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Ma vie de culture, par Françoise Nyssen

Par
Françoise Nyssen en 2002
Françoise Nyssen en 2002
© Maxppp - P. RENAULT

entretiens. Françoise Nyssen a été nommée ministre de la Culture ce mercredi 17 mai. En novembre 2016, la directrice des éditions Actes Sud racontait sur France Culture comment elle avait été très tôt façonnée par les valeurs familiales. Trois mots d'ordre : investissement, livres, éducation.

La directrice des éditions Actes Sud, Françoise Nyssen, a été nommée ministre de la Culture du gouvernement d'Edouard Philippe ce mercredi 17 mai. En novembre 2016, elle était venue se raconter au micro de Sylvie Tanette pour l'émission A Voix nue, dont nous proposons ici les cinq volets à votre réécoute. Elle avait commencé par revenir sur la manière dont son histoire familiale avait forgé sa personnalité : entre appétence pour la littérature (mondiale) et volonté de s'investir, d'un pays à l'autre (Belgique, France, Suède...), d'une langue à l'autre (français, flamand...), l'éducation semble être ce qui pour elle fait sens. Les valeurs qu'elle porte haut ? "Y aller à fond, s'investir, croire en la lecture, croire en les livres, croire en l'éducation..."

Avant d'accéder à la rue de Valois, Françoise Nyssen était déjà connue pour diriger les éditions Actes Sud, à Arles, une maison fondée par Hubert Nyssen, son père, et Christine Le Boeuf, l'épouse de ce dernier, à la fin des années 1970. Mais quid de sa vie avant l'édition ?

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La construction d'une personnalité

Celle qui est titulaire d'une licence de chimie et d'un diplôme d'urbaniste avait pour premier rêve de devenir médecin : "J'avais un grand-père exceptionnel, à Anvers, qui était médecin dans les prisons, donc avec un charisme et une façon de pratiquer sa profession qui m'impressionnaient." Ce grand-père (maternel) l'encourage à lire Les Hommes en blanc, d'André Soubiran, texte qui sera un véritable coup de cœur littéraire : "[C'est] un livre dont, je pense, personne n'a dû entendre parler ici (...) qui décrit des histoires très romanesques dans le monde médical, et je ne rêvais que de ça, de la vie à l’hôpital, entre les médecins, les infirmières, c'était pour moi un monde extraordinaire de relations humaines, et j'avais envie de ça."

Une porte d'entrée pour parler de sa famille, avec une émotion palpable dans la voix... Dans cette émission, Françoise Nyssen, elle-même née à Bruxelles, revient sur la rencontre entre ses grands-parents maternels (évoquant notamment sa grand-mère polyglotte), mais aussi paternels, "plus ouvriéristes" (avec une grand-mère travaillant jeune à l'usine pour contribuer à nourrir ses onze frères et sœurs, et un grand-père "très socialisant", créateur de l'université populaire de Charleroi).

Mon père est né à Bruxelles dans cette famille-là, avec, à travers ses parents, une grande vénération pour l'éducation, pour la lecture, et tout ça a fait des personnages forts de part et d'autre. [...] J'ai eu beaucoup de chance d'avoir ces parents-là parce qu'ils ont donné du sens à ma vie. Je suis née dans une famille où on considérait que le sens, il fallait le donner à sa vie, et on le trouvait par un travail qu'on faisait d'abord parce qu'on l'aimait. L'objectif économique et financier n'était pas le premier objectif. C'était une autre époque aussi... c'était peut être plus facile, j'imagine, parce que je vois tellement de gens angoissés aujourd'hui...

La construction d'une maison

Nous proposons à votre écoute l'intégralité de cette série d'À Voix nue. Dans le deuxième volet, Françoise Nyssen, qui reçut en 1991 le prix de la femme d'affaires, racontait comment elle avait pensé la maison d'édition Actes Sud et construite en tant qu'entreprise avec son père et l'épouse de celui-ci, Christine Le Bœuf.

J'y vais, mais je n'ai jamais fait que de la recherche, ou travaillé sur des études, je n'ai jamais travaillé dans une entreprise, je ne sais pas ce que c'est l'entreprise. Même plus, en venant du milieu de la recherche, je regarde l'entreprise un petit peu de loin... [...] Le premier jour où j'arrive, Christine me dit 'Fais donc la déclaration TVA', et je la regarde et lui dis 'C'est quoi la TVA ?' [...] Tout ça, on l'apprend en le faisant.

La construction d'une vie à Arles

Dans le troisième volet, elle racontait la construction de sa vie à Arles, alors qu'en France les maisons d'édition sont pour la plupart à Paris.

C'est une grande chance, Arles est une ville magnifique. [...] Si vous regardez sur une carte, en regardant la Méditerranée, vous voyez que Arles est très central [...] Il y a de la lumière. Pour quelqu'un qui a vécu 28 ans à Bruxelles, où il fait toujours gris, de se lever tous les matins et de voir 360 jours sur 365 de la lumière, vous ne pouvez pas savoir ce que ça fait du bien. C'est une ville très culturelle, traversée par la culture [...] qui sait à la fois respecter son passé et se projeter.

La construction d'une logique éditoriale et politique

Dans le quatrième volet, elle s'attardait sur sa philosophie éditoriale et son apport à la maison Actes Sud.

On n'a jamais travaillé avec l'idée d'un comité de lecture, de quelque chose de rigide, de figé, mais toujours par les échanges... [...] Le plus important c'est qu'un livre doit être porté, c'est-à-dire que l'éditeur doit avoir l'envie de le faire lire. C'est le seul argument qui compte.

La construction de la transmission

Enfin, dans le cinquième et dernier volet de cette série, elle évoquait la question de la transmission. Aujourd'hui, certains des enfants de Françoise Nyssen et de son compagnon Jean-Paul Capitani travaillent dans cette maison indépendante qu'est Actes Sud.

La famille a un sens large. L'équipe est comme une famille. D'ailleurs, on voit bien que quand quelqu'un a un souci, c'est une mobilisation générale. [...] C'est un endroit qui se vit un peu comme un lieu de solidarité.

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