finance internationale, et sa fille qui abandonne ses études de médecine pour suivre un golden-boy. Un texte sombre, comme une tragédie moderne.

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Invité du "Temps des écrivains", Luc Lang expliquait comment il a mis en scène, dans ce roman, la crise sociale à travers le récit d’une querelle familiale :

Le monde qui monte contient peu de promesses, si j'ose dire, à part celle d'un enrichissement démesuré et hors échelle humaine et les désastres sociaux et désastres écologiques que l'on connaît. C'était important que François [le héros de La Tentation] soit quelqu'un qui a réussi d'un point de vue professionnel, parce que si j'avais pris un personnage d'une classe ouvrière, en tout cas du modeste dans son inscription sociale, on n'aurait pu imaginer qu'il s'agissait juste d'un conflit générationnel. Et le fait que c'est quelqu'un qui a parfaitement réussi dans son monde, c'était aussi une façon de montrer qu'effectivement, c'est le monde tout entier qui disparaît, qui va disparaître. Il va emporter tout le monde, y compris ceux qui étaient les grands bourgeois de cette période de cette culture. Luc Lang

Ce qui m'intéresse toujours quand je mets en place des situations et des tragédies familiales, c'est de voir comment ils peuvent incarner en même temps des forces de la société et des images sociales fortes. Et effectivement, ce que François découvre à travers ses enfants, ce n'est pas seulement une espèce de trahison, il découvre l'altérité. (...) Ce qui monte, c'est non seulement effectivement le vieillissement et la prochaine disparition de François, mais aussi la disparition de son monde toute entier. Luc Lang

Le roman s'ouvre par une scène saisissante : la traque inachevée d'un grand cerf dans les forêts savoyardes. Le héros tire et le blesse, mais choisit finalement de laisser la vie sauve à cet animal "puissant, campé dans une splendeur héraldique, les sabots enfouis dans une flaque de neige, la tête tournée de son côté avec une sorte d’affectation, comme s’il regardait la mort en face".

Extrait de La Tentation :

"Il patauge dans le feuillage pourrissant, la mousse, il rue lui-même dans la terre détrempée, le sang frais qui suinte à nouveau du cuissot troué, qui poisse, il suffoque dans l’odeur musquée du gibier aux abois, dans l’arôme du larmier, huileux et entêtant à l’époque des amours, un corps-à-corps absurde, un pugilat abruti dans l’éclat cru des phares, mêlant ses jurons et ses grognements aux cris d’effroi de la bête. Il parvient enfin à serrer les nœuds, les quatre pattes ficelées ensemble au plus près. Il est à genoux, tête basse, les mains sur les cuisses, il cherche l’air, ses veines saillent aux tempes, aux poignets, le cœur cogne dans les côtes."

58 min

Le Prix Médicis du roman étranger à Audur Ava Olafsdottir, pour "Miss Islande"

Le Prix Médicis du roman étranger a quant à lui été attribué à l’écrivaine Audur Ava Olafsdottir, pour Miss Islande (édition Zulma), traduit de l’islandais par Éric Boury. 

Dans l’Islande de 1963, une jeune femme de 21 ans décide de prendre le large vers Reykjavík avec sa machine à écrire et quatre livres rangés au fond de sa valise en guise de tout bagage. Son unique ambition : devenir écrivaine. Un roman au ton féministe, sur la liberté et le chemin de l’accomplissement personnel.

56 min

Le Prix Médicis de l'essai attribué à Bulle Ogier pour "J'ai oublié"

Côté essai, l'actrice Bulle Ogier et la journaliste Anne Diatkine remportent le Prix Médicis, pour consacrée à J’ai oublié (Seuil). Dans ce carnet autobiographique, l'actrice retrouve le fil de ses souvenirs de cinéma, les tournages passés devant la caméra de Luis Buñuel, Jacques Rivette ou Patrice Chéreau.

Fin septembre, le jury du Médicis avait déjà attribué une mention spéciale à Jean-Marie Gleize pour Denis Roche, Eloge de la véhémence (Seuil). Cette décision a été prise en hommage à Denis Roche, écrivain et photographe, initiateur du prix Médicis essais et jury du prix Médicis jusqu’en 2013.

26 min