Publicité

Lulu Van Trapp : "La Fête de l’Huma, c’est un adoubement"

Par
Le retour de la Fête de l'Humanité à la Courneuve près de Paris
Le retour de la Fête de l'Humanité à la Courneuve près de Paris
© AFP - Sandrine Marty / Hans Lucas

Entretien. C’est leur premier “très gros festival”. Les Parisiens de Lulu Van Trapp se produisent cette après-midi à la Fête de l’Humanité. Grosse fierté pour un groupe qui parle d’amour mais qui pense politique.

Après une édition 2020 annulée, c’est le retour depuis vendredi et jusqu’à ce dimanche de la Fête de l’Humanité au Parc Georges Valbon de La Courneuve, près de Paris. Trois jours de prises de parole, de débats, de conférences, dont l’intervention cette après-midi de Fabien Roussel, désigné candidat du Parti communiste pour la prochaine présidentielle. Mais la Fête de l’Huma, c’est aussi près de soixante-dix concerts. Des têtes d’affiche comme IAM, Alain Souchon, Louis Chedid ou Tryo et des plus jeunes, comme les quatre Parisiens de Lulu Van Trapp - un album bien pop à leur actif : I’m Not Here To Save The World. Pas encartés les Lulu, pas proclamés politiques, mais pas là par hasard. Un festival comme les autres la Fête de l’Huma ? Une hétérotopie répondent-ils. Entretien avec deux de leurs membres, Rebecca et Max.

Max, Manu, Rebecca et Nico, les parisiens du groupe Lulu Van Trapp
Max, Manu, Rebecca et Nico, les parisiens du groupe Lulu Van Trapp
- Fiona Torre

Quand la Fête de l’Humanité vous a proposé de jouer, avez-vous tout de suite accepté ? 

Publicité

Rebecca : Mis à part la Fête de l’Huma, dans le contexte actuel, étant un groupe de notre taille et à ce moment-là de notre développement, on dit oui à beaucoup de choses… mais en tout cas, pour la Fête de l'Huma c'était un "oui" du coeur ! 

Personnellement, la Fête de l'Huma c'est le premier concert de ma vie, c’était Iggy Pop. J’avais perdu toute ma famille dans la foule, je devais avoir neuf piges, et là, d'un coup, je me retrouve en face d'un truc cataclysmique, complètement sexuel, complètement suintant, complètement fou ! Je pense que ça a posé la première graine d'une espèce de bien-être au milieu de cette sauvagerie là. 

C'est vrai que la Fête de l'Huma permet ça : d'avoir un concert d'Iggy Pop à côté des stands de la CGT ! C'est un espace de mouvement, de grands mouvements hyper humains. Je trouve que c'est vraiment ce qu'un festival doit être : un lieu non seulement d'art, de réunion, d'amour, mais aussi de réflexion, c’est hyper vivant. C'est un peu une hétérotopie. Cet espace n'est pas censé être ça et pourtant il est occupé de façon complètement éphémère et intense par beaucoup trop de gens au mètre carré, c'est hyper excitant comme concept. Comme si, d'un coup, il y avait une espèce de ville utopique qui se formait et juste à y être, on se nourrit déjà.

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.

Vous vous sentez donc totalement en adéquation avec ce qui s’y passe ? 

Rebecca : Ah oui, totalement.  

On n'est pas des hommes et une femme politique ni un groupe politique dans le sens où nos paroles ne revêtent pas tellement de message politique. Mais c'est aussi parce que ces paroles ont été écrites à un moment où il y avait peut-être moins de besoins politiques de notre part. Certaines datent de la genèse du groupe, il y a au moins trois ou quatre ans et les plus récentes ont au moins deux ans, deux ans et demi. Par dessus ça est passé un grand moment d'éveil politique, depuis la crise des "gilets jaunes" jusqu'au confinement et jusqu'à aujourd'hui où absolument rien n'est réglé et tout est à faire encore. Et je pense que, du coup, les chansons à venir seront forcément plus marquées d'engagement politique.

Enfin, moi, je sais que je me prends beaucoup plus la tête sur les paroles que j'écris en ce moment. J'ai beaucoup plus de mal à les écrire parce que justement, moi dont le terrain poétique est beaucoup dans les chansons d'amour, et bien aujourd’hui je suis toujours à questionner la nécessité, la facilité de la chanson d'amour. Est-ce que je ne ferais pas mieux d'aller voir plus loin, de chercher autre chose ? C'est vrai que j'écris plus lentement parce que je réfléchis énormément plus à ce que j’écris. 

Max : Après, c'était aussi, pour ma part en tout cas, toujours une volonté de scinder un peu ce que je faisais artistiquement et ce à quoi j'aspirais politiquement. C'était l'image du groupe engagé qui me faisait un peu peur parce que j'avais d'autres messages aussi à faire passer au moment de la création de notre album comme des messages d'amour, de partage, qui sont aussi d'une certaine façon de la politique mais sans parti. Et j'imagine que plus on se met à 100% dans son art, plus on montre toutes ses facettes. 

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.

Avez-vous un domaine de lutte privilégié ? 

Rebecca : Forcément, on parle depuis là où on se tient et donc, pour moi :  

Le grand thème de ma vie c'est le féminisme mais en fin de compte on est tous les quatre dans une intersectionnalité des luttes.

Que ce soit des luttes auxquelles on ne peut que prétendre être des alliés - quand on va, par exemple, soutenir le collectif pour Adama - ou que ce soit des manifestations féministes où là au contraire je vais être plus active, plus en mouvement, on est dans une intersectionnalité complète.

Le seul grand ennemi, finalement, c'est l'inconscient patriarcal et capitaliste qui est partout omniprésent. Et on est tous les quatre complètement d'accord avec ça.

Max : Je confirme ! 

Pour afficher ce contenu Instagram, vous devez accepter les cookies Réseaux Sociaux.

Ces cookies permettent de partager ou réagir directement sur les réseaux sociaux auxquels vous êtes connectés ou d'intégrer du contenu initialement posté sur ces réseaux sociaux. Ils permettent aussi aux réseaux sociaux d'utiliser vos visites sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.

Pas de paroles politiques, en tout cas pour l’instant donc, mais peut-être une prise de parole particulière pour le public de la Fête de l’Huma ? 

Rebecca : Je m’interroge encore parce que je suis timide. Je pense que c’est d’ailleurs pour ça que je suis aussi attachée à la performance physique. J'ai énormément de choses à dire et j'ai beaucoup de débats dans la sphère privée mais en public c'est tout autre chose. Et c'est pour ça que je m'attache beaucoup à représenter mes idéaux sur mon corps en quelque sorte, à travers mes vêtements, à travers mes postures, à travers mes gestuelles, chacun de mes soupirs ou de mes regards. J'essaie d'incarner tous mes idéaux politiques et la femme féministe que je suis à travers ça.

Donc pour vous la performance est, de fait, politique ?

La performance est toujours politique chez nous. Mais de toute façon, en tant que femme, nos corps sont politiques.

Dans le sens où c’est nous qui décidons de montrer ou de ne pas montrer ? 

Absolument. En fait, qu'on le veuille ou non, dans le monde d’aujourd’hui - et c’est presque cool - on est politique finalement. Depuis nos premiers concerts, j'ai des nanas qui viennent me voir et qui me disent “merci d'être comme ça, de montrer ça” - alors que j'ai l'impression que je pourrais aller beaucoup plus loin, j'ai parfois des idées bien plus folles qui me traversent l’esprit - c’est ce qu’il y a de plus beau ! 

Quand, après un concert, t'as une meuf qui vient te dire : “Je me suis sentie un peu plus libre en voyant que t'en avais rien à foutre de perdre les coquillages que t’avais sur les seins et que tu passais la moitié du concert seins nus en en ayant rien à battre et en te disant "mais de toutes façons si j'étais un mec personne ne me dirait rien !"", alors que c'est la base ! C'est vraiment le niveau 1 du féminisme de dire ça, mais rien que ça, ça fait du bien.

Max : Je suis à 100% avec ma collègue !

Rebecca : En fait franchement, le fait de jouer à la fête de l’Huma, c'est un peu un adoubement. C'est très, très émouvant pour nous que notre premier très gros festival ce soit là-bas. C'est le rêve, c’est trop beau. C'est un super beau signe pour l'avenir de notre groupe.